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Musique
L’Académie Ravel et son Festival : perspectives et souvenirs
L’Académie Ravel et son Festival : perspectives et souvenirs

| Alexandre de La Cerda 1497 mots

L’Académie Ravel et son Festival : perspectives et souvenirs

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Les boucles blondes de Renaud Capuçon, il y a quelques années... ©
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... et son ami violoncelliste Marc Coppey ©
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Bien que le prolongement de la crise sanitaire ait contraint d’annuler les conférences et les concerts de l’Académie Ravel qui étaient prévus en diffusion dès janvier, ainsi que le « Printemps de l’Académie » que l’on se faisait une joie de retrouver, Jean-François Heisser et Bertrand Chamayou ainsi que leur équipe dirigée par le nouveau délégué général Marc de Mauny mettent tout en œuvre pour que le Festival Ravel, qui démarrera le 22 août prochain, soit à la mesure des espérances du public de mélomanes.
Ainsi, à partir du 22 août, grande journée inaugurale, jusqu'au 10 septembre, le Festival- Académie conjuguera grands noms et jeunes talents autour de l’univers et de l'esprit de Maurice Ravel, de l'époque baroque à nos jours avec des concerts quasi-quotidiens à Saint-Jean-de-Luz, Ciboure, Urrugne, Saint-Pée-sur-Nivelle, Cambo, Ascain, Biarritz et Bayonne.

La dernière édition « normale » du Festival Ravel – la troisième depuis la fusion avec l’ancien « Musique en Côte basque » - s’était déroulée pendant la « saison de velours » 2019 et avait été lancée par le violoniste Renaud Capuçon au cours d’un mémorable concert « intergénérationnel », depuis le jeune violoncelliste Edgar Moreau qui n’avait pas 25 ans, jusqu’à l’aîné, l’alto Gérard Caussé. Un concert qui a bénéficié d’un accueil très chaleureux du public qui remplissait entièrement l’église de Saint-Jean-de-Luz, jusqu’aux étages les plus élevés ! Au milieu d’une scène très fleurie au parfum enivrant, Renaud Capuçon était entièrement transfiguré par sa partition – les quintettes de Brahms - et son instrument. Edgar Moreau maniait son archet de ses longs et fins doigts « de pianiste » avec une élégance qui faisait écho à celle de sa mise, boutons de manchette et chaussettes rouges… Peut-être l’acoustique de l’église favorisait-elle moins les mesures plus lentes, mais on ressentait beaucoup de grâce et d’onction dans la « VIème Parole du Christ » de Haydn. Quant à Gérard Caussé, moins émotif, il procurait à l’ensemble la touche d’un talent mûri...

Et Jean-François Heisser était particulièrement fier du concert offert par Renaud Capuçon et lui-même aux chefs d’État du G7 réunis la veille au Palais : Emmanuel Macron avait bien enregistré les éléments qu’il lui avait fourni pour présenter les morceaux interprétés, de Massenet, Debussy et « Tzigane » de Ravel ! 

L’occasion pour nous de revenir une vingtaine d’années en arrière, avec cette critique que j’avais produite le 13 novembre 2000 sur les ondes de Radio-France

Renaud Capuçon et Marc Coppey à l'église d'Arcangues

Succédant aux pianistes Jean-François Heisser et Marie Josèphe Jude, le violoniste Renaud Capuçon (*) et le violoncelliste Marc Coppey ont brillamment illustré la partition musicale des "Cultures d'Automne" qui s'est déroulée à l'église d'Arcangues dans le cadre des très méritants efforts du syndicat d'initiative de la commune dirigé par Michel d'Arcangues ; des efforts qui ne reccueillent pas toujours de la part des collectivités locales ou régionales les encouragements et les aides qu'ils méritent ; au contraire, l'organisation de ce concert a même failli être mise à mal par la désinvolture des autorités du cru qui avaient autorisé le même jour le tournage par TF1 d'une nouvelle série télévisée de sorte qu'à l'heure du début du concert, l'église était encore aux mains des cameramen et des techniciens ! Enfin, une demi-heure plus tard, les instrumentistes pouvaient entrer à l'église et prendre possession de la sacristie pour régler leurs derniers accords.

Et, cette fois, là où deux grands pianos de concerts l'avaient presque saturée par instants, lors du concert Heisser-Jude il y a trois semaines, l'acoustique de la petite église labourdine se prêta admirablement au son des deux instruments à cordes.

De plus, les interprètes étaient mis en valeur par des jeux d'éclairage bien étudiés, contrairement à la grande salle d'une commune voisine où un concert, l'été dernier, avait mis en lumière les spectateurs tandis que les musiciens, dans l'obscurité, avaient du mal à lire leurs partitions ! Tous ces détails assurent le confort et, en définitive, le succès d'un concert.

Reste, évidemment et principalement, la virtuosité des artistes. Et là, les mélomanes n'ont pas été déçus !

Ceux qui avaient assisté au printemps dernier au concert d'ouverture des Fêtes musicales de Biarritz avec Renaud Capuçon dans le concerto de Félix Mendelssohn étaient longtemps restés sous le charme et la séduction du jeune violoniste dont l'extrême sensibilité - faite de grâce et de tendresse - était soutenue par l'audace et la fougue endiablée d'un archet à la virtuosité et au romantisme irrésistibles. 

