A - Le chemin de la foi par les Basiliques Romaines
Après la basilique saint Pierre, la basilique Sainte Marie Majeure, Le Latran, vient encore Saint Paul hors-les-Murs la quatrième parmi d'autres églises prestigieuses de la ville sainte qui font l'objet d'une visite pélerine pendant cette année jubilaire.
Le programme initial de la visite prévoyait ainsi depuis des siècles le passage en ces lieux mémoriels et spirituels de la chrétienté pour "tout étranger" venu de l'empire romain faire ce geste de foi en la cité sainte.
Saint Paul fut érigé hors le mur d'Aurélien le long de la via Ostiense au IV ème siècle sur la tombe selon la tradition de saint Paul apôtre, Détruite puis reconstruite jusqu'au XIXème siècle au fil des aléas du passé, des incendies et des vandalismes, elle arbore une architecture néo classique monumentale aux allures orientales avec ses deux palmiers, encadrant la statue de Saint Paul.
Nous sommes à Rome mais Paul vient du sud de la méditerranée, et prend racine dans les fondations de la citoyenneté romaine qui pour l'époque avait une valeur première. Paul l'apôtre des Gentils", des non juifs de naissance et de religion, contribua à diffuser le christianisme dans son peuple et dans les populations du royaume en Asie Mineure, en Grèce et à Rome. Né à Tarse en Cilisie ou la Turquie d'aujourd'hui au début du 1 er siècle meurt à Rome entre 64 et 68 du début de notre ère, Il est issu de la tribu juive des Benjamin, comme rapporté par lui dans la Lettre aux Philippiens Ph 3,5. Du nom de Saül mais bien citoyen de Rome . La Cilicie était une province romaine, portant le nom romain de Paulus signifiant, "petit ou faible" s'identifiant à cet état dans ses propres écrits, 2 Co 12,10. Formé à l'école de Gamaliel à combattre le rayonnement chrétien chez les juifs eux mêmes, jusqu'aux années 31-36
il vivra sur le Chemin de Damas une épreuve spirituelle intense et foudroyante !
"Pourquoi me persécutes-tu" lui dira une voix intérieure ?
En regardant le profil énoncé par Le Caravage, celui de l'art au service de la foi, conservé en l'église Sainte Marie du Peuple à Rome, on pressent le choc moral et spirituel éprouvé par ce glorieux soldat de la vérité en butte avec sa quête mystérieuse de la foi personnelle.
Baptisé Paul voyage dans les terres romaines hors de l'Italie Allant chez ceux qu'il visitait il sera le missionnaire de l'immersion Il y eut bien des discussions sur cette façon d'agir et d'être introduit dans la culture paienne ou non juive du temps, mais l'apôtre maintint sa méthide et son assurance de franchir les frontières de la religion en allant aux périphéries de son temps sans autre réticence que de demeurer fidèle au Christ bien plus qu'aux rites et usages conventionnels du temps.
Le Concile de Jérusalem est un recueil passionnant d'anecdotes de ce vécu de toutes les époques que Paul dut assumer non sans difficulté pour convaincre de la bonne foi de ses intentions et de la foi de ses origines !
Lors de son séjour à Jérusalem il est arrêté en 58 pour avoir fait entrer au Temple un paien ou un non juif, une profanation de trop, et jugé, mais le citoyen romain échappe à la condamnation, en 60 à Rome. Assigné à résidence, il se défend et rappelle à ses geoliers son statut de citoyen romain, et le revoilà à Ephése en 65, où arrêté à nouveau il prend le chemin de Rome pour y être jugé et condamné à la décapitation sur la Via Ostiense de mémoire sacrée pour les croyants du monde.
Le personnage est unique, exceptionnel dans sa fougue et sa conviction. Faire partage la foi en Christ à tous les peuples du monde, comme dit dans Les Galates 3, 28. Décapité le corps de Paul est recueilli par une femme du nom de Lucina, pour être enterré dans son tombeau familial devenu un lieu de vénération de la part des premiers chrétiens romains et juifs de toute évidence.
On y construisit une chapelle puis après l'Edit de Milan 313 l'Empereur Constantin fit ériger la basilique actuelle insérant le corps de Paul dans un sarcophage, sous le maitre autel. On a fait de nombreuses fouilles in situ. Le sarcophage porte bien le nom de "Paulo Apostolo mort", et les chercheurs attestent l'existence de tissus précieux et d'ossements datant du 1 er - au II ème siècle. Les récits populaires et parfois légendaires ne tarissent à propos de Paul, Lors des persécutions de l'empereur Valérien les reliques auraient fait le voyage des catacombes de saint Sébastien pour y être cachées temporairement, mais en tous cas le temporaire pouvant devenir définitif ? il fallut attendre le 2 mars 1370 du pape Urbain V la décision de faire porter le reliquaire de la tête de saint Pierre et de Paul dans le ciborium de la basilique saint Jean de Latran réunissant ces figures uniques du christianisme en un même lieu et pour l'éternité !
