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Cinéma
La critique de Jean-Louis Requena © DR

| Jean-Louis Requena

La critique de Jean-Louis Requena

« Les Hirondelles de Kaboul » - Film français d’animation de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec – 81’

Kaboul, été 1998. La capitale de l’Afghanistan est sous la dictature des talibans qui y font régner la terreur. Tout y est interdit ou presque. Atiq (Simon Abkarian) est un ancien moudjahidine qui a combattu les soviétiques lors de l’invasion de son pays (1979). C’est un invalide de guerre, boiteux, devenu gardien d’une prison pour femmes pour le compte des talibans. Deux pick-up bruyants, chargés de talibans armés, excités, viennent chercher une femme prisonnière dissimulée sous son tchadri bleu. Un attroupement d’hommes vociférants et d’enfants joueurs… Après une course folle, les 4x4 s’arrêtent sur une place face à la foule. Sans ménagement les talibans font descendre la femme voilée que leur chef accuse d’impiété : une seule sanction, la mort par lapidation !

Moshen (Swann Arlaud) est dans la foule et après quelques hésitations, il s’empare de pierres qu’il jette sur la malheureuse… Il rentre chez lui dans son humble logis et confesse sa honte à sa jeune femme, la belle Zunaira (Zita Hanrot) : il a pris quelque plaisir à lancer des cailloux. Il culpabilise de son acte violent, gratuit…

Zunaira est une femme ravissante, rebelle, qui dessine sur les murs de leur demeure, un simple gourbi, de grands portraits érotiques qu’elle dissimule par un rideau… Elle est coquette, aime son mari et écoute de la musique occidentale, rigoureusement interdite par les talibans. Le couple amoureux vit dans un monde réduit, clos, où tout est prohibé sous peine de sanctions de la part des « autorités » qui surveillent, en sillonnant à grand bruit les rues poussiéreuses de Kaboul…

La violence et la misère sont quotidiennes, scandées par les tirs incessants des kalachnikovs !

Atiq aussi rentre chez lui, attristé par toute cette frénésie et par la maladie incurable de sa femme Mussarat (Hiam Abbass) qui se meurt dans leur triste logis…

Ces deux couples, le jeune Moshen et Zunaira et le plus âgé, Atiq et Mussarat, vont croiser leur destin sur fond de sauvagerie insensée de la part des fous de dieu…

Les Hirondelles de Kaboul est un film d’animation tiré du roman éponyme de Yasmina Khadra paru en 2002 chez Julliard (600.000 exemplaires vendus à ce jour). C’est le premier ouvrage d’une trilogie qui comprend « L’Attentat » (2005) et « Les Sirènes de Bagdad » (2006).

Zabou Breitman (59 ans), artiste multicarte, comédienne, réalisatrice (cinéma, télévision), scénariste, metteuse en scène de théâtre, a adapté le roman de Yasmina Khadra dans sa forme visuelle avec le concours d’Eléa Gobbé-Mévellec. Cette dernière est une graphiste reconnue de l’école française d’animation qui compte des chefs-d’œuvre comme « Le Chat du Rabbin » (2011) ou « Ernest et Célestine » (2012). C’est un travail très particulier sur l’image où les traits des personnages sont esquissés mais parfaitement reconnaissables ; l’ensemble est rehaussé à l’aquarelle avec quelques touches de gouache. Le rendu final est étonnamment chatoyant, poétique, alors même que l’histoire narrée est faite de bruits et de fureur… Le contraste entre les images lumineuses et la bande son puissante (bruits d’ambiance et paroles) est saisissant.

Autant Eléa Gobbé-Mévellec a peaufiné avec son équipe de graphistes la partie visuelle du long métrage (81 minutes) autant Zabou Brietman a concentré ses efforts sur le son : les acteurs ont enregistré en situation (habillement, accessoires, déplacement, etc.) et en amont leurs dialogues qui ont été insérés après coup, au montage, dans le film. Ce processus inusité a pour effet tangible de donner une dynamique aux échanges des personnages dessinés qui « jouent » les scènes en situation comme au théâtre. Tous les dessins animés courants sont doublés après coup sur image dans un studio spécialisé d’où un effet de distanciation fort connu. Le doublage, si bon soit-il, génère de l’éloignement et donc mécaniquement amoindrit les émotions.

« Les Hirondelles de Kaboul » est un long-métrage fruit du mariage heureux de deux univers qui se sont additionnés : le visuel si particulier d’Eléa Gobbé-Mévellec et le sonore si prenant de Zabou Breitman.

Le cinéma d’animation pour adultes est un genre si rare qu’il ne faut en aucun cas le dédaigner. « Les Hirondelles de Kaboul » ont été sélectionné dans la section « Un Certain Regard » au dernier festival de Cannes.

 

 

 

 

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