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Histoire
Dimanche de Pâques : « Aberri Eguna », la célébration de la patrie basque
Dimanche de Pâques : « Aberri Eguna », la célébration de la patrie basque
© Sabin Etxea 1932 : les enfants portent l’ikurriña devant être hissée au passage de l’Aberri Eguna

| ALC

Dimanche de Pâques : « Aberri Eguna », la célébration de la patrie basque

Le dimanche de Pâques voit chaque année la célébration de l’Aberri-Eguna qui signifie en basque « journée de la patrie ». Le Parti Nationaliste Basque (EAJ-PNV), majoritaire dans la Communauté autonome d’Euskadi, a invité les Basques à placer l'ikurriña, le drapeau basque, sur les balcons ce dimanche pour célébrer la 88ème édition de l'Aberri Eguna, en se souvenant des personnes décédées du coronavirus et en observant une minute de silence ce même dimanche à midi et demi afin de leur rendre hommage et exprimer la gratitude « de la nation basque aux femmes et aux hommes qui luttent contre la pandémie sur la ligne du front »avant d'entonner ensemble "Txoria Txori" (Hegoak) depuis la fenêtre. La devise choisie pour cette année par le PNV est « Euskadi Aurrera. Lortuko Dugu! (Euskadi, en avant. Nous réussirons !). La direction du PNB a souligné que « prendre soin et protéger les Basques constituait aujourd'hui la priorité » du mouvement et, en outre, il s’agissait du « meilleur moyen de construire une nation, de garantir notre avenir en tant que peuple ».
Quant aux dirigeants d’Euskal Herria batera (gauche abertzale), ils ont encouragé« à célébrer Aberri Eguna à travers l’Euskal Herria en formant une mosaïque de photos et en chantant en chœur sur les balcons et les fenêtres ». Une mosaïque de photographies « dans laquelle chaque personne ou famille exprime ses souhaits », sera disponible sur les réseaux sociaux.
Rappel historique
La première édition de de l’Aberri-Eguna, célébrée à Pâques 1932, avait vu converger vers Bilbao près de 80 000 Basques. Le nationalisme basque était en marche…
A l’origine, le mécontentement des Basques prenait sa source dans l’abrogation par Madrid de leurs fueros ou libertés séculaires et l’institution de « provincias » calquées sur l’exemple des départements « révolutionnaires » français. Il s’ensuivit les guerres carlistes qui ruinèrent le Pays Basque d'Espagne et provoquèrent l'émergence au XXe siècle du nationalisme basque dont la figure centrale fut Sabino Arana Goiri. Né en 1865 en Biscaye mais liéà notre région après avoir effectué une partie de sa scolarité à l’Institution Saint-Louis de Gonzague à Bayonne, le fondateur du PNB et créateur du drapeau basque hissait l’Ikurriña en 1894 au balcon de son « Euskaldun Batzokia »à Bilbao. Trente ans après sa disparition, le PNV qu’il avait fondé convoquait ainsi à l’Aberri Eguna en mars 1932: « le jour de la Résurrection du Seigneur. Jour de la Patrie Basque. Un seul jour pour fusionner deux souvenirs vénérés ».
A notre époque de laïcisation galopante, d’aucuns préfèrent évoquer un rapprochement avec l'insurrection irlandaise de Pâques 1916 afin de faire passer la fête religieuse au second plan. 
Or, cette première convocation de 1932 faisait bien le parallèle dans sa rédaction entre « le sacrifice de Jésus qui trace le chemin de la Croix, et celui de Sabino contemplant Dieu et sa patrie pour tracer le chemin vers Dieu et l’Ancienne Loi - Jaun-Goikua eta Lagi-Zarra »; ainsi, le choix d’une date coïncidant avec une fête éminemment religieuse était-il dû autant aux racines chrétiennes d’un parti fondateur de la fédération européenne démocrate-chrétienne, que par réaction à la politique anticléricale menée par la république qui venait de succéder au roi Alphonse XIII.
Un statut d'autonomie avait alors été approuvé par chacune des provinces basques sauf la Navarre où il y eut des manipulations électorales. Mais Madrid marqua sa défiance et traîna des pieds face à ces Basques qui voulaient le rétablissement des anciens Fors ainsi que la signature d’un concordat établissant des relations directes avec le Vatican.
En 1936, l’arrivée en Espagne du Front populaire s’accompagna de persécutions sanglantes contre les chrétiens dont témoignera Manuel de Irujo, ministre PNV dans le gouvernement républicain madrilène : « En dehors du Pays Basque, toutes les églises ont été fermées au culte, des édifices et des biens ecclésiastiques incendiés, pillés et détruits, des prêtres et des religieuses arrêtés, emprisonnés et fusillés par milliers, on est allé jusqu'à interdire la détention privée d'images et d'objets de culte, la police perquisitionne avec violence ». 
La destitution, le 10 juillet 1936, du président constitutionnel, le modéré Alcala Zamora, suivie de l'assassinat par les Factions Révolutionnaires du chef de la droite parlementaire, le député Calvo Sotelo, précipitèrent le soulèvement de Franco. Les Cortes votèrent alors en catastrophe le statut d'autonomie des provinces basques le 7 octobre 1936.
Interdit évidemment par l’État espagnol après la Guerre Civile, l’Aberri Eguna continua d’être célébré par le Gouvernement Basque en exil jusqu’à son retour en Euskadi après la disparition de Franco. En Argentine, le mouvement nationaliste basque, présent dès le début du XXe siècle, organisa l’Aberri Eguna dès 1935.
En France, les premiers Aberri Egunak eurent lieu au début des années 60 auprès de la stèle de la charte d’Itxassou où Mixel Labèguerie avait présenté l’enregistrement, entre autres, de « Gu gira Euskadiko gazteria » (nous sommes la jeunesse du Pays Basque).

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Remi VENTURE | 12/04/2020 11:06

Site très intéressant. Bravo !

Fourcade Didier | 12/04/2020 12:29

Bonjour texte très intéressent . merci bonne journée

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