La basilique saint Paul est érigée dans une architecturer monumentale, paléochrétienne dont il reste le transept, l'abside et la nef gigantesque entièrement redécorée. La mosaïque de l'Arc de triomphe du V ème siècle refaite au IX ème siècle sera encore remplacée dans le temps. Saccagée par les Lombards en 739, par les Sarrasins lors du sac de Rome en 846, le feu, les séismes et les inondations, la menace continue du X au XVIII ème siècle jusqu'en 1823 dernière date d'incendie romain aux conséquences funestes, rien n'y fut épargné à Paul ni de son vivant ni une fois mort.
In situ on trouve une communauté bénédictine ancienne des Trois Fontaines remontant au VI-VII siècle du temps du pape Grégoire le Grand chargée de garder les reliques de saint Paul . Le monument actuel est le vestige de nombreuses modifications au cours du passé, et bien la singularité même de l'apôtre Paul unique, imprévisible, indicible comme on aime le rapporter d'un oriental bien de son état et de sa vie.
B - Le jubilé du temps des conflits de religion entre chrétiens
Une page d'histoire mérite en effet d'être revisitée aujourd'hui pour connaitre le déroulé du jubilé dans ce temps bouleversé des guerres religieuses entre catholiques et protestants.
"Lorsque revint le temps en 1550 rapportent les historiens tel Bruno Martin, de l'année jubilaire après la crise entre chrétiens lors de la Réforme", on était en temps conciliaire, celui de Trente ouvert quatre ans plus tôt au milieu de nombreuses difficultés, le rapport des délégués entre eux, la question des théologies présentes et parfois contraintes entre elles.
A Rome la mort du pape Paul III le 10 novembre 1549, avait retardé l'ouverture du Jubilé et un conclave long était engagé, en effet le successeur Jules III ne fut élu que le 8 février 1550. De quoi aiguiser davantage ce désir de retrouver la tradition jubilaire interrompue par des facteurs imprévus.
Les pélerins recommencèrent à affluer et le cardinal vicaire de Rome Filippo Archinto eut l'idée de s'appuyer sur des laics de la petite confrérie du nom de "Trinita di Pellegrini" en français la sainte trinité des pèlerins autour d'un dénommé Philippe Néri. Un jeune de 35 ans florentin d'origine plus proche de françois d'assise et de quelques autres convertis du temps. Il habitait dans un refuge de mendiant soucieux d'accueillir ces pèlerins non mieux lotis que lui, en ces temps, On raconte que près de 500 d'entre eux chaque jour trouvaient refuge chez lui à Rome pendant cette année sainte. Mais comment les nourrir, où et dans quelles conditions soigner leurs plaies du voyage à pied dans des conditions spartiates et peu garanties d'accidents de la route.
Il fallait donc pourvoir à l'ordinaire avant d'envisager l'extra ordinaire du pèlerinage, Cette confrérie engagea pour tant de pèlerins "la dévotion des quarante heures ", prière devant le Saint Sacrement exposé pendant deux jours d'affilée, entrecoupé d'exercices de piété et d'exhortations de dévotion. Philippe avait la magie du propos, du verbe à l'italienne ou en latin, qu'importe, le talent pour conduire ces prières auprès de pèlerins en demande en ce temps jubilaire. Il répondit à la requête pressante des siens en devenant prêtre sous leur incantation dès le 23 mai 1551 à la fin du Jubilé.
Philippe de Néri poursuivra ses missions auprès des pèlerins, après la confrérie des Pèlerins des centres de soins auprès des malades, des personnes âgées.. De cet exercice particulier naitra " l'Oratoire" ou fraternité de prêtres dévoués à ces missions. Le concile de Trente mettait fin à ses travaux laborieux en 1563 qu'il fallait mettre en oeuvre, et Philippe Néri eut ainsi cette mission de circonstance qu'il résuma en cette formule célèbre depuis, "On peut restaurer les institutions humaines avec la sainteté disait le promoteur de cet ordre, mais on ne peut pas restaurer la sainteté avec des institutions" !
Des noms de grands hommes apparaissent désormais dans le sol romain, et dans l'église, Ignace de Loiola, de Gaëtan de Thiene, mais encore Charles Borromée. Le pape Grégoire XIII régnant avait dit à ses cardinaux, le vernis ne sert à rien de porter de la perfection et de la sainteté comme un jeu qui ne dure pas. Nous devons vraiment servir Dieu et le prochain. La confrérie de la Trinité se développa à grande vitesse et en grand nombre. 150 000 personnes accueillies, 600 000 repas servis à l'époque avec les moyens de ce temps.!
Le pape et les cardinaux y venaient laver les pieds et nourrir les pèlerins. Les soins spirituels étaient assurés par les franciscains de l'Ara Coeli et les pénitenciers assuraient la mission. Dans un chantier de la basilique saint Pierre toujours en cours, où la base était terminée mais où la coupole était en chantier, l'église se bâtissait en fait devant ces visiteurs nombreux, acteurs et témoins de la foi vivante, de ces hommes en situation.
Le Jubilé avait bien cette fonction de mettre en chemin et sur les voies de l'espérance des hommes éprouvés encore depuis peu par des querelles et des guerres internes. entre chrétiens tout les premiers.