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Histoire
Une mémoire espagnole de Biarritz
Une mémoire espagnole de Biarritz

| Alexandre de La Cerda

Une mémoire espagnole de Biarritz

La disparition mercredi à Séville, à l’âge de 99 ans, de Menchu Argüelles, marquise de Tablantes, nous donne l’occasion de revenir sur la personnalité de la comtesse de Barcelone qu’elle a servie et accompagnée fidèlement une bonne partie de sa vie, en particulier lors des séjours réguliers en septembre à Biarritz de la mère du roi Juan Carlos pour la remise du Prix taurin de la San Isidro à l’Hôtel du Palais. Monarchiste de cœur et de conviction, originaire des Asturies mais établie à Séville, elle était la petite-fille de la marquise María Josefa d'Argüelles qui était déjà dame d’honneur de la reine Victoria Eugenia que son époux le roi Alphonse XIII était venu chercher à Biarritz où elle habitait avec sa mère près du lac Mouriscot !
Toujours discrète, on la vit jusqu'en 1996 aux arènes de Bayonne ou au Palais, derrière la Comtesse de Barcelone, souvent en fauteuil roulant, ou au jumping d'Aguilera afin d’encourager l'infante Elena.

Bien que n'ayant jamais porté la couronne d'Espagne, S. A. R. doña Maria de las Mercedes de Borbon y Orléans était donc la mère de l'ancien souverain espagnol Juan Carlos dont on dit qu'elle avait considérablement consolidé le trône en obtenant du comte de Barcelone, son éoux et successeur d'Alphonse XIII, une renonciation à ses droits légitimes en faveur de leur fils Juan Carlos. 
Mais son rôle, bien qu'essentiel sans doute à certaines heures décisives de l'Etat espagnol, n'en fut pas pas moins extrêmement discret, tant au cours de l'exil imposé à son mari au cours du gouvernement de Franco que lors du retour en Espagne, auprès de sa famille, de ses petits-enfants et arrière petits-enfants. Elle-même née princesse de Bourbon-Siciles par son père Charles et petite-fille du comte de Paris (Philippe VII) par sa mère Louise d'Orléans, elle était toujours restée attachée à la culture française ; quand sa famille quitta l'Espagne en 1931, avec Alphonse XIII, elle résida quelques années à Paris où elle suivit des cours de littérature et d'histoire de l'Art àˆ l'Ecole du Louvre. Mais c'est surtout à Biarritz qu'elle aimait se rendre, en particulier pour la saison taurine.

La dernière reine de Biarritz
La Comtesse de Barcelone continuait en quelque sorte les relations privilégiées établies avec Biarritz par la famille Royale d'Espagne, en particulier Alphonse XIII.
Je conserve d'elle le souvenir d'une grande dame, nimbée d'une simplicité toute royale, toujours attentive à son entourage et à ceux qui l'approchaient. Passionnée de tauromachie, elle ne ratait guère les corridas bayonnaises et revenait ensuite présider le gala de la San Isidro à l'Hôtel du Palais où elle résidait quelque temps. Comme chaque année, Biarritz rendait hommage à ses résidents espagnols et à l'aficion en renouvelant cette soirée de la San Isidro, créée en 1960 par l’ancien maire Guy Petit sur l'initiative de Paul Barrière, pour honorer d'un prix le triomphateur de la Feria du même nom à Madrid.

Et je me souviens des trésors de patience qu’elle déployait en "passant en revue" les jeunes filles du cru aux révérences parfois mal assurées – en particulier lors d'un "bal impérial" au temps de la municipalité Bernard Marie - mais elle préférait certes faire des excursions dans la région ; il était courant de voir arriver la Comtesse de Barcelone en compagnie de sa dame d’honneur dans tel établissement de la côte ou de l'intérieur qu'elle affectionnait tout particulièrement, être reçue à la Mairie de Saint-Jean-de-Luz par Michèle Alliot-Marie, récemment élue maire. Et surtout assister aux épreuves du Jumping de Biarritz afin d'encourager sa cavalière de petite-fille, l'infante Elena. Elle cessa de venir à Biarritz en 1997 pour se réserver en vue du mariage de l'Infante Cristina avec Iñaki Urdangarin à Barcelone où je me rappelle l'avoir vue pour la dernière fois, radieuse de l'accueil réservé à la famille royale (je l’avais relaté dans l’hebdomadaire régional du 10 octobre 1997).
Quelques jours après sa disparition, une messe en souvenir de S. A. R. la comtesse de Barcelone avait été célébrée à l'initiative de la Ville de Biarritz, le 7 janvier 2000 en l'église Saint-Charles. 

Le roman d'amour d'Alphonse XIII à Biarritz
L'automobile du jeune roi Alphonse XIII empruntait souvent à toute vitesse la voie qui, sinuant entre champs de pommiers et collines du littoral basque, unissait le palais Miramar de Saint-Sébastien à l'Hôtel du Palais de Biarritz et à la belle propriété de Fréderica de Hanovre où logeait sa fiancée Ena de Battenberg. Fuyant le protocole de la cour madrilène, il s'en donnait à coeur joie sur les routes françaises, plus droites et plus larges, et distribuait son large sourire aux passants qui le saluaient, aux gamins qui criaient "Vive le Roi !" et aux femmes, au courant du roman d'amour qui le menait si vite au lac de La Négresse.
Francophile, et il le montra pendant la Grande Guerre, Alphonse XIII était alors au faîte de sa popularité... De ce côté des Pyrénées ! De multiples anecdotes prouvent la simplicité royale et le sens de l'humour dont usa en toutes circonstances le jeune monarque, j’en ai rapporté quelques-unes dans mon ouvrage "Biarritz Folies" (1996, CBR).
Alphonse XIII fut – du moins au commencement - très amoureux de sa femme, qui, embrassant la religion catholique, se prénomma désormais du nom de sa grand'mère, Victoria, et de celui de l'impératrice qui favorisa son union, Eugénie. On s'empressa de donner le nom de la nouvelle reine d'Espagne à l'exquis théâtre à l'italienne que l'on venait d'achever à Saint-Sébastien, et le roi présida en septembre 1918, dans le splendide palais Renaissance de l'antique université d'Oñate, le premier Congrès d'Etudes Basques qui créa l'Académie de la Langue Basque, demandant aux participants de se "consacrer à l'étude et au développement de toute oeuvre utile au progrès et ˆ l'avenir du pays, de cultiver votre langue, l'euskara millénaire et vénérable, joyau très précieux du trésor de l'humanité, reçu de vos pères et que vous devez transmettre, inaltéré, à vos fils." Bien plus tard, curieusement, l'un des premiers gestes de Juan Carlos, qui restaura la monarchie espagnole, fut de conférer le patronage royal à la vieille Euskaltzaindia dont les fonts baptismaux furent tenus par son grand-père.

Alexandre de La Cerda

Légende : la comtesse de Barcelone et sa dame d’honneur

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