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Histoire
Aléria, capitale archéologique de la Corse secrète.
Aléria, capitale archéologique de la Corse secrète.

| François Xavier Esponde

Aléria, capitale archéologique de la Corse secrète.

1 – La Corse secrète.

Nos vacances de l’été 2020 étant « digitales » pour beaucoup de Français, Aléria propose des découvertes archéologiques de la présence étrusque dans l’île, fondée au VI ème avant JC par les Phocéens, de grand intérêt.

La découverte de “ la dame étrusque “ réveille le goût de la visite des trésors cachés de la terre, dans cette ville riche de vestiges archéologiques du temps des Romains, parmi des temples, des thermes et des villas, et un site étrusque méconnu avec une nécropole de 180 grandes tombes familiales, certaines intègres, d’autres visitées et pillées dans le passé.

Au cours des années 60-70 un couple d’archéologiques de Lyon Jean et Laurence Dehasse mettent au jour des Inscriptions datées de 500 à 259 avant JC.

On extrait sur le site Lamajone 4000 objets conservés, dont des céramiques à vernis noir, décorées de tête animale, un chien et une mule, et un plat représentant une peinture d’éléphants, puis encore des armes grecques, épées, casques, jambières,  exposés depuis dans le Musée d’archéologie Jérôme Carcopino.

Venant de Grèce, ces phocéens y introduisent la culture de la vigne, de l’olivier et du blé, important des amphores et des céramiques, construisant des maisons en pierre et traçant des villes.

Suivront les Etrusques venus depuis le X ème siècle avant JC, et localisés dans le centre de l’ile :  gens raffinés pour leurs sculptures et leurs céramiques.
Ils feront d’Aléria leur capitale de l’ile, statut que la Corse conservera jusqu’à la fin de l’Antiquité.

De par sa situation géographique entre Phocéa Massilia en Gaule, Carthage en Afrique du nord, Aléria convoitée fit l’objet d’une bataille maritime célèbre, en 540 avant JC. Au cours de la confrontation, l’alliance entre les étrusques et les carthaginois détruisit une soixantaine de navires phocéens, ce qui n’interdit cependant par la suite l’implantation à Aléria d’un comptoir commercial entre Etrusques, Carthaginois et Grecs...

Aléria florissante attise les convoitises des Romains pour les minerais et les richesses de la terre exportées depuis le port. Les Romains s’en empareront en 259 avant JC, et l’empereur Auguste confirmera la mission d’Aléria comme capitale de l’île.
Aléria entretint les meilleurs bénéfices de florissants commerces dans ce bassin méditerranéen, confirmant la preuve historique de son rayonnement vers l’extérieur de l’île.

2 - Le trésor de l’hypogée d’Aléria.

Sous un monticule de 140  tombes romaines enterrées, une sépulture définie comme “hypogée “aux dimensions colossales, riche d’offrandes étrusques abritant le corps d’une femme fit l’objet de découvertes insolites. Datée de la fin du IVème siècle avant JC, elle gardait son secret enfoui de vingt cinq siècles préservés.
Les archéologues mesurèrent  la valeur unique de cette découverte : “Un tel ensemble funéraire n’avait  pas été mis au jour en France ni même en Italie depuis quarante ans“ selon les archéologues.
La tombe étrusque était au fond d’un couloir, et d’un escalier de six mètres de long, de 1,1O m de large, accédait au  caveau rectangulaire de 2m2, et 1,20 mètre de haut.
La découverte était sublime. On trouva  à l’intérieur du site 200 objets conservés, dont un mobilier de prestige qu’il fallut protéger des spoliations. Au fil des aléas d’un travail impressionnant et laborieux, à la truelle,  à la spatule, et au pinceau, la surprise dépassa les attentes des archéologues.
Le corps de la gisante était  bien celui d’une femme, portant une paire de boucles d’oreilles en or,  au doigts d’autres bijoux. deux anneaux en or et d’un alliage cuivreux.
La défunte était entourée d’objets personnels, de cruches, et de gobelets pour son confort funéraire. Toutes les céramiques y étaient  peintes de visages féminins, avec leurs sujets rouges sur fond noir, provenant d’Etrurie et datées selon les spécialistes du IV ème siècle avant notre ère.
Des vases de parfums reposant sur les pieds de la défunte, des miroirs en bronze et un vase à versoir latéral, et des dizaines de coupes de formes diverses alignées sur le long du flanc de la gisante.
Une telle richesse faisait apparaitre la fortune de la défunte à qui tant de présents étaient agréables de son vivant et une fois trépassée pour en assurer le bienfait d’éternité.

Tous ces objets en terre demandant des précautions d’extraction indicibles, on devine le travail accompli par ces spécialistes et  le temps passé pour en conserver les souvenirs dans un état sécurisé. Le nettoyage des objets assurés, il fallut étudier en laboratoires leur symbolique pour  comprendre les pratiques funéraires étrusques.
Certains emboîtés comme des poupées russes cachaient des trésors invisibles, apprenant le raffinement des mœurs de cette civilisation venue de Grèce, totalement originale sur l’île corse peu initiée de ces coutumes anciennes.

Le mystère appelant toujours le questionnement, il fallut connaitre la signification des miroirs en bronze avec manche d’or, évoquant une scène de bain de Turan, la déesse de l’amour étrusque. Nue, elle y est entourée de deux acolytes l’un tenant un vase à parfum, l’autre tendant un drap pour la recouvrir, et aiguisant de fait la curiosité des archéologues...

Sur un vase à vin on trouvait encore deux visages féminins, ou deux profils se faisant face, à savoir une sorte d’effet d’optique prouvant la maitrise de la part des artisans des aspects de perspective, et l’enchantement provoqué par leur prouesse. Le travail en laboratoire désormais possible ajoutant la connaissance à l’observation première, les chercheurs analysent désormais “des traces organiques restées au fond des récipients afin de définir les offrandes alimentaires utilisées, à savoir le lait, le miel, le vin, l’huile d’olive ou d’autres goûts singuliers encore, tels les parfums !”

Sublime, donnant le plaisir de rêver et d’admirer la qualité de ces civilisations éteintes du passé,  les vestiges ajoutés donnent l’agrément suave de les découvrir in situ en Corse sur cette ile de rêve des vacances de l’été !

Cette fouille ayant eu lieu de juin 2018 à décembre 2019, le goût de poursuivre les recherches dans le vieux port d’Aléria devrait configurer le projet “Aléria et ses territoires, approches croisées”, sous l’autorité du CNRS, de la DRAC et de la Collectivité de Corse.
Des découvertes à venir sans nul doute, côté mer après le côté terre d’une cité soumise à l’histoire des civilisations méditerranéennes qui l’entourent.

François-Xavier Esponde

Légende : Tombe étrusque de 2400 ans découverte à Aléria

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Abeberry | 31/07/2020 21:45

Bon article de François Xavier qui nous plonge dans 1 archaïque passé métis, où les racines sont complexes à révéler et s'entrémélées. C'est Dionysos qui s'érige près de Sybile pacifiée accompagnée d'Ariane docile et bisexuelle. Fascinants labyrinthes mythiques et réelles qui font de la corse une île de jeux et d'aventures... J'ouis dire que la corse est riche en mégalithes, information parfois non validée ou ignorée par certaines sources. Quid en corse des cromlechs, dolmens et menhirs??

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