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Cinéma
Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola (2ème Partie)
Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola (2ème Partie)

| Jean-Louis Requena 1129 mots

Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola (2ème Partie)

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Apocalypse Now Redux ©
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Apocalypse Now au 32ème Festival de Cannes (1979)

A part quelques projections test, peu de personnes ont visionné le film en cours de montage (première version 4h30’). Le réalisateur est contacté par les responsables du Festival de Cannes qui espèrent avoir Apocalypse Now en ouverture (mi-mai, hors compétition) pour attirer les studios hollywoodiens qui alors préféraient le festival rival : la Mostra de Venise (début septembre). Francis Ford Coppola accepte de venir au Festival de Cannes mais en compétition officielle avec une copie travail (pellicule et son sur bandes séparées) de son dernier opus. Le film est projeté à Cannes avec deux fins possibles : le capitaine Willard tue le colonel Kurzt et prend sa place ou, après son meurtre, repart sur le patrouilleur. A sa sortie internationale (septembre 1979 en France) le réalisateur ne gardera désormais que cette version après avoir écartés la première et les autres filmée, mais non montrées au public.

Le montage initial de 270’ (4h30’) a été raccourci à 141’ (2h21’) dans la version cannoise et internationale. Durant le festival dont le palmarès doit être proclame à la fin de celui-ci, le bruit court, alimenté par le président du festival Robert Favre Le Bret (1904/1987) qu’Apocalypse Now va obtenir la Palme d’Or. Françoise Sagan, Présidente du jury, s’insurge et menace de partir avant la fin du Festival : elle soutient Le Tambour (Die Blechtrommel) de Volker Schlöndorff (1939) film allemand sur la montée du nazisme adapté du livre éponyme de Günter Grass (1927/2015). Finalement un arrangement est trouvé : Apocalypse Now et Le Tambour seront Palme d’Or ex aequo. Quelques mois plus tard, Françoise Sagan racontera dans le quotidien « Le Matin » les pressions qu’elle a subies pour accepter de récompenser Apocalypse Now, film qui lui déplaisait en tous points. La direction de Festival de Cannes rétorque aussitôt en publiant les notes de bar, non honorées, de la romancière.

Le délégué du Festival Gilles Jacob rapportera cette confidence de Francis Ford Coppola : « Je n’ai eu qu’une demi-palme ! ».

Apocalypse Now, une longue histoire de 40 ans

Dès son retour aux États-Unis, Francis Ford Coppola et ses équipes de monteurs (images et sons) pilotées par Walter Murch reprennent la copie travail et finalisent des modifications mineures. Apocalypse Now sort en salles en août 1979 au USA et fin septembre en France. C’est un énorme succès mondial. Le film génère 150 millions de $ en une année d’exploitation. Le réalisateur qui a réussi à garder, malgré toutes les péripéties financières, la propriété du film est à nouveau riche. Il peut, enfin, vivre en paix, avec sa famille, dans ses vignes californiennes de la Napa Valley.

Francis Ford Coppola écrit quelques scénarios et surtout produit avec son ami George Lucas le film du japonais Akira Kurosawa (1910/1998) que tous deux admirent : Kagemusha, l’ombre du guerrier. Ce long métrage (180’) présenté en sélection officielle au 33 ème Festival de Cannes (1980) obtient la Palme d’Or. Le producteur/réalisateur jamais à court d’idées difficiles a concrétiser se lancent avec sa société de production American Zoetorpe dans la fabrication d’une comédie musicale : Coup de cœur (One from the Heart - 1982). C’est un terrible échec critique et commercial : à nouveau, il est perclus de dettes. Sa mégalomanie a terrassé son talent !

