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Tradition
Les religieuses en France au cours des XIXème et XXème siècle
Les religieuses en France au cours des XIXème et XXème siècle

| François Xavier Esponde

Les religieuses en France au cours des XIXème et XXème siècle

Les rapports entre l’Etat et l’Eglise au cours des XIXème et XXème siècle, ne furent jamais paisibles ni sans turbulences en France.

Le Concordat de 1801 voulu par Napoléon ayant demandé à l’Etat dès 1808 d’évaluer par chiffres comptables le nombre des religieux et des religieuses sur le sol français et dans les colonies, et aux évêques le même exercice chiffré du clergé régulier dans leur diocèse.
Le chemin de ce labeur fut compliqué et sans fin.
Avant le siècle suivant où par l’épreuve subie, suivront les "Inventaires", les expulsions, la fermeture des couvents sur le sol national, les esprits comprenaient difficilement cette intrusion du pouvoir dans la vie des couvents.

La question féminine, à savoir le nombre des religieuses établies dans le pays tout le long du XIXème siècle, le nombre des communautés et le personnel affecté à la tâche, intéressaient l’autorité publique. Car soutenues ou subventionnées par les mesures concordataires en usage, sans que l’on puisse vérifier de l’intérieur les pratiques habituées dans les couvents.

On avait noté “la féminisation du catholicisme en croissance de facto” de 1860 à 1897 suivant le Livre Bleu des Statistiques établies de la Vie des Congrégations autorisées, mais il fallait compter avec celles qui n’avaient aucun statut légal et dispensaient leur mission en toute proximité avec la population.

 Le Concordat de 1808 ayant permis des libéralités nombreuses depuis la fin de l’Empire 1810-11, on continua à accorder des facilités aux Congrégations après 1825-1830, la moitié des autorisations obtenues se situant dans ce laps de temps favorable aux couvents et aux religieuses.
Pendant la Monarchie de Juillet, puis la Seconde République, le pouvoir impérial acquiesça à leur croissance.

Mais à partir de 1876, l'époque sera scellé dans les renoncements. Les autorisations font défaut, la défiance naît.
 En 1897, on compte 58 836 religieuses évaluant désormais le personnel des couvents tout autant que celui des Communautés autorisées mais plus ou moins justement reconnues. Jusque-là, on ne comptait que le nombre des couvents sans recens un personnelé.

Il faudra attendre la Statistique de la France en 1855 pour commencer à savoir combien de religieuses existent sur le sol français. Classées parmi les militaires les bagnards, les aliénés et les séminaristes, le statut de la religieuse fait problème.

Les critères manquant les chiffres des recensements variaient,.
En l'an 1814, au cours de la Restauration (1815-30), de la Monarchie de Juillet (1831-48), de la Seconde république (1848-51), du Second Empire (1852-70), enfin de la Troisième république (1871-95), le statut “des femmes religieuses ou des religieuses femmes” restera fluctuant, les chiffres de ces comptages encore imprécis, confus et complexe.
On place les religieuses parmi les professions libérales, patrons, chefs de famille de sexe féminin, pour les supérieures, car la "piétaille" n’a aucun statut singulier.
On parlera pour le clergé régulier “d’un service assuré de l’Etat, des Départements et des Communes” mais ne reconnaissant le profil autre des personnels agissant dans les Oeuvres de bienfaisance, les Ecoles et les Ouvroirs, à savoir les femmes en priorité..

Entre 1841 et 1901 le recensement des religieuses évolue selon le bénéfice ou le désagrément des régimes de pouvoir en place. Soit de 80.000 au milieu du siècle à 36.000 en 1901. Il fallut encore compter sur le Recensement Spécial des Congrégations Religieuses établi par huit fois successives tout au long du XIXème siècle sous l’autorité du Ministre de l’Agriculture, celui du Commerce et enfin celui des Cultes, selon les époques.

Depuis 1808, Napoléon réclamait ces chiffres “pour établir le financement des oeuvres assurées par les Congrégations suivant leur personnel et les ressources disponibles pour cette fonction.” Préfets, Evêques, Mères supérieures furent priés de remplir les formulaires.
A vrai dire l’intention de l’Autorité Publique demeurait le regroupent effectif des congrégations surnuméraires, et l’accès à la vie interne des couvents.
On s’exerça donc à la tâche en 1816, en 1819, en 1823, en 1831... Les préfets ayant mission d’accéder à la demande de l’autorité administrative supérieure.
Mais les difficultés damaient le pavement des personnels attachés aux couvents. S’agissait-il de professes, de novices, de postulantes, de converses, ou de soeurs à la tâche ?
Une subtilité canonique qui paraissait bien étrange ou suspecte pour les Contrôleurs des Statistiques Officielles. On renonça pendant trente années à poursuivre le projet. et la Monarchie de juillet statua sur le "non-fondé" de ce programme.

On constatait le croissance effective du clergé régulier et des religieuses... Il fallut reprendre les enquêtes après 1860 à nouveau par le renombrement sous l’autorité du Ministère de l’Agriculture à propos “de l'armée de ce gouvernement occulte”, comprenez l’existence d’une armée de religieuses de l’ombre, méconnue, suspecte et pouvant menacer l’ordre public de ce temps !
Il y avait bien des congrégations autorisées, mais les autres relevaient du Ministère des Cultes et de l’Intérieur. Pour les religieuses enseignantes de l’Instruction publique comme étant congrégationistes.

Depuis 1808 et la Statistique de l’Etat Général des Congrégations religieuses en France, à 1816 et l’Etat des Congrégations religieuses de femmes existant dans les Diocèses du royaume, puis en 1831-32 où tous les départements ne répondent à cette enquête dont les Basses Pyrénées, les chiffres obtenus sont approximatifs et incomplets.
En 1861 on comptabilise 90 343 religieuses en France et dans les colonies, 12 000 établissements, 17 776 religieux masculins, l’Eglise publiant ses propres chiffres dans son Annuaire statistique des Congrégations en 1879 avec le détail de ses oeuvres et de ses services.
Le statut canonique et religieux distinguant  en interne la religieuse, de la béguine, de la tertiaire, de la béate ou des pieuses femmes, on devina que l’objectivité à terme des chiffres subirait un déficit d’exactitude laissé à l’appréciation des supérieures des couvents, seules décideurs de leur publicité.

En résumé, on peut souligner que de 1808 à 1870, le nombre des religieuses a décuplé en France tout au long du siècle écoulé.
Sous l’Empire le mouvement est donné, sous la Restauration le recrutement se poursuit, puis du temps de la monarchie de juillet, le statut de religieuse change au gré des régimes politiques qui exercent le pouvoir public en France.

Indéniablement la féminisation des cadres dans l’église est notable mais, comme rapporté précédemment, cette armée méconnue de femmes actives dans la vie sociale dérange les pouvoirs en place.
L’histoire de ce qui adviendra au début du XXème siècle, avec les expulsions, les confiscations ou les inventaires des biens des religieuses, démontrera que tel n’est pas le fruit du hasard de ce passé, mais l’entrelacs de raisons et de causes qui engendrèrent les difficultés ecclésiales de ce récent passé en France.

Légende : deux religieuses sur le « front » médical à Bayonne pendant la guerre 14-18

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