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Histoire
Justice et paix dans le diocèse de Bayonne
Justice et paix dans le diocèse de Bayonne

| François-Xavier Esponde 1832 mots

Justice et paix dans le diocèse de Bayonne

En réfléchissant à des figures exceptionnelles qui ont traversé la vie diocésaine, j’ai pu glaner quelques souvenirs sur la présence de témoins de Justice et Paix dans le diocèse de Bayonne au fil du temps passé.

Mgr Paul Gouyon originaire de Bordeaux, cardinal du diocèse de Rennes, était un fervent soutien pour des propositions allant dans ce sens. On le vit intervenir dans des actions syndicales autour des Forges de l’Adour pour soutenir le monde du travail en difficulté. Etienne Sallaberry, prêtre et professeur de philosophie au lycée Saint Louis Villa Pia, ancien prisonnier de guerre, assurait un suivi journalistique par ses chroniques régulières dans la presse locale. Le journal Herria, ses “pointes sèches” des stalags et "l’Eclair des Pyrénées" en gardent le souvenir.

Plus ancien, Mgr Théas, résistant d’origine béarnaise, avait contribué à créer Pax Christi en France. Dès le temps de la guerre, il organisait des réunions d’échanges et de prières dans le diocèse de Montauban dont il fut l'évêque, afin d'inciter ses fidèles à oeuvrer en faveur du dialogue avec les chrétiens allemands. Il sera reconnu comme un apôtre de la paix dès la fin de la guerre mondiale de 39-45.

Le père René Coste, sulpicien, fut à son tour un messager de la Théologie de la paix au Mouvement français Pax Christi et dans la Conférence Episcopale en France. Ses interventions furent nombreuses à travers des conférences à Bayonne, dans ses textes publiés au "Courrier Français" de Bordeaux, "La Croix du Midi" et "l’Eclair des Pyrénées". Il distilla son enseignement de la théologie sociale en faveur de la justice et de la paix auprès de ses étudiants en théologie, parmi lesquels Mgr Pierre Molères, futur évêque de Bayonne. Ce dernier fut membre responsable de la Commission de la Mer de la conférence épiscopale française, avec quelques professionnels de la région et le suivi pastoral de l’abbé Mikel Epalza, proche sa vie durant de ces métiers.

Plus en rapport avec notre temps, les difficultés sociales vécues dans l’église autour des questions politiques sur l’autre versant des Pyrénées du temps des évêques de Bayonne, Mgr Vincent et Mgr Molères, engendrèrent des violences extrêmes suivies de morts et de meurtres commis au nom d’une revendication de l'identité basque.

Un évêque qui servit Bayonne sa vie durant

Jean Paul Vincent est cité dans un livre écrit à son propos par pierre Dokhelar sous le titre "Monseigneur Jean-Paul  Vincent, évêque de Bayonne, sa vie, son oeuvre 1911 –1994". On y trouve dans une compilation d’éditoriaux du Bulletin diocésain, un délicieux poème en vers paru le 22 juin 1934 intitulé "Sottise" :

Ceux qui sont sots clameront leur sottise,
Ceux qui sont sceaux les lettres scelleront,
Ceux qui sont sauts, au stade iront
A Sceaux iront qui en ont l’envie prise.

Le lionceau de l’hiver craint la brise
Les vermisseaux dans leurs trous en riront,
Quant aux “Visseaux” qui pour éclairer sont
Le jouvenceau sous son bras les a prises.

Ceux qui sont sots ne voient point leur sottise
Et sots si sont, ne les faut en blâmer,
N’en peuvent mais, ni ne peuvent rien changer.

Or si sots sont, sots hélas resteront,
Mais rien ne vaut saucissons de Lyon
Trop fameux sont pour que d’eux on médise.

