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Cinéma
La critique de Jean-Louis Requena
La critique de Jean-Louis Requena

| Jean-Louis Requena

La critique de Jean-Louis Requena

Ondine - Film allemand de Christian Petzold – 90’
Berlin centre-ville. Un jeune couple est attablé à la terrasse d’un café. Elle, c’est Ondine Wibeau (Paula Beer) une conférencière, free-lance, en histoire de l’urbanisme de Berlin. Lui, Johannes (Jacob Matschenz) a une attitude embarrassée : il a une relation avec une autre femme. A la fin de leurs échanges tendus, Udine le menace « si tu me quitte, je te tue ». Elle lui intime l’ordre de l’attendre puis part promptement, à proximité, au Sénat de Berlin, donner sa conférence. Les visiteurs impatients l’attendent. Tous sont frappés par ses connaissances sur l’histoire multiséculaire de la capitale de l’Allemagne réunifiée. Devant de grandes maquettes, des cartes coloriées de Berlin (est et ouest), elle explique longuement la genèse de la mégalopole réunifiée depuis 1990.

A la fin de la conférence elle revient au café mais Johannes n’y est plus … Un homme qui a suivi avec intérêt son intervention l’aborde : c’est Christoph (Franz Rogowski), un scaphandrier, plongeur professionnel, qui travaille dans les lacs aux alentours de Berlin.

Devant Ondine désemparée par la disparition (fuite ?) de Johannes, Christoph affable lui propose de boire un café … Des liens étranges les rapprochent …

Ondine est le dernier opus du cinéaste allemand Christian Petzold (60 ans) l’un des chefs de file de la « nouvelle vague » du cinéma allemand, membre éminent de l’« école de Berlin ». Son univers à la fois concret et onirique, voire fantastique, est original, surprenant, comme le démontre ses derniers longs métrages : Barbara (les tourments subit par une pédiatre en République Démocratique Allemande - 2012), Phoenix (le retour à la vie d’une rescapée de la Shoah - 2014) et Transit (parabole de juifs fuyant les régimes fascistes pour l’Amérique - 2018). Pour sa dernière œuvre, il reprend un ancien mythe germanique : Ondine est une nymphe, une naïade, qui fréquente les eaux courantes, les rivières et les fontaines. Le mythe d’Ondine a perduré des siècles, de Friedrich de la Motte-Fouqué (Ondine - 1811) à la pièce de théâtre de Jean Giraudoux (Ondine - 1939) en passant par Hans-Christian Andersen (La petite sirène – 1836) et Oscar Wilde (Le pécheur et son âme – 1891). Christian Petzold s’est inspiré de la nouvelle Ondine s’en va (du recueil La trentième année – 2010 – Seuil) de Ingeborg Bachmann (1926/1973) poétesse autrichienne. Le scénario qu’il a rédigé décrit une boucle temporelle de dix ans (2010/2020), durant laquelle, l’héroïne, personnage réel et fantastique vivant dans une mégalopole, attirée par le monde aquatique, tente d’échapper à son destin funeste pour elle et pour son entourage. Le réalisateur mélange habilement des scènes de la vie quotidienne, leur durée, leur banalité, et des scènes oniriques notamment amphibies d’une grande beauté (chef opérateur Hans Fromm). Le récit passe de l’une a l’autre sans casser sa fluidité narrative, ce qui n’est pas une mince affaire.

L’actrice allemande Paula Beer (Ondine) révélée en France par Frantz (2016) de François Ozon, avec son visage fermé, sa chevelure rousse et ses yeux verts perçants incarne une Ondine mystérieuse quoiqu’impérieuse. Son personnage est écartelé entre deux mondes : le mythique inexorable et le réel déroutant. Un choix est-il possible ?

Ondine a été présenté en sélection officielle à la dernière Berlinale (2020) ou Paula Beer a obtenu l’Ours d’argent de la meilleure actrice. Ce sera la dernière récompense « genrée » car la direction de cet important festival (création en 1951 !) a décidé que dorénavant il n’y aura que deux prix d’interprétation : Ours d’or pour le rôle principal et Ours d’Argent pour le rôle secondaire. Le film a obtenu également le Prix FIPRESCI (Fédération Internationale de la Presse Cinématographique).

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