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Cinéma
La critique Jean-Louis Requena © DR

| Jean-Louis Requena

La critique Jean-Louis Requena

« Yuli » - Film espagnol de Iciar Bollain – 104’

Cuba années 80. Yuli (Edilson Manuel Olvera) est un jeune garçon métis hyperactif, turbulent, qui arpente les ruelles d’un quartier déshérité de la Havane. Son rêve : devenir footballeur comme son idole, le Roi Pelé. Il danse aussi en imitant Michael Jackson (Break dance). Son père Pedro Acosta (Santiago Alfonso) est un chauffeur routier, rude et violent. Sa femme, une blanche espagnole, l’a quitté… Constatant les dons physiques de son jeune fils, il entame des démarches compliquées afin de l’inscrire à la prestigieuse École Nationale de Danse de la Havane.

Yuli, nullement intéressé, résiste, fugue. Il ne veut pas de cette école de danse classique qui ne forme que des « maricons » (pédés) selon ses copains. Les enseignants sont frappés par les dons innés de ce petit garçon athlétique mais rebelle à toute discipline. Cahin-caha, Yuli adolescent (Keria Martinez) devint un danseur remarquable, à fort potentiel, qui gagne en 1991, à 16 ans, le premier prix du prestigieux Concours de Lausanne.

Dès lors sa carrière de danseur est lancée. En premier lieu Cuba (Ballet National de Cuba), puis aux États-Unis (1993 : Houston), en Angleterre (1998 : Le Royal Ballet – Covent Garden), etc…Son physique athlétique soutient la comparaison avec les grands danseurs étoiles russes tels que Rudolf Noureev (1938/1993) ou Mikhaïl Baryschnikov (1948) …

De surcroît, c’est le premier danseur étoile noir.

Le dernier long métrage de la réalisatrice espagnole Iciar Bollain (52 ans) narre cette histoire d’un gamin des rues devenu une star mondiale de la danse. Son matériau de base : l’autobiographie de Carlos Acosta que le compagnon d’Iciar Bollain, Paul Laverty, scénariste anglais (il travaille habituellement pour Ken Loach) a structurée en trois temps distincts (enfance rebelle, adolescence chaotique, maturité glorieuse). Le récit non chronologique, est savamment déconstruit par séquences ou l’enfant, puis l’adolescent sont interprétés par deux jeunes comédiens. Le danseur étoile joue son propre rôle « doublé » par un jeune danseur cubain lors des répétitions du ballet que Carlos Acosta monte à la Havane. Nous naviguons entre de la fiction historiée et un documentaire classique. Le montage audacieux du film est réussi car Iciar Bollain a maintenu, sans rompre, la fluidité du récit propre a l’écriture cinématographique.

Pour son huitième opus, Iciar Bollain nous propose un film dynamique, éloigné d’une simple illustration d’un destin hors norme inséré dans l’histoire d’un pays qui ne l’est pas moins : Cuba. « Le rêve socialiste cubain » des années 60 est devenue un cauchemar journalier, une simple dictature tropicale qui ne fait plus illusion depuis des décennies. Dans ce contexte géopolitique tendu, dramatique, un métis rebelle réussit, au final, par sa détermination a « danser sa vie ».

Le long métrage d’Iciar Bollain n’est pas sans rappeler celui, fort récent, de Ralph Fiennes sur Noureev, mais le rendu final est moins sage, moins consensuel, plus proche historiquement de nous. Carlos Acosta vit aujourd’hui à Cuba ou il dirige sa propre compagnie (Acosta Danza) en attendant de prendre (peut-être ?) la direction du Ballet National de Cuba ou officie encore, d’une main de fer, Alicia Alonso (99 ans !).

« Yuli » a été présenté en sélection officielle au dernier Festival de Saint-Sébastien (septembre 2018) où il a remporté un grand succès public.

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