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Cinéma
La critique cinéma de Jean-Louis Requena
La critique cinéma de Jean-Louis Requena

| Jean-Louis Requena

La critique cinéma de Jean-Louis Requena

« Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait » - Film français d’Emmanuel Mouret – 122’
En vacances dans le Vaucluse, Daphné (Camélia Jordana), enceinte de trois mois, accueille Maxime (Niels Schneider) traducteur, aspirant écrivain, et cousin de son compagnon, François (Vincent Macaigne), lequel a dû s’absenter quelques jours pour affaire. Seuls dans cette belle demeure provençale, ils agrémentent leurs loisirs de quelques excursions dans les environs, et finissent par se raconter leurs aventures, leurs déboires sentimentaux. Maxime vient tout juste de se remettre d’une histoire avec une femme mariée, Victoire (Julia Piaton) demi-sœur de Sandra (Jenna Thiam) dont il est encore épris. Celle-ci s’est jetée dans les bras de son meilleur ami, Gaspard (Guillaume Gouix), professeur de littérature pédant.

Daphné a son tour raconte son histoire. Monteuse de films documentaires elle aime sans espoir un réalisateur (Louis-Do de Lencquesaing) qui ne s’intéresse pas à elle. Dans un moment de désespoir elle rencontre fortuitement son futur compagnon, François (Vincent Macaigne), architecte d’intérieur, homme marié avec Louise (Émilie Dequenne) artiste peintre. Après une liaison clandestine, François a décidé de quitter sa femme lorsque Daphné est tombée enceinte.

La combinaison sentimentale est complexe ouvrant un champ infini de possibles : quatre femmes (Daphné, Victoire, Sandra et Louise) et quatre hommes (Maxime, François, Gaspard et le réalisateur). Jeunes, beaux, dans la force de l’âge, ils habitent de grands et confortables appartements bourgeois. Ils n’ont pas de problème de fin de mois. Toutefois, ils subissent tour à tour des intermittences, des ruptures, dans une ronde effrénée, bavarde, qui nous surprend, nous ravit tant les récits de leurs amours instables, contingentes, sont d’une légèreté teintée d’ironie.

Emmanuel Mouret (50 ans) nous livre avec Les Choses qu’ont dit, les choses qu’on fait, son dixième long métrage, son opus magnum depuis son premier film Laissons Lucie Faire (2000). Adossé à la littérature du XVIII ème (l’écrivain Denis Diderot (1713/1784) – Jacques le Fataliste, Le Neveu de Rameau, etc.) qu’il admire, il creuse sa veine cinématographique, le marivaudage (le dramaturge Marivaux - 1688/1763) de film en film. C’est un peintre de la psychologie, des sentiments amoureux délicats, légers, complexes, liés par un langage choisi. Emmanuel Mouret a rédigé un scénario ou malgré les intrigues et sous-intrigues multiples, nous suivont les personnages sans nous y perde par la grâce d’un montage serré, au cordeau, fait de flash-back et flash-forward ou les temporalités différentes sont enchâssées. Jamais nous ne rompons, durant les courts récits croisés, le mince fil du labyrinthe amoureux. Nous glissons sans effort d’un personnage à l’autre car la structure générale du scénario est bien charpentée autour des deux protagonistes rapporteurs : Daphné et Maxime. Ainsi le récit conserve sa fluidité narrative malgré l’abondance des dialogues, tous très écrits. C’est un mécanisme minutieux qui tourne rond sans faiblesse aucune.

Pour autant, si à nouveau Emmanuel Mouret démontre qu’il est un cinéaste de la parole à l’instar de ses maîtres, Ernst Lubitsch (1892/1947), Sacha Guitry (1885/1957), Éric Rohmer (1920/2010), pour ne citer que les plus évidents (et pas Woody Allen comme cela a été affirmé ici ou là !), il soigne également l’image qui n’est pas, ici, une simple illustration de la parole. Avec son chef opérateur habituel, Laurent Desmet (huit films ensemble !) il établit pour chaque scène un cadre rigoureux dans lequel la présence des interprètes est en résonance avec les monologues ou dialogues. Ainsi, les mouvements de caméra, les déplacements des acteurs (champs ou hors champs) très réfléchis, nous épargnent de consternants et paresseux champs contre champs. Dans cette dynamique mise en image (souvent en plan séquence), le spectateur devient actif.

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait (122’) bénéficie d’une bande de musiques savantes (du baroque au contemporain) quasiment ininterrompue (34 courts extraits !) qui « éclaire » ou « assombrit » les scènes. L’offre musicale va d’Henry Purcell (1659/1695) à Samuel Barber (1910/1981) avec une prédilection pour Frédéric Chopin (1810/1849).

Tous les acteurs sont à citer pour leurs performances toutes en nuances, loin des clichés du théâtre de pantalonnade. Citons en particulier : Camélia Jordana (Daphné, introvertie et sensuelle), Émilie Dequenne (Louise, discrète et manipulatrice), et les hommes Niels Schneider (Maxime, beau et résilient), Vincent Macaigne (François, émotif et fragile).

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait avait été retenu en sélection officielle du Festival de Cannes 2020 … qui n’a pas eu lieu à cause du Covid 19. C’est fort dommage car ce long métrage d’Emmanuel Mouret méritait une récompense ne serait que pour sa tonalité, son intelligence « Grand Siècle », si française.

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