Les billets du bulletin diocésain demeurent un vitrail lumineux de la spiritualité qui habitait l’esprit de Jean-Paul Vincent. Jeune Ingénieur des Mines devenu séminariste dans une institution d’aînés où cohabitaient des jeunes hommes venus de tous les horizons de la vie civile, Jean-Paul dut apprendre le latin et le grec, et se conformer aux formations exigées en ce temps pré-conciliaire.
Il avait l’âme d’un converti où tout se dévoile au grand jour de la vie de l’Eglise, ses auteurs, ses Lettres, La parole divine et ses interprétations. On pressentait dans certains écrits la présence des Martyrs de la foi qui illumina l’Eglise primitive des Gaules, et fut l’objet de sa curiosité personnelle.
La mention de l’oblation de sa vie, si nécessaire, pour le service de la foi dans son ministère prochain, est mentionnée dans le premier sermon qu’il donna le jour de sa prise de fonction en la cathédrale de Bayonne, du haut de la chaire de Saint Pierre sise au centre de l’édifice.
La mort de son père sur le Champ d’Honneur de 1914 en fut l’insigne privilège de sa vie.
Jean Paul Vincent aima son diocèse de Bayonne. Seul diocèse qu’il servit sa vie durant. Il demanda à son successeur de pouvoir y revenir et prendre place dans la crypte de la cathédrale qu’il servit dans ses heures glorieuses et difficiles.

“L’évangile est force de Dieu pour celui qui croit, l’amour est capable de surpasser les différences” fut sa conviction intime, pour servir ce diocèse de Bayonne Lescar Oloron cuirassé d’une histoire civile et religieuse intransigeante pour l’évêque, à son adresse de par ses fidèles en retour.
Il apprit le basque pour être basque chez les Basques, béarnais chez les Béarnais, dans cette famille chrétienne où se côtoyaient catholiques, protestants, orthodoxes et la vieille confession israélite de la petite Jérusalem sise entre Bayonne, La Bastide de Clairence, Bidache et Peyrehorade.
Le Primat des Gaules eut sa sentinelle vigilante de la foi catholique en la personne de Jean-Paul Vincent au cours d’un long épiscopat bayonnais, aux limites extrêmes opposées de la terre des Gaules de ses origines.
Son héritier spirituel lui rappelait Irénée, Pothin, Blandine aux prises avec les croyances des populations locales qui ne rechignaient encore à servir les divinités  de la terre, de l’eau, des astres et des esprits qui demeurent toujours dans les coutumes basques comme des résistances aux pratiques évangéliques des populations..
Jean Paul Vincent laissa le souvenir d’un pasteur, d'un évêque qu’une génération déjà ancienne du clergé connut, estima et apprécia pour sa disponibilité.

Rappelons encore que Mgr Vincent, ingénieur des Mines de formation, promut le premier réseau de chauffage photo-voltaïque à l’évêché de Bayonne qui fonctionna des annéers durant. avec l'accord du sous-préfet de Bayonne Jean Biacabe qui avait "assoupli" les règles en usage des Bâtiments de France interdisant dans le périmètre de la cathédrale toute entreprise de cette nature... Il s’agissait de prouver sans doute à l’église elle même le bénéfice de ces techniques dans la production d’énergie verte dans notre pays, il y a quarante ans !

Les tumultueuses revendications originelles et la renaissance d'une identité basque

Le roman "Patria" mis en image et projeté à la TV ces jours-ci relate et fait voir la cruauté de ces années 75 qui semblent incroyables - pourtant mais bien vraies pour les témoins d’hier - passées sous les verrous pour certains, avant d'être libérés et vivant aujourd’hui des séquelles de ces épreuves passées, qui firent l’histoire de ce pays.
Le clergé basque fut toujours "fidèle au poste" de ces "échanges" de part et d'autre de la "muga". Les évêques basques d'Espagne se réunissaient à Pâques et publiaient une Lettre Pastorale sur la Paix en espagnol et en basque. S’agissant de soulager la peine, ces derniers assuraient eux mêmes les funérailles des victimes de la violence meurtrière. On en oublierait la liste éprouvante pour ces évêques de Bilbao, Saint Sébastien, Vitoria, Pampelune, sollicités au-delà du souhaitable, pour tenter d’éteindre les brasiers des actes commis par les auteurs de toutes origines, persuadés de la justesse de leurs actes, "jusqu’au-boutistes" impénitents !
On se souvient à Bayonne des manifestations imposantes en faveur de réfugiés basques en exil sur le sol français. Le sujet divisait l’Eglise, mais les chrétiens cherchaient à répondre à ces défis spirituels et personnels de longue durée.

