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Cinéma
Cinéma La Critique de Jean Louis Requena
Cinéma La Critique de Jean Louis Requena

| Jean-Louis Requena

Cinéma La Critique de Jean Louis Requena

Dans un jardin qu’on dirait éternel - Film japonais de Tatsushi Omori – 102’

Noriko (Haru Kuroki) est une jeune femme de 20 ans qui termine ses études. Elle est d’un tempérament calme, timide, un peu rêveuse. Aimant les livres, elle souhaite entamer une vie professionnelle dans l’édition. A Yokohama, grande ville portuaire du Japon, elle vit chez ses parents avec son frère cadet. Elle apparait comme velléitaire, hésitante, ne sachant pas trop quelle direction donner à son existence. Sa cousine Michiko (Mikako Tabe), enjouée, entreprenante est, quand a-t-elle, bien décidée à faire carrière dans l’import-export, y gagner confortablement sa vie, et faire un beau mariage. Elles sont très dissemblables, mais s’entendent à merveille.

Michiko propose à sa cousine une initiation à la cérémonie traditionnelle du thé Matcha (thé vert en poudre) grâce à Madame Takeda (Kirin Kiki), célèbre professeur. Par amusement et défi, elles décident de suivre les cours personnalisés de cette dernière. Madame Takeda leur enseigne les postures codifiées du corps, la gestique millimétrée pour manier la spatule en bambou, le petit fouet du même matériau, la bouilloire et le grand bol en céramique à la décoration changeante suivant les années. C’est un cérémonial lent, précis, avant de boire le thé Matcha et de déguster une petite pâtisserie qui accompagne la boisson chaude. Le calendrier japonais avec ses 24 sections (divisées en 72 micro-saisons !) suivant peu ou prou l’évolution du temps, complexifie à loisir le cérémonial en y ajoutant de micro variations dans son long rituel.

Dans son kimono traditionnel, devant ses ustensiles en bambou ou céramique, avec ses courtes sentences émises ou écrites sur un kakemono suspendu au mur de la petite maison de thé, Madame Takeda semble porteuse d’une sagesse indicible, immémoriale, issue de l’âme japonaise. La répétition chaque samedi de cette cérémonie aux rituels définis suivant le calendrier japonais, fascine Noriko qui poursuit son long apprentissage tandis que Michoko finit par s’en lasser. Leurs trajectoires personnelles, professionnelles, divergent. Toutefois elles restent amies.

Noriko poursuit auprès de Madame Takeda son exploration de la cérémonie du thé Matcha dans toute sa complexité … Le temps passe …

Dans un jardin qu’on dirait éternel a été distribué au Japon en 2018 avec un grand succès. Le film de Tatsushi Omori (50 ans) qui n’est pas son premier, n’est visible en France que deux ans plus tard (2020). Le réalisateur a adapté le roman autobiographique de Noriko Morishita (La Cérémonie du thé ou comment j’ai appris à vivre le moment présent – Edition Marabout – 2019) en concentrant son regard sur Madame Takeda. L’actrice, Kirin Kiki (1943/2018) qui incarne ce personnage à l’autorité douce mais inflexible, parfois facétieuse, est une légende au Japon : sa notoriété est immense (théâtre, télévision, cinéma), sa vie est riche, mouvementée. Elle l’a quittée, dans la dignité, à l’âge de 75 ans. Sur les écrans, elle a été la muse de Naomi Kawase (Les Délices de Tokyo – 2015) et celle plus récemment de Hirokazu Kore-Eda (Une Affaire de famille – Palme d’Or au Festival de Cannes 2018). Dans un jardin qu’on dirait éternel clôt son impressionnante filmographie.

Tatsushi Omori alterne dans son récit les scènes extérieures et intérieures en portant une attention particulière à celles qui ont lieu dans le pavillon de thé exiguë de Madame Takeda, clos par les shoji (parois ou portes constituées de papiers translucides) qui diffusent une lumière changeante tantôt chaude ou froide suivant les saisons. Sans grand mouvement d’appareil, exiguïté oblige, les axes choisis sont au plus près des personnages. De ce fait, la caméra enregistre le caractère des personnages par leur emplacement, posture, et déplacement dans l’espace restreint. Bien que la proposition de Tatsushi Omori soit contemporaine, différente, deux grands maîtres du cinéma japonais viennent à l’esprit : Yasujiro Ozu (1903/1963) et Mikio Naruse (1905/1969) lesquels ont sondé sans complaisance, avec leurs immenses talents, la société japonaise dans son étrangeté sociétale (pour des occidentaux !).

Dans un jardin qu’on dirait éternel est un film dont on sort apaisé après projection, pour peu que l’on se laisse happer par le long rituel du thé, un message ancestral de sérénité, d’apaisement, et enfin de détachement face au monde incertain tel qu’il est.

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