Dès lors Francis Ford Coppola (43 ans), réalisera une quinzaine de longs métrages entre 1983 (Outsiders – The Outsiders) et Twixt (2011) pour éponger ses dettes. Mais le demiurge a, dans quelques ouvrages de commande, garder sa patte : Rusty James (Rumble Fish – 1983) magnifique récit de teenagers en noir et blanc, Jardins de Pierre (Gardens of Stone – 1987) le versant aux États-Unis de la guerre du Viêt Nam, Le Parrain 3 éme partie (Mario Puzo’s, The Godfather : Part III – 1990) qui clôt la trilogie du Parrain 18 ans après le premier opus, et Dracula (Bram Stoker’s Dracula – 1992) reprise somptueuse du mythe de Dracula.

La longue vie d’Apocalypse Now (1979/2019)

Francis Ford Coppola a stocké avec grand soin tous les négatifs qui n’avait pas été retenus dans le premier montage définitif de 141 minutes (2h 21’). En 2001, il propose une nouvelle version d’Apocalypse Now Redux de 194 minutes (3h 14’) ou il a réintroduit les scènes de la concession française (45’) et quelques autres scènes moins importantes (8’). Apocalypse Now Redux est présente hors compétition au Festival de Cannes 2001 ou la qualité de la projection (image et son) du nouveau Palais des Festival, « le Bunker » est sensiblement amélioré par rapport à l’ancien Palais historique. En 2019, Francis Ford Coppola jamais a court d’idées (le film lui appartient) propose une nouvelle version Apocalypse Now Final cut ramenée à 183 minutes (3h 3’) qu’il considère comme la plus cohérente.

Apocalypse Now ce « blockbuster malade », avec ses outrances, ses boursouflures, reste une œuvre cinématographique fascinante, hors norme qui ne pourra plus être fabriquée de nos jours. Certes les budgets des blockbusters pour teenagers ont explosé, atteignant parfois la barre des 200 millions de $, mais leurs valeurs artistiques sont indigentes pour la majorité d’entre eux. Les décideurs sont des financiers assujettis à une logique industrielle, d’où les franchises avec des suites interminables (Stars Wars, Rambo, Pirates des Caraïbes, Fast and Furios, etc.). Les budgets sont tellement colossaux, hypertrophiés que le produit final doit être formaté pour une exploitation internationale afin d’espérer un retour bénéficiaire sur investissement. Le cinéma étant depuis son origine « un art et une industrie » (les Frères Lumières étaient des industriels !) c’est l’industrie cinématographique financiarisée (américaine, la chinoise bientôt) avec son offre prolifique de produits calibrés, formatés, qui gagne des parts de marché.

En face de ces conglomérats financiers ou le film en tant que tel n’est qu’un prétexte à engranger des dollars ou des yuans, Francis Ford Coppola est un artiste certes dispendieux (le cinéma est un art collectif onéreux !) a l’image de ceux de la Renaissance.

A bientôt 82 ans (avril 2021) Francis Ford Coppola n’en demeure pas moins, un « phare » du cinéma mondial, qui a enchanté la décennie du « Nouvel Hollywood » (1970/1980). A son âge, il soutient qu’il nourrit d’autres projets …

P.S : Apocalypse Now existe en multiple versions en Dvd ou Blu-ray. En ces temps de confinement (et auto-confinement !) l’on peut privilégier le coffret 4K UltraHd sorti en 2019 qui comprend les 3 versions du film en Blu-ray et 4K Ultra Hd avec une bande son renversante (Dolby Atmos) et de multiples bonus dont le film documentaire d’Eleanor Coppola (Hearts of Darkness).

Pour les lecteurs, trois livres indispensables sur ce réalisateur :
Francis Ford Coppola de Stéphane Delorme – Éditions Cahiers du Cinéma – 2007
Apocalypse Now, Journal d’Eleanor Coppola – Edition Sonatine – 2011
Francis Ford Coppola, ouvrage collectif – Edition Capricci – 2016
Et son mythique chef monteur :
En un clin d’œil : Passé, présent et futur du montage par Walter Murch – Capricci - 2011

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Apocalypse Now Redux ©
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