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Jacques Chirac n’est plus : ombres et lumières d’une présidence française © Max Brisson

| Alexandre de La Cerda

Jacques Chirac n’est plus : ombres et lumières d’une présidence française

Sur son compte Facebook, le sénateur Max Brisson note en ce jeudi 26 septembre :
« Triste ce midi. Ma passion pour la chose publique, mon engagement politique, alors que je n’avais pas 18 ans, c’est derrière Jacques Chirac qu’ils se sont forgés. J’ai été de toutes les batailles qu’il a menées, admiratif de son amour pour la France et son empathie pour les gens ».
L’ancien chef de l’État vient de mourir à l'âge de 86 ans. Et Max Brisson de rappeler quelques souvenirs personnels : « En 1992, j’avais invité Jacques Chirac à Espelette pour qu’il rencontre des agriculteurs. Ce fut un moment magnifique. Je me souviens de notre arrivée dans une ferme sur les hauteurs du Mondarrain où nous avons tenu une réunion publique dans l’étable. Le maire, André Darraïdou, l’accueille en basque. Jacques Chirac se tourne vers moi, et me demande ce qu’il dit. Je ne parle pas un mot de basque et je lui réponds : Président, pas de problème, il ne dit que du bien de vous !
Le second, c’était lors de sa visite de l’ancienne école de pêche à Ciboure où il avait été très touché par la situation d’un jeune élève et avait échangé avec lui longuement au risque de nous mettre en retard. Sa fille Claude trépignait d’impatience. Par la suite, je recevais copie d’un courrier manuscrit, écrit de la main de Jacques Chirac, le jour de Noël, à l’attention de cet enfant : « Mon cher Emmanuel, je ne t’ai pas oublié, je fais tout mon possible pour te venir en aide ».
Ajoutons encore ce souvenir de Jacques Chirac au Pays Basque : passionné d'« arts premiers », il avait visité les belles collections du musée Asiatica sous la direction de son propriétaire, Michel Postel. Quant au conseiller général armagnacais Vincent Gouanelle, il note que « Jacques Chirac aura certainement été le dernier Président de la République à comprendre les territoires ruraux, leurs populations et les élus locaux. Souvent critiqué, mais toujours aimé pour sa proximité et sa gouaille » !
Jacques Chirac laissera le souvenir d’une personnalité au bilan politique controversé, en particulier sa mesure de remplacement (oh, pardon, de "rapprochement") familial, contresignée par Giscard d'Estaing, alors Chef de l’État... Mais une personnalité qui fut humainement très attachante.  Parmi les autres reproches que d’aucuns lui adresseront, on rappellera « l’instauration du quinquennat, une certaine soumission culturelle à la gauche avec la non célébration de la  victoire d’Austerlitz qu’une bonne partie de l’Europe commémorait alors que le gouvernement français avait envoyé une délégation à Trafalgar !
Et personnellement, j’en ai toujours voulu à Chirac d’avoir écarté le remarquable homme politique qu’était Pierre Bas, député du VIème arrondissement, dont j’avais été l’attaché parlementaire pendant mes années étudiantes à Paris… Chirac reprochait à Pierre Bas d’avoir appelé les gaullistes à voter pour Giscard en 1981 – soit contre Mitterrand – malgré la position officielle chiraquienne, très ambiguë, qui contribuera à faire élire Mitterrand : dès lors, Chirac privera Pierre Bas de la vice-présidence du Conseil Régional, avant de lui « confisquer » son mandat de député en 1986 (en l’excluant de la liste de droite lors des élections législatives de mars 1986 qui se déroulaient au scrutin proportionnel départemental à un seul tour) tout en essayant - sans succès - une réconciliation postérieure qui n’aboutit pas, en vue des sénatoriales qui suivaient à l’automne… Et il y avait encore sans doute « dans la balance » l’opposition de Pierre Bas à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) : le 29 novembre 1974, au nom de 12 000 maires et conseillers généraux opposés au projet de loi libéralisant l'avortement, il avait publié une déclaration solennelle : « C'est un NON POSSUMUS solennel que nous élevons contre un projet de mort. Cette marche vers la mort, de toute notre autorité d'élus de la nation, au nom des valeurs les plus sacrées de notre patrimoine moral et spirituel, au nom de notre expérience des détresses réelles sur lesquelles nous nous penchons quotidiennement dans nos cités, nous la refusons et nous la combattons. Il est question de sang. Et du sang de nos enfants. Aucune loi n'a d'autorité contre un enfant innocent. En bafouant ce qu'il y a de plus sacré au monde - l'innocence et la vie -, une telle loi détruirait le caractère sacré de la loi elle-même, et sonnerait le glas de la civilisation... Il importe par-dessus tout d'organiser sérieusement, autrement que par des mots, une véritable politique de la vie ».

Par ailleurs, on ne peut manquer d'inscrire à l’actif de Jacques Chirac le refus de participer à la guerre en Irak déclenchée par les États-Unis alliés à la Grande-Bretagne  à la suite des mensonges du secrétaire d'Etat américain Colin Powell et du Premier ministre britannique Tony Blair : au regard de certains, il est « le dernier Président à avoir affirmé la voix libre et indépendante de la France ». Ce que souligne également le maire d'Anglet Claude Olive : « sa haute silhouette et sa chaleur humaine nous étaient devenues proches et familières. L’histoire jugera son action et son rôle dans le destin de notre pays. Mais nul ne peut remettre en question son amour de la France, son souci constant de son indépendance, sa volonté de dialogue international sans jamais abdiquer la grandeur de notre nation ».

Dans un message adressé à sa veuve Bernadette Chirac, le président russe a salué un dirigeant « sage et visionnaire ». Et lorsque Jacques Chirac avait quitté la présidence en 2007, Wladimir Poutine avait marqué dans un courrier sa reconnaissance pour « l'importante contribution personnelle qu’il avait apportée à un rapprochement constant de la Russie avec l'Union européenne, dans la formation d'une Grande Europe ».

Dans son discours d’adieu en mai 2007, les derniers mots de Jacques Chirac furent : ‪« Pas un instant, vous n'avez cessé d'habiter mon coeur et mon esprit. Pas une minute, je n'ai cessé d'agir pour servir cette France magnifique, cette France que j'aime autant que je vous aime ».

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