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Histoire
L’émigration basque au Mexique
L’émigration basque au Mexique

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L’émigration basque au Mexique

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Basques au Mexique : Pedro de Ursua ©
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Basques "mexicains" : le château de Haltya à Ustaritz ©
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Si le Mexique n’a pas été la destination principale des émigrants basques, ceux-ci n’en ont pas moins contribué largement au peuplement de ce pays. Ils avaient de qui tenir !
Car l’Océan a tenu une grande place dans la vie des Basques par les rêves qu’il engendre. Et les expéditions que l’Espagne organisa pour la conquête de terres nouvelles offrirent de bonnes opportunités aux marins basques, depuis le Navarrais Pedro de Ursua, jusqu’au Biscayen Lope de Aguirre, en passant par une jeune religieuse originaire du Guipuzkoa. Pendant les guerres de Flandres, les armées de Charles Quint entraînèrent de nombreux Basques à parcourir terres et mers. Nombreux parmi les conquistadores, les Basques furent les fondateurs de la plupart des Royaumes d’Amérique du Sud, tels Diego de Harra qui créa au Mexique la Nouvelle Biscaye et Domingo de Irala la ville d’Asuncion vers 1560 

Au XIXe siècle, le flux d’émigration vers l’Amérique du Sud augmenta. Il existait aussi depuis les provinces basques de France.
C’était souvent des jeunes qui fuyaient la conscription. En 1850, les Basques des Basses-Pyrénées constituaient à eux seuls la moitié (soit 1.311 entre 1852 et 1855) des déserteurs recensés dans la France entière ! Une mesure préventive du gouvernement français qui n’accordait plus de passeport aux jeunes âgés de 19 ans n’eut aucun effet, les intéressés se rendant à Pasajes pour embarquer à destination de l’Amérique.

L’une des causes de cette émigration et de ces désertions massives est à rechercher dans la tragédie de la déportation des Basques par la Révolution en février 1794 
Elle avait provoqué dans le pays un appauvrissement, décadence et atonie dans la vie locale au XIXe siècle. Elle incita à une insoumission qui s’étendit au XIXe siècle dès l'apparition de la conscription, contrastant avec les innombrables volontaires aux armées royales et la vaillance des corsaires basques sur toutes les mers du globe avant la Révolution de 1789. Laquelle, indirectement, fut encore à l’origine des guerres carlistes qui ruinèrent le Pays Basque d'Espagne et provoquèrent encore plus d’émigration vers l’Amérique du Sud. Car, selon l'exemple de la France républicaine et dans la ligne des principes répandus pendant « l’aventure napoléonienne » en Espagne (1808-1813), Madrid eut tôt fait d’abroger les fueros ou libertés séculaires des Basques et de calquer des « provinces » sur les départements voisins.

Pour en revenir à l’émigration des Basques de France au Mexique, plus de 800 000 Basques d'Iparralde – de France - quittèrent leur pays pour tenter leur chance sur le continent américain. Pendant un siècle, entre 1821 et 1920, une vague d'espoir emporta les premiers bergers basques vers «les nouveaux pays» entre autres le Mexique. Le document le plus ancien et le plus complet dont on dispose est un registre daté du 30 avril 1849 : “Registre de la population française au Mexique” qui recense 1780 personnes, ce qui représente environ le tiers des Français résidant au Mexique à cette époque. Parmi les immigrants figurant dans ce document de 1849, 35% sont originaires du Sud-Ouest et l’on y recense 101 Basques de France.

Mais beaucoup d’émigrants au Mexique ne figuraient pas dans les relevés des agents consulaires. 
Par exemple Carlos - Arnaud - Markassuza, qui résidait à Guanajuato dans la 2e moitié du XIXème siècle : grâce à sa volonté d’entreprendre et à son mariage avec la fille d’un riche propriétaire terrien local, il se trouvait déjà à la tête d’une fortune colossale. Il était en situation d’insoumis depuis 1872 et ceci pourrait expliquer pourquoi il n’était pas répertorié dans les registres consulaires. Les archives du recensement militaire cantonal consultées mentionnent qu’il fit sa soumission devant le consul de France le 8 novembre 1889 et il se trouva donc amnistié le même jour. Ayant régularisé sa situation vis à vis des autorités françaises, il apparut dans le recensement effectué en 1891 par le consulat en qualité de “grand propriétaire”. 

