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Cinéma
La critique de Jean Louis Requena © DR - « Chambre » 212 de Christophe Honoré

| Jean-Louis Requena

La critique de Jean Louis Requena

« Chambre 212 » - Film français de Christophe Honoré – 86’

Maria (Chiara Mastroianni), 45 ans, est professeur de droit. Après une dispute avec son jeune amant et élève Asdrudal (Harrison Arevalo), elle rentre chez elle en parcourant nonchalamment les rues de Paris, non sans remarquer les beaux garçons qu’elle croise. Son mari du même âge, Richard (Benjamin Biolay), désœuvré l’attend. Un SMS d’Asdrudal capté par Richard va déclencher une crise dans le couple après vingt ans de vie commune. Les portes claquent, les propos acerbes tombent. Maria décide de traverser la rue Delambre (quartier Montparnasse) et de s’installer, pour une nuit, dans un hôtel, chambre 212. Cette chambre a une particularité : elle fait face à l’appartement qu’elle vient de quitter et elle peut ainsi observer sans se faire voir, les allers et venues dans celui-ci…

 

En cette nuit d’hiver, au sein de Montparnasse - quartier mythique de Paris -, tout peut arriver…Le passé du couple, soudainement rompu, vient percuter le présent : un ancien amour de jeunesse de Richard, son professeur de piano, Irène (Camille Cottin) entre dans le cercle conjugal et Maria revoit comme par magie Richard à 25 ans (Vincent Lacoste) lors de leurs premières amours… Ses amants passés, souvent ses élèves de faculté, encombrent la chambre 212 comme par défi !Asdrudal la relance pour tenter de clore la fâcherie… Dans la chambre d’hôtel, Irène se joint à Maria, émue par l’apparition inopinée du jeune Richard. Les souvenirs et les regrets, sans repentir, affleurent…

C’est la ronde sentimentale menée tambour battant (importance des portes !) par Maria, infidèle chronique, croqueuse d’hommes affranchie, dans la chambre 212, « clin d’œil » à l’article 212 du Code Civil : « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ».

Christophe Honoré est un artiste multi-carte : écrivain pour enfants et adultes, scénariste de ses films, réalisateur, dramaturge, metteur en scène de théâtre et d’opéra. Un homme multidimensionnel menant de front plusieurs projets : cette boulimie artistique a des avantages (champ de la réflexion culturelle élargi) et quelques inconvénients (attention portée aux détails altérée) : c’est fort dommage car l’homme a du talent. Ainsi, si le démarrage de la Chambre 212 est épatant par sa proposition, le développement subtil qui en aurait découlé eut été sensationnel. L’on pense aux comédies d’Ernst Lubitsch (1892/1947), de Léo McCarey (1898/1969), ou de Preston Sturges (1898/1959) ! Il n’en est rien : le scénario (faute de temps ?) est, pour notre part, insuffisamment développé alors qu’il contenait en « jachère » de très bonnes scènes de comédie sentimentale, voire burlesque.

Néanmoins, soulignons le décor astucieux, construit en studio, de la rue Delambre, et de l’usage cinématographique qu’en fait le metteur en scène. Les chansons de Donna Summer, Jean Ferrat et Charles Aznavour viennent habilement ponctuer quelques scènes.

Nous avons été surpris par la critique unanime, dithyrambique, qu’a suscité le dernier long métrage de Christophe Honoré : Sacha Guitry et même Alain Resnais ont été convoqués ! C’est beaucoup. Étrangement, Christophe Honoré a la « carte » tamponnée, délivrée, par un quarteron de critiques cinématographiques « influents » (Télérama, Le Monde, Les Inrockuptibles, Libération).

Il n’en demeure pas moins que le film présenté à la section « Un Certain Regard » au dernier Festival de Cannes est porté de bout en bout par l’interprétation survoltée de Chiara Mastroianni qui du coup, a obtenu sa première récompense (Prix d’interprétation Féminine) pour sa quatrième participation à un long métrage de Christophe Honoré.

 

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