Des attentats au siège du Conseil Général, Villa Bakéa, sur l’avenue Paulmy, dans la cour de l’hôpital de la Côte basque, sont demeurés dans les mémoires parmi les morts d’hommes dans les ruelles du petit Bayonne, poumon basque de la cité.
Heures pathétiques du passé, dans son lot de victimes et de cruautés pour lesquelles on s’interroge encore. Le fallait-il ? Pouvait-on les éviter ?

Pax Christi et le mouvement Justice & Paix en Pays Basque ne manquaient pas de se faire entendre pour réclamer sans discontinuer le retour à une paix juste, dialoguée et durable pour le pays. On organisa des rencontres avec les réseaux pacifistes qui avaient leurs correspondants dans ce diocèse.
Elkarri, Gesto por la Paz, Bakea orain, Gernika Batzordea et d’autres encore donnèrent le ton à ces rencontres plus contemporaines pour réinstaurer la paix et la bâtir sur de nouvelles bases.
Le résultat fut probant, progressif et positif. Bien plus tard, les rencontres à Bayonne Saint-André, suivies par des milliers de sympathisants autour du Maire de Bayonne actuel Président de l’Agglomération Pays Basque et de personnalités internationales en furent les conséquences heureuses. De l’ONU, de l’Europe, de France, des personnalités influentes et souveraines, dont Sant Egidio autour du Vatican, oeuvrèrent dans le silence. Leurs noms sont encore méconnus. L’histoire le dira-t-elle un jour ?

Apprenant sur son lit de retraite qu’un Pacte de Paix avait été signé à Arnaga à Cambo, le cardinal Roger Etchegaray leva les bras au ciel et dit : “merci mon Dieu” ! Peu de temps auparavant, il avait reçu un Prix à Bilbao au Palais Euskalduna. On y prêta peu attention, mais lui et d’autres savaient pourquoi ! Il y avait contribué depuis Rome en rapport avec Sant Egidio et la diplomatie vaticane, par des relations bien confidentielles dont on apprend depuis la tenue chez les Jésuites à Loiola ou en d’autres espaces religieux bien discrets.

Cette histoire continue encore aujourd’hui par l’information et les réseaux de la communication qui ont endossé l’enjeu de la paix et corrigé les revendications politiques initiales indépendantistes, en requêtes culturelles en faveur de la langue, de l’histoire locale, de l’identité sociétale, en dialogue avec les nombreuses populations nouvelles présentes dans notre région.

Le bilinguisme renaissant dans la population, les nouvelles structures économico-politiques, la création d'une "Agglo Pays Basque", le développement de l’Institut culturel basque, des espaces de formation et d’études universitaires in situ, demeurent des entreprises auxquelles les chrétiens du pays ont avantageusement collaboré. La Chambre Economique et Estia en sont des exemples vivants.

Les religieux, quant à eux, n’ont jamais renoncé à mener ces défis en développant la catéchèse en basque pour les jeunes enfants, en maintenant la pratique vernaculaire du parler local unifié, et en servant l’évangile par les tâches séculières d’une population qui désire partager sa foi personnelle et préserver son identité culturelle et spirituelle.
Le diocèse de Bayonne ne refusa ni son temps ni son énergie spirituelle et intellectuelle pour enraciner la foi des hommes dans un projet spirituel né dans son passé chrétien, établi sur des hommes de talent et de conviction personnelle.
Le diocèse fut pourvu de ces témoins du passé. Il ne serait pas outrageant de croire encore à la présence de nouvelles recrues agissantes dans l’économie, le travail, les études et les enseignements universitaires aujourd’hui. Jeunes diplômés de qualité capables de revitaliser cette région avantageusement ouverte au monde extérieur et aptes à innover encore pour son avenir.

Sur notre photo : Mgr Gouyon avec le futur pape Jean-Paul II

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