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Cinéma
« Un fils » - Film de Mehdi Barsaoui – 96’
« Un fils » - Film de Mehdi Barsaoui – 96’
© : l’équipe du film Un fils sur le tapis rouge du Festival International du Film du Caire

| Jean-Louis Requena

« Un fils » - Film de Mehdi Barsaoui – 96’

Tunisie septembre 2011. Un groupe d’amis est réuni dans une pinède du sud tunisien autour d’un barbecue. Ils mangent, boivent, chahutent, s’amusent des travers des uns et des autres : La parole circule, libre, enjouée. Les plaisanteries sur le futur de la Tunisie après le départ du président autoritaire Ben Ali, neuf mois auparavant (janvier 2011) fusent … C’est toujours le « Printemps Arabe ». Parmi les joyeux commensaux, Fares (Sami Bouajila), homme d’affaires et sa femme Meriem (Najla Ben Abdallah) : elle vient d’obtenir une promotion importante dans son entreprise. Ils forment un couple aimant, moderne, avec leur fils âgé de 10 ans Aziz (Youssef Khemiri).

Sur la route du retour, vers Tataouine, ville proche de la frontière libyenne, la Land Rover conduite par Fares essuie des tirs d’un groupe armé de djihadistes qui a tendu une embuscade à un véhicule de l’armée tunisienne. Fares réussit à s’extraire de ce guet-apens mais Aziz est touché à l’abdomen par un projectile. Le couple affolé par la grave blessure d’Aziz arrive aux urgences de l’hôpital de Tataouine. Aussitôt pris en charge par les médecins le diagnostic tombe : Aziz est gravement blessé au foie. Il faut l’opérer d’urgence…

Un fils (96’) est le premier long métrage du réalisateur/scénariste tunisien Mehdi Barsaoui (36 ans). Auparavant, de 2010 à 2018, il n’avait réalisé que deux courts métrages de fiction et trois documentaires, sélectionnés et récompensés dans plusieurs festivals internationaux. Son sixième opus, Un fils, est un projet longuement muri dont il a travaillé, repris, « recousu » longuement le scénario durant plusieurs années ; aussi, remarque-t-on la densité, la richesse de la proposition. A partir d’un fait générateur tristement banal dans ces contrées dangereuses (la blessure par balle), le scénariste tisse une intrigue haletante qui enserre plusieurs niveaux de narration : un drame familial (blessure de Aziz), une rupture conjugale (Fares et Meriem), une société corrompue (l’hôpital et des malfaisants aux aguets), un environnement oppressant (la religion, la soumission de la femme), un paysage politique confus, incertain. Le film se déroule, hormis quelques excursions à l’extérieur, sous le huis clos pesant, étouffant, de l’hôpital de Tataouine où est alité le jeune Aziz en attente d’une intervention chirurgicale.

Mehdi Barsaoui expose visuellement ce drame avec une intelligence du récit étonnante pour un premier long métrage (chef opérateur français : Antoine Héberlé) en évitant tout pathos à faire briller les larmes. Le récit tendu, sur le fil, porté par les deux parents qui tentent à tout prix de sauver leur enfant, permet outre la tragédie décrite, de mettre en lumière les contradictions de la communauté tunisienne cherchant sa voie à tâtons, vers une société plus juste (les premières élections libres vont avoir lieu en décembre 2011 : les islamistes peuvent les gagner). De surcroît, cette nation est, en 2011, grandement perturbée par sa voisine à la frontière « poreuse », La Libye de Mouammar Kadhafi (tué en octobre 2011) en pleine guerre civile.

Les deux protagonistes principaux le mari Fares (Sami Bouajila, franco-marocain) et sa femme Meriem (Najla Ben Abdallah, tunisienne) sont en tout point remarquables. Ils incarnent, avec conviction, leurs personnages respectifs de grands bourgeois aisés, en principe libérés des préjugés de leur communauté. Ils sont sidérés par le drame familial qui fracasse leurs certitudes de citoyens responsables et altère leurs comportements familiaux, sociaux, face à la tragédie.

Un fils est une coproduction qui ne compte pas moins de quatre intervenants : la Tunisie, le Qatar, le Liban et la France tant il est difficile de « monter » un projet dans ce pays qui pourtant nous a donné l’année passée deux œuvres cinématographiques remarquables : Noura rêve (2019) d’Hinde Boujemaa, Un divan à Tunis (2019) de Manele Labidi.

Un fils a été sélectionné à la dernière Mostra de Venise dans la sélection « Orizzonti » où il a été récompensé : Sami Bouajila a obtenu le prix du meilleur acteur (section Orizzonti).

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