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Le Cinéma de la semaine
Citizen Kane (1941) d’Orson Welles (deuxième partie)
Citizen Kane (1941) d’Orson Welles (deuxième partie)

| Jean-Louis Requena

Citizen Kane (1941) d’Orson Welles (deuxième partie)

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Orson Welles ©
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Citizen Kane (1940/1941)

Le tournage démarre le 2 juillet 1940. Le budget prévisionnel est de 686.000 $ ce qui est confortable pour un film noir et blanc. A titre de comparaison, Autant en emporte le vent (1939) de Victor Fleming, en Technicolor à couté 3,9 millions $. Orson Welles a convoqué tous ses comédiens du Mercury Théâtre, fait mine de faire des essais et de procéder à des répétitions. En fait, il filme des scènes sans en avertir le studio qui finit par s’en rendre compte. Celui-ci déclare la date (officielle) de démarrage du tournage au 30 juillet 1940 (achèvement, le 23 octobre 1940). Le montage, par Robert Wise (1914/2005) futur réalisateur, et la postproduction seront achevés à la fin de l’année.

Orson Welles qui a passé un an dans les studios de la RKO Pictures avant le premier tour de manivelle malgré un emploi du temps dément (ses voyages hebdomadaires à New-York) s’est familiarisé avec la technique cinématographique en côtoyant le directeur de la photographie aguerri (déjà 36 longs métrages à son actif !), Gregg W. Toland (1904/1948) qui vient d’être récompensé par un « Oscar » pour Les Hauts de Hurlevent (1939) de William Wyler. Ils décident de filmer avec de courtes focales, peu usitées par les studios hollywoodiens, mais qui permettent une grande profondeur de champ. Ainsi, les personnages peuvent s’étager dans des décors adaptés, dans la même image, sur plusieurs plans, laissant au spectateur un choix d’attention. Gregg W. Toland est tout heureux d’échapper à la routine avec ce néophyte qui n’a peur d’aucun effet grâce « à sa chance de débutant ». Le réalisateur et son chef opérateur piétinent tous les tabous de la mise en image : scènes en plongée (caméra au-dessus), en contre plongée (caméra en dessous), plans composites (un plan composé de 2 ou trois images sont assemblées pour n’en faire qu’une sur l’écran), éclairages contrastés (visages dans l’obscurité, puis en pleine lumière suivant le rythme de la scène, etc.). L’usage d’un objectif à courte focale agrandit considérablement l’espace photographié (hauteur et largeur) du coup les décors sur le plateau doivent comporter des plafonds (inexistants habituellement car inutiles).

Orson Welles fait confiance à son habituel compositeur Bernard Hermann qui écrit une musique oppressive en adéquation avec la narration sans toutefois n’être ni descriptive ni envahissante, à la mode hollywoodienne de ce temps. Le réalisateur engage un jeune maquilleur Maurice Seiderman (1907/1989) dont c’est le premier travail pour le cinéma. Ce dernier a une tâche immense car les personnages sont montrés à différents âges de leurs existences, de leur jeunesse à leur vieillesse.

Citizen Kane achevé, quoique non projeté au grand public, « bénéficie » d’une campagne de dénigrement orchestrée par les journaux de William Randolph Hearst. La première du film a lieu à New-York le 1 er mai 1941. Les critiques reconnaissent un grand film, sa nouveauté narrative (structure en boucle, multitudes de flashbacks, fausses actualités, etc.) et l’emploi de techniques cinématographiques novatrices (permanence d’images « agrandies », plans séquences, etc.). Toutefois, Citizen Kane mal distribué aux États-Unis sera un demi échec. A cause de la Seconde Guerre Mondiale (France occupée), Citizen Kane ne sortira sur les écrans français qu’en juillet 1946. François Truffaut (1932/1984) qui le visionnera plus tard déclarera : « j’appartiens à une génération de cinéaste qui ont décidé de faire des films après avoir vu Citizen Kane ».

My name is Orson Welles”

Citizen Kane fut rapidement couronné « le meilleur film de l’histoire du cinéma ». Il est toujours classé dans le top 10 des longs métrages mondiaux incontournables, pour peu que ce système de palmarès signifie quelque chose. Curieusement, il nous apparait comme un film testamentaire réalisé par un jeune homme de 25 ans. Plus jamais ce dernier ne bénéficiera du « director cut » c’est-à-dire de la maîtrise finale, définitive de ses œuvres. Son film suivant pour la RKO Pictures, La Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons – 1942) a été remonté et amputé de 43 minutes. Dorénavant, Orson Welles aura une vie artistique chaotique aux États-Unis, en Europe, puis a nouveau dans son pays natal : 12 films achevés, dont des chefs d’œuvre : La Dame de Shanghai – 1947, Othello-1951, La Soif du mal -1958, Le Procès – 1962, Falstaff – 1965. Des films inachevés, des entames éparpillées en Europe (Espagne : Don Quichotte, film monstre), etc. Orson Welles s’est livré à maintes apparitions dans de multiples films sans grand intérêt pour financer ses projets disait-il. Son ami Henry Jaglom (En tête à tête avec Orson- Robert Laffont – 2015) disait que tout le gotha cinématographique international voulait discuter avec lui, mais personne ne voulait financer ses projets.

Devenu une sorte d’ogre pantagruélique, obèse (130 kilos), il décède à 70 ans (1985) d’une crise cardiaque, en pleine nuit, dans sa maison de Los Angeles, une machine à écrire sur les genoux : il rédigeait un scénario qui ne sera jamais réalisé.

80 ans après sa sortie, 45 ans après l’invention du « Cinématographe » (1895) Citizen Kane demeure la pierre angulaire du 7ème Art. Il y aura toujours un avant et un après Citizen Kane.

P.S : La totalité des films d’Orson Welles sont édités en Dvd de qualité variable. Certains ont été restaurés et proposés dans d’élégants coffrets avec suppléments et livret (Citizen Kane, La Splendeur des Amberson).

La vie de nomade, chaotique, dispersée d’Orson Welles, et son œuvre cinématographique ont généré une théorie d’ouvrages plus ou moins « savants ». Nous en avons sélectionné quelques-uns :
Moi, Orson Welles de Peter Bogdanovitch – Le Seuil (collection Points – 1997). Livre d’entretiens truffé de points de vue, d’anecdotes, plus ou moins réelles mais instructives sur la personnalité brillante, fabulatrice, énigmatique du réalisateur (distorsion de la réalité).
Orson Welles de Joseph McBride – Rivages – 1997. Biographie solide à l’anglo saxonne.
Le Livre d’Orson Welles – de Paolo Mereghetti – 2007- Les Cahiers du Cinéma – Le Monde
Orson Welles d’Anca Visdei – Edition de Fallois – 2015 – Biographie élégante.

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My name is Orson Welles ©
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