Ce type de situation était relativement fréquent : ainsi les frères Lissarrague d’Hasparren n’apparaissent pas dans le recensement de 1891 alors qu’ils résidaient depuis plusieurs années à Guanajuato où ils étaient associés avec leur père Martin dans un commerce de tissus réputé : “La Bufa”. Si le père figure dans les recensements effectués au Mexique, ses deux fils, Laurent et Joseph ne sont pas répertoriés en 1891. En fait, ni les registres d’immatriculation consulaires, ni les recensements effectués ne permettent un comptage fiable.

Si les recensements des consulats ne permettaient pas un comptage fiable (à cause des insoumis), on peut toutefois localiser les émigrants : ils résidaient principalement dans trois états qui sont le Zacatecas (44% du total), Guanajuato (23%) et San Luis Potosí (17%). A cette période donc, 84% des émigrants originaires du Pays Basque français recensés résidaient dans ces trois Etats qui étaient des zones à forte tradition minière depuis des siècles. 

Cependant, tous n’avaient pas des métiers en relation avec la mine : beaucoup s’employèrent dans le commerce et l’artisanat ...

D’autres connurent une destinée particulièrement brillante, comme Carlos Markassuza, émigrant basque qui vécut une cinquantaine d’années au Mexique. 
Né en 1852 à Oneix, près de Saint Palais, dans la ferme Iribarnia que son père exploitait en tant que métayer, il était le second d’une fratrie de neuf enfants et, à cause du métayage, sa famille changeait fréquemment de résidence. C’est ainsi qu’en 1858 elle déménagea vers la ferme Etchebarnia dans le même village ; la situation économique de la famille était précaire et la guerre de 1870 ayant occasionné de nombreuses pertes parmi les Basques qui y prirent part, le jeune Marquessuzaa opta pour l’insoumission en émigrant avant sa vingtième année comme beaucoup de jeunes de sa classe. 

Durant ses premières années au Mexique, il acquit une certaine fortune qui lui permit d’investir dans l’achat de terres, bénéficiant en outre des facilités accordées aux investisseurs étrangers. Il s’intéressa aux mines d’or et d’argent de Guanajuato, avec succès puisqu’il déclara devant notaire la découverte d’un filon dans la zone de Mineral del Monte, s’associa avec quatre autres mineurs pour son exploitation et présida le conseil d’administration de la société constituée. Et en 1877, Marquessuza épousa Dolores Jiménez, la fille de l’une des familles les plus fortunées de Guanajuato. Il acquit assez rapidement sa première hacienda près de Guanajuato. Après avoir acquis une fortune colossale, il s’installa à Mexico où il s’associa dans diverses affaires avec d’autres Français. Il fut aussi un ardent promoteur de la culture basque de par ses origines et participa à la récupération du Colegio de las Vizcainas, une institution créée en 1732 par Francisco de Echeveste.

Certains de ces Basques américains retournèrent au pays après avoir fait fortune.
Ils tentèrent de retrouver des repères dans ce Pays Basque qu'ils ne reconnaissaient plus ou presque, après les grands espaces sauvages auxquels ils s'étaient habitués. Ils avaient envie d’investir sur place leur capital acquis en Amérique. D’où la construction de maisons souvent très grandes et d'un style différent par rapport aux fermes labourdines : Indianoak ou amerikanoak. Parmi celles d’Ustaritz : 
- Guadeloupea, date de 1845. Laurent Sescosse, qui la fit construire, avait fait fortune au Mexique à Guadalupe. Elle abrite aujourd'hui la Maison de la solidarité départementale.
- Arkiberria, date de 1860. Le propriétaire Jean Olhagaray fit également fortune au Mexique avec la mine d'or de Sinaola. Le joli manoir écossais qu'il fit construire sur les hauteurs d'Ustaritz porte toujours son blason : pic, pelle, masse et panier, en souvenir de ses débuts à Sinaola.
- Enfin le château Haltya, très bien conservé, date de 1870. Encore un « Mexicain » du nom de Sauveur Halty…

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