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Histoire
Il y a 40 ans... Voyage en Mitterrandie (II) les "rois mages" au Palais, les coulisses d’une fin annoncée
Il y a 40 ans... Voyage en Mitterrandie (II) les "rois mages" au Palais, les coulisses d’une fin annoncée

| Alexandre de La Cerda 1326 mots

Il y a 40 ans... Voyage en Mitterrandie (II) les "rois mages" au Palais, les coulisses d’une fin annoncée

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Sommet Franco-Africain, sortie du Casino Municipal ©
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Quelques mois à peine après son inauguration, le Casino Municipal de Biarritz accueillait les 7 et 8 novembre 1994 la XVIIIème Conférence Franco-africaine des chefs d'Etat et de gouvernements, au milieu d'une armée de sept cents journalistes venus des quatre coins de la planète. Sous un soleil d'été, des tireurs d'élite avaient disposé sur les terrasses supérieures de l'édifice un lourd arsenal de défense destiné à protéger les hôtes illustres réunis au théâtre du Casino. Déjà quatre ans plus tôt à La Baule, l’ordonnateur présidentiel de ce grand ballet avait si « royalement » fait les choses que le responsable du Palais des Congrès normand avait poussé ce cri du cœur : « Fabuleux, c’est le Roi-Soleil qui reçoit » !

Biarritz avait donc fort à faire… Mais cet événement venait à point après l’agrandissement de l’aéroport de Parme et la rénovