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Patrimoine
De Hélette à Sare, la Sainte Catherine fêtée au Pays Basque ! © DR - La chapelle Sainte Catherine à Sare

| Alexandre de La Cerda

De Hélette à Sare, la Sainte Catherine fêtée au Pays Basque !

Dans une « Lettre » précédente, François-Xavier Esponde avait rappelé l’agenda séculaire des gens de la terre, la Sainte Catherine, "grande foire et concours de chevaux et de bovins à Hélette est inscrite dans les rendez-vous des éleveurs. Qui n’avait dans sa ferme natale son attelage de mulets, de bœufs et de vaches robustes destinées au transport et au labeur des terres ? 
Depuis trois siècles, la Sainte Catherine réunit désormais les gens du pays pour leur foire et leurs concours, la vente de bétail et le bonheur convivial de la rencontre. Rituel traditionnel et répétitif, la bonne garbure servie par les fameux restaurants du village, un ordinaire arrosé de vin du terroir, et les rendez-vous de ces hommes de terrain – « lekukoak » - qui ont traversé les générations pour les aînés et perpétuent les traditions, vaille que vaille. L’occasion pour chacun de provoquer de nouveaux rendez-vous et d’échanger librement sur l’avenir. 
Il fut un temps où la tradition faisait bénir les animaux par le curé de Hélette, apprécié de tous ses paroissiens pour invoquer les grâces du ciel, la santé et l’endurance aux bêtes de somme qui représentaient la seule force mobile pour les travaux des champs et le transport des matériaux : le mulet de notre enfance, choyé et protégé, était bien le tracteur de l’époque ! Et les bœufs, ces éléments bien nécessaires pour tirer la charge de foin et de fougère… 
La complicité et l’échange de l’éleveur avec son bétail domestique représentaient bien plus qu’un véhicule utilitaire : une relation tendre et de reconnaissance entre le paysan et ses bêtes qui semblaient faire partie de la famille élargie de la ferme, où chacun avait sa place, son rang et ses bénéfices"
Foire de la Sainte-Catherine à Hélette : dimanche 24 novembre, foire aux équidés (pottoks, chevaux et ânes) - lundi 25 novembre, foire aux bovidés et Concours régional de chevaux de trait. 
Sare : la chapelle de l'Impératrice 
Il n’y a pas qu’à Hélette, en Basse-Navarre, qu’on fête la Sainte Catherine. En Labourd, la sainte donne lieu également à des festivités particulières, à Sare. Si la fête de la sainte est célébrée le 25 novembre, qui correspond aux fêtes patronales des quartiers Olhalde et Ihalar, voisins de la chapelle Sainte-Catherine, cette année elle est avancée au dimanche 24 novembre avec à 10h30, la messe suivie à 11h30 de l’apéritif apéritif du quartier… et le regret que ne perdure guère la tradition du repas du lundi pris à l’Hôtel Baratxartea au quartier Ihalar... 
On chante à cette occasion le cantique « Agur Santa Katalina » et on cuisine de délicieux tripotx. Il s’agit de boudins d'agneau élaborés à partir de chair de mouton, servis avec le bouillon dans lequel il ont mijoté, bien épicés et d’une saveur délicieuse. Cette tradition est courante dans d’autres villages du Pays Basque et je me souviens des extraordinaires tripotx préparés par Mme Laduche, la mère du pilotari-chanteur, au restaurant du trinquet Laduche à Ascain.  
L’occasion d’évoquer cette chapelle Sainte Catherine qui se trouve à Sare dans le quartier Olhaldea, à la limite du quartier Ihalar. Elle était déjà signalée en 1771 sur la carte de Cassini. Mais, cette chapelle, la plus importante de Sare par ses dimensions, serait selon la mémoire populaire la première église de Sare. Or, un document révélé par Duvoisin fait état d'un acte daté du 10 août 1481, selon lequel aurait été accordé à Martin de Lahet, prébendier, descendant de la famille noble de Lahet, originaire de cette commune, l'autorisation d'édifier la chapelle en question pour lui et ses héritiers. 
Quant à l'actuelle chapelle, bâtie sur les bases de l'édifice primitif, elle pourrait dater du milieu du XVIIe siècle. 
Extérieurement l'édifice ressemble à la plupart des édifices religieux de la région par sa simplicité: épais et puissants murs percés de petites ouvertures, toit à deux versants couvert de tuiles canal, clocher à pignon et chevet à trois pans. La façade sud-ouest est percée de la porte d'entrée, encadrée d'une moulure. Son vantail est en bois épais ; au-dessus le linteau en pierre porte la date 1630. On remarque plusieurs détails curieux : à droite de la porte, une baie munie d'épais barreaux de fer est surmontée d'un linteau en pierre qui porte la date de 1654. Les fenêtres ouvertes laissent apercevoir un bénitier octogonal en grès qui permettait aux pèlerins de passage de prier et de déposer leurs aumônes sans avoir à pénétrer dans l'édifice.  
L'ouverture près du pignon a également une fonction bien précise : elle permettait au sonneur de guetter l'arrivée des processions et de mettre en branle la petite cloche située dans le clocheton triangulaire à arcade unique couronnant le faîtage. Cette clochette fut, paraît-il, achetée en 1864 pour la somme de quatre-vingt-un francs. Une petite croix de pierre surmonte le clocher pignon. Un large auvent ouvert côté route, protège l'entrée.  