Mais si l'élève de Gérard Poulet et de Veda Reynolds s'était toujours fait remarquer par sa profonde et naturelle musicalité dans le répertoire de musique de chambre le plus exigeant, de Schubert à Brahms, à Arcangues, il s'agissait des sonates et des partita de Bach que, certes, Renaud Capuçon amettait avoir joué depuis son enfance, mais guère en public. Et bien, pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître : particulièrement dans la partita n°3 pour violon dont il attaqua le prélude avec virtuosité, la loure avec sentiment, réservant toute sa grâce à la gavotte en rondeau et concluant sur une gigue très enlevée. Loin de toute austérité, on sentait comment, à l'égal du Cantor de Leipzig, notre jeune musicien avait bien assimilé l'exemple de Vivaldi et des maîtres italiens. 

Et que dire de la Sonate pour violon et violoncelle de Maurice Ravel qu'il interpréta avec son ami d'enfance, mais avec qui il n'avait encore jamais joué, le non moins jeune et talentueux violoncelliste Marc Coppey ? Entre les deux musiciens, c'était pour ainsi dire une complicité de naissance, ne nécessitant aucun coup d'oeil entendu ou de reconnaissance, où le son noble et grave du violoncelle s'alliait à la légèreté et au raffinement de l'archet du violoniste, à son éblouissant travail en pizzicatti au scherzo ; ensemble parfait et harmonieux d'où n'était pas exclu quelque humour lorsqu'au dernier mouvement, les instruments semblèrent se dédoubler au point de sonner comme un quatuor ! 

Sous des ovations répétées, le bis revint à la « Zingaresca » d'Eric Schulthoff, un compositeur de la première moitié du XXème siècle que Renaud Capuçon entendit récemment sous l'archet du violoncelliste David Guéringa. Mais le jeune violoniste prodige reviendra bientôt pour notre plus grand bonheur : vendredi prochain à 21 h au château d'Etchauz à Baïgorri et l'été prochain, à "Musique en côte basque", il projette une sonate de Respighi…

Précisément, quelques mois auparavant, j’avais déjà déclaré sur Radio-France à propos d’un inoubliable concert d'ouverture des remarquables Fêtes musicales de Biarritz organisé à la Gare du Midi par la regrettée Micheline Banzet-Lawton avec Renaud Capuçon et Myun-Whun Chung : le concerto pour piano, violon et orchestre à cordes de Félix Mendelssohn, œuvre magistrale d'un adolescent de quatorze ans, brillait de tout son charme - sans bassesse - et de toute la séduction - sans vulgarité - que surent y exalter l'extrême sensibilité -faite de grâce et de tendresse - mais aussi l'audace et la fougue endiablée d'un archet sans pareil.
Celui d'un divin violoniste qui, avec ses discrètes boucles blondes, tel un ange descendu des cieux, déroulait la partition avec une plume de ses ailes pour nous emporter très haut, de son léger zéphyr. Renaud Capuçon se fondait littéralement dans la musique, la faisait resurgir au gré des rebondissements lyriques de l'orchestration mendelssohnienne en un jaillissement continu de virtuosité et de romantisme irrésistible.

C'était plaisir également de goûter au délicat doigté pianistique, d'une exquise sonorité tempérant l'ouverture de l'instrument, de Myun-Whun Chung qui, assis sur une commune et insolite chaise en bois, dirigeait en même temps avec brio et fermeté - main de fer dans un gant de velours - le remarquable Chamber Orchestra of Europe dont l'addition des talents faisait également corps avec la musique. Ovations du public et deux bis, particulièrement un air connu de Fritz Kreisler où l'on vit en un tour de modestie -voire d'humilité dont seuls sont capables les très grands artistes -, Myun-Whun Chung accompagner simplement au piano le violon d'un Renaud Capuçon radieux ! 

Après le visage affable de Mendelssohn et de Capuçon, vint l'heure du masque douloureux et tourmenté de Beethoven, témoin génial d'un versant bien plus âpre de l'existence et que surent admirablement rendre dans tous ses détails et ses finesses chromatiques l'inégalable interprétation de Myun-Whun Chung à la tête d'une formation qui n'a jamais autant mérité son appellation d'Orchestre de chambre.
Ainsi redécouvrit-on complètement sous un nouveau jour la partition si connue de la Cinquième de Beethoven ! Toutes les nuances d'une sonorité très colorée étaient mises en valeur, en particulier celle des instruments à vent, même le piccolo au son si fragile sut se faire entendre au sein de la masse orchestrale. Fabuleux ! Un authentique feu d'artifice de virtuosité déclenché à l'inauguration de ces vraies fêtes musicales de Biarritz par leur talentueuse initiatrice, Micheline Banzet-Lawton.

Il nous reste à souhaiter que la prochaine édition du Festival Ravel constitue également de vraies « fêtes musicales » dont nous avons été privés depuis trop longtemps !

(*) Depuis lors, le violoniste savoyard a été élu à une large majorité pour succéder en 2021 à Joshua Weilerstein à la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne.

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Le regard "espiègle" de Capuçon avec son Quintette lors du 3ème Festival Ravel (2019) ©
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