Un peu de désinvolture pour embrasser le printemps de ce roi Léon sorti de sa retraite de l'hiver, au milieu des amertumes de saison. A Bayonne, on en mesure l'urgence même à l'heure de voir se profiler posters et affichages festifs prétextant l'apothéose de l'été au milieu d'une cité effervescente, joviale et enjouée. Le Roi Léon n'en serait devenu le symbole légendaire sans cette tendresse attachée à ses dimensions affectives, de démesure, de débordement, d'expansion et de propension à l'effusion. Un cœur de ville dans un cœur de roi que les Espagnols appellent el Leon, et les gens du lieu Léon ou Lion d'un rêve d'enfant devenu la passion de la cité !
L'hiver du roi Léon touchait à son terme. On fit l'état des lieux et des soins apportés au monarque au long d'une morte saison sédentaire et prolongée pour lui. Des poses assises en tailleur disait-on jadis, dans sa posture souveraine, une alimentation conseillée pour une immobilité assumée, un protocole de suivi médical nécessaire pour lui. De quoi rendre la charge cruellement exigeante pour un postulant méritoire.
Il se disait au château du côté des cuisines qu'un ordinaire soumis à minima se cantonnait à des pieds de légumes venus des réserves de ses métayages, des patates en abondance de saison et bien peu de charcutailles paysannes et surdosées pour les taux sucrés et sacrés du sujet, peu disposé à l'exercice.
Un breuvage de végétaux maraîchers lui fut servi en continuum dans un bol assorti de peu de convenance régalienne. Les légumes pommes de terres, choux, haricots et poireaux d'un commerce sommaire. Pour ne pas graisser les rouages à l'excès ni priver la corpulente combinaison de son état, d'abus de sucre ni de sel.
Léon n'aimait point ce régime contraint mais enfin, entre goutte et couchage forcé, il valait mieux soumettre ses humeurs aux conseils du praticien, peu conseillé à lui servir les boissons de sommelier ou de caviste renommé de sa ville.
Léon au régime forcé, paraissait désinvolte à tout sujet de sa couronne, si peu familier à de telles privations de carême le long de l'hiver en son entier. Le bayonnais du cru pratiquait de saison de telles réserves mais d'un délai assorti de quelques exceptions d'un calendrier assumé sans contrainte ni compression.
Carême sur un an sonnait le glas de l'honnête sujet peu enclin à de tels sortilèges au bénéfice assumé des avantages acquis de privations alimentaires recommandées à tout sujet penché sur de tels excès potentiels.
On sut encore que le bon Roi de la cité dut se soumettre à des exercices d'entretien physique, de morne saison : convenez que pour son cas, ni le vélo électrique de sus, ni le scooter à moteur à énergie fossile ou d'essence, ni la moto sans effort ni volonté ne lui semblaient conseillables.
Le kinésithérapeute déclara son verdict. L'ostéopathe dut assumer les premiers soins, l'entraîneur sportif de la ville, habitué à relever des surpoids de fin de matches à la peine, furent consultés. On s'interrogeait encore, quel exercice sportif le plus idoine conviendrait à ce monarque alourdi sous le poids des décennies, de l'âge mayor désormais reconnu et d'un si peu de maniement de ses organes vitaux .
La marche en interne, exclue faute d'espace pour permettre au géant du lieu de franchir portes et balcons trop étriqués pour sa gouverne. Le bassin de piscine, trop peu praticable pour un mastodonte de cette voilure, ou par défaut et sans autre disposition le vélo d'intérieur ou d'appartement, le plus malléable aux besoins du monarque et de ses disponibilités horaires. Toutes les hypothèses venaient à l'esprit. Il faudrait décider.
On décida donc à l'abri des conversations de curieux et curieuses de coutume, anciennement taxées de gouvernantes ou de sujettes placées aux soins habitués du roi, d'introduire le dit vélo hors dimensionné aux besoins du lieu et de son bénéficiaire patenté. Une selle confortable pour une assise de dimension, deux guidons adaptés aux bras repliés du roi Léon, un trépied d'équilibre statique et scellé aux murs et à la surface du parquet, pour ne tomber à la renverse sous le poids persuasif du praticien, des exercices d'entretien. Somme toute, préserver le nécessaire pour la sécurité du monarque.
Les débuts, diront les rares témoins de la mise en forme, furent douloureux et laborieux. L'immobilité d'un corps passif, ankylosé ou peu exercé le rendait aboulique et sans volonté. On dut pratiquer pour notre monarque la méthode -segi- dans le pays voulant dire, approprié à la capacité effective de son auteur.
D'un profil soutenu, inachevé et constant Léon, le roi soumis aux amertumes de son état, se prêtait à l'exercice de bonne grâce, ou pour le cas, de peu de disgrâce, en somme et en tout cas. Ses conseillères un temps dénommées les amazones du lieu ou luminaires du soir suivaient les progrès acquis du roi Léon. On disait que dans leur cénacle privé, elles n'avaient guère renoncé à intervenir à nouveau dans le royaume de la cité léonienne pour une prestation furtive et incendiaire de leurs facultés. On disait qu'elles disposaient de vertus somatiques pour soulager les esprits appesantis des fatigues de la vie, mais enfin, en ce cas, on ne souhaitait en dire davantage !
Pour l'état de ses artères lui disait on, un ordinaire cuisinier sobre et dépouillé, un quotidien d'entretien physique instruit par les meilleurs pharmaciens apothicaires de sa ville, et de la sorte notre divin roi Léon d'Ibai Ona, se verrait qualifié à l'assaut promis des prochaines festivités de sa cité. Un peu privé en somme pour l'heure mais promis à l'abondance prochaine de ses programmations futures.
Convenu de nourriture apprêtées et mesurables, d'effort physique contraignant, le roi Léon dut encore se soumettre à un autre exercice non moins difficile pour lui. les boissons de plantes bio dégradables, disait on désormais. Point trop sucrées venues d'au delà des mers dans leur origine, point trop alcoolisées, les deux pouvant aller de pair.
On appelait ses plantes vertes s'entend, de phytologie, ou de jardins botaniques, dont nombre d'entre elles avaient perdu de leur aura mais point de leur efficacité.
Produites chez des guérisseuses, laborantines écolos d'antan, elles s'appelaient menthe, thym, romarin, camomille, verveine, tilleul ou pissenlit, parmi bien davantage. Elles disposaient de propriétés sommairement reconnues mais fidèlement convenues, pour leurs dividendes sanitaires et de guérison.
Les commentaires allant bon train on demandait à Victorine si les effets du jus d'oignon pouvait concurrencer la portée du jus de fougères en bouture précoce de saison ? On s'évertuait ainsi à trouver la médication la plus assortie pour soulager les amertumes et les troubles d'équilibre du bon roi Léon. Les paris semblaient lancés, qui du meilleur apothicaire au guérisseur patenté saurait donner dans le présent la solution qui guérit, ou pouvait contenir les désagréments de fièvres de saison.
Photo de couverture : le défilé de la Cour du Roi Léon ©Ville de Bayonne-Théo Cheval