L'intérieur de la chapelle est décoré sobrement : un tableau figurant sainte Catherine à qui est consacrée notre chapelle. Christ en Croix sculpté, Vierge à l'Enfant en bois polychrome. Sur la face postérieure de l'autel est gravée l'inscription dédicatoire : Arrondotik / S. Katalinarat / Lur huntarik / Zeruetarat / (de la maison Arrondoa à sainte Catherine, de cette terre vers les cieux). A droite de l’autel, une statue représente Sainte Catherine debout écrasant sous son pied une tête couronnée, une épée dans la main droite, dans la gauche la palme symbole de son martyre, à ses côtés la roue de la torture brisée. C’est l'œuvre récente du professeur Lopez Furi, de l'Université d'arts graphiques de Pampelune qui est également le créateur de la statue de Notre Dame de Belloc. Sous le toit couvert de tuiles canal, on découvre une charpente très complexe. Le sol est dallé de larges lauzes en grès rose de la Rhune tandis que la partie occupée par les bancs en chêne est dallée de grands carreaux de terre cuite d'Elizondo (Navarre) d'un ton beige clair. 
Deux étages de galeries courent sur les côtés et le fond de la nef. Les têtes des poutres de la dernière galerie sont ornées d'une fougère, motif que l'on retrouve également à l'église paroissiale du village et sur quelques maisons.  
Cette chapelle fut offerte un jour à l'Impératrice Eugénie : le 18 octobre 1868, une trentaine de personnes venant de la villa Eugénie (actuel Hôtel du Palais) à Biarritz, prirent la direction de Sare pour visiter les grottes de Zugarramurdi. Elles firent une courte halte à Amotz (quartier Cherchebruit) au domaine de deux cent hectares acheté par l'Impératrice pour y installer une colonie pénitentiaire agricole. La revue « L’Univers Illustré » précisait que « l’Impératrice était venue choisir elle-même l’emplacement des constructions qui devaient commencer cette même année. Elle donna des instructions pour la mise en valeur immédiate de ses vastes terrains jusqu'alors improductifs. Après quoi Leurs Majestés se dirigèrent à quelques centaines de mètres de là vers la Chapelle Sainte Catherine où ils s’arrêtèrent pour déjeuner sous l’auvent de cet édifice qui appartenait à l’Impératrice depuis un an presque jour pour jour » (donc, en 1867).  
Et pour preuve de l’appartenance de la chapelle à l’impératrice, cette revue cite une délibération du Conseil municipal de Sare du 6 octobre 1867 : « l’Empereur favorise la commune de Sare entre toute les communes de l’arrondissement de Bayonne. Sa Majesté a accordé l’an dernier dix milles francs : de subvention pour le chemin de Araïnea. Cette année sa Majesté a daigné accorder une subvention égale. Elle a promis l’installation d’une brigade de gendarmerie dans la commune(…) La commune de Sare porte donc le plus grand intérêt à la transformation de la plaine d’Amotz. Ne serait-il pas convenable au conseil municipal de reconnaître tous les bienfaits de L. L.M.M, en offrant à l’Impératrice comme heureuse augure de l’installation de son œuvre de régénération dans le pays, une chapelle renommée dont la construction remonte à l’année 1654, placée sous l’invocation de Sainte Catherine, qui est chère à tous les habitants et qui se trouve précisément à l’entrée de la vallée de la Nivelle, à deux pas de la plaine d’Amotz dont la possession reviendra à l’Impératrice. Ce don afin de reconnaître envers L.L.M.M. tous les bienfaits dont le pays leur sont et leur seront redevables ». 
Patronne des filles à marier, des philosophes… et des tripotx ! 
Sainte-Catherine est la patronne, entre autres, des filles à marier : Sainte Catherine n’a pas d’aiguille, Saint Nicolas lui en passera, dit-on. Mais Sainte-Catherine est aussi la patronne des philosophes, des étudiants et des écoles. En effet, née vers 290 dans une famille noble d'Alexandrie en Égypte et dotée d'une grande intelligence, elle acquit rapidement des connaissances qui la placèrent au niveau des plus grands poètes et philosophes du moment. Se consacrant à l’église après une vision du Christ, elle essaya de convertir l'empereur romain Maximien, venu à Alexandrie. Pour mettre Catherine à l'épreuve, il lui imposa un débat philosophique avec cinquante savants, mais au grand dépit de l'empereur, elle réussit à les convertir.  
Elle provoqua la fureur de l'empereur Maximien qui la fit torturer puis décapiter. Quelques siècles plus tard, des moines d'un monastère construit au pied du Mont Sinaï découvrirent au sommet d'une montagne voisine le corps intact d'une belle jeune femme qu’ils reconnurent comme étant celui de sainte Catherine d'Alexandrie. Sa dévotion se répandit dans tout l'Occident à l'occasion des Croisades et l'Ordre des Trinitaires, fondé en 1193 pour le rachat des captifs chrétiens enlevés par les barbaresques, la vénère comme sa sainte patronne.  
 

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