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Patrimoine religieux
De l'atrium romain à l'origine de nos églises ?
De l'atrium romain à l'origine de nos églises ?

| François-Xavier Esponde 819 mots

De l'atrium romain à l'origine de nos églises ?

Notre photo de couverture : l'antique basilique vaticane - fresque du IVème siècle de la nécropole papale

Les questions se posent en effet sur les lieux adoptés par les premiers croyants romains pour célébrer leurs cultes domestiques.
L’atrium en est-il le modèle illustré le plus fidèle ?
Dans les maisons de maitres et de patriciens réputés il existait en effet cette cour intérieure imposante dotée d’une fontaine et d’un espace consacré au culte des ancêtres de la maison.

L’atrium.

Les Actes des Apôtres, nos références les plus anciennes racontent le voyage de Pierre et de Jean au Temple de Jérusalem, leurs prêches dans les synagogues, somme toute des habitations familiales accueillantes aux hôtes et aux cultes mais encore des premiers disciples de Jésus réunis dans des maisons individuelles pour “rompre le pain”.
La Chambre Haute est ainsi rappelée pour reproduire le geste de Jésus au milieu des ses frères et sœurs dans la foi, ce qui semblait possible chez un ami  et pour une assemblée amie dans la tradition reconnue de l’église primitive comme le cénacle renouvelé par les disciples du maitre de son ultime repas.

Dans le monde oriental, la pièce de l’étage pouvant servir à cet usage, les actes des apôtres en font mention à Troas en Asie Mineure où les disciples sont réunis le premier jour de la semaine au soir pour rompre le pain dans “la salle du haut” d’une maison éclairée par de nombreuses chandelles. Les prédications de Paul sont longues, les conditions de confort et d’accueil semble-t-il sommaires, l’un des auditeurs Eutyque, Actes, 20 7-12, tombe de l’étage mais Paul le ramène à la vie !

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Atrium de la Villa San Marco à Stabiae ©
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A Rome les maisons cossues possèdent  toutes une vaste cour, entourée d’une colonnade, l’atrium. En son sein un bassin recueille l’eau précieuse de pluie, pour toutes les ablutions domestiques.
Et en arrière de ce bassin on trouve une table carrée de pierre appelée cartibulum  et dans l’axe toujours de l’atrium se trouvait le foyer  et l’autel des dieux domestiques.

Pour les chrétiens, le décor était bien planté dans cette vaste maison à l’atrium spacieux et à l’hospitalité acquise !

Lorsque Justin qui relate la plus ancienne description du déroulement de la Cène, est interrogé par le préfet Rusticus en 163, ce dernier lui demande où se retrouvent les fidèles de Jésus ? Partout, répond Justin !
Parce que le Dieu des chrétiens remplit le ciel et la terre, et l’atrium et ses alentours !
Et sous la demande pressante du Préfet romain, Justin donne l’identité de Martinus dont la maison se trouve près des thermes de Timothée.

De toute évidence, ce type de réunion amicale a pu durer le temps long de la construction d’un édifice cultuel reconnu par l’église, jusqu’à la fin des persécutions.
“Lors de celle de Dioclétien” en 304, c’est chez un particulier d’Abitène une petite bourgade de Tunisie, que se réunissaient les fidèles pour le dominicum – le dimanche.

Le proconsul reproche à Emeritus, le propriétaire des lieux, d’avoir accepté cette réunion contre les édits de l’empereur et d’avoir reçu les participants.
“Ce sont mes frères, je ne pouvais pas les en empêcher”. Le proconsul ne l’entendant pas ainsi lui rétorqua : “tu aurais dû le faire” qui conduisit Emeritus au chevalet de la torture où il déclama “sine dominico non possumus”, une citation célèbre et majestueuse pour l’homme de foi, “sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre”!

Le récit des persécutions connaît des intervalles irréguliers semble rapporter les chroniques du temps : avant Dioclétien elle n’étaient systématiques et ne duraient donc pas.
En des assemblées plus nombreuses, les dits chrétiens commencèrent à organiser leurs communautés, bien que religio illicita, religion illicite, les chrétiens parmi lesquels d’excellents canonistes de la société romaine surent adopter le principe  et profiter de latitude autorisée à la vie associative et aux confréries existantes sous l’autorité desquelles ils se placèrent.

Rome ville d’exception avait déjà ses lieux cultuels agrées.
Le narratif du procès intenté par les cabaretiers romains contre “ces fidèles concurrentiels chrétiens” est raconté par l’historien Lampridius, à savoir l’accès à un local occupé par ces sujets, au grand dam des bistrotiers en manque de lieux d’accueil !
L’empereur Sévère, à qui l’affaire fut soumise, répondit “qu’il valait mieux que Dieu soit adoré en ce lieu de n’importe quelle façon, plutôt que de le redonner aux cabaretiers”, qui semblaient toujours à l’étroit pour leurs propres libations !

Aujourd’hui la conversion des églises en brasseries de l’époque présente ne semblerait pas correspondre à l’avis de l’empereur Sévère, bien que - sait-on jamais - les avis les plus contrastés existent entre pro et anti-boissons fermentées, alcoolisées ou éco sur les étals des consos les plus variables aux goûts des clientèles !
Note de la rédaction : quand ce n'est pas un « cabaret sexy et chic » installé dans la chapelle romane du XIIème siècle à Laàs dont la population a vivement contesté la complète dénaturation par le maire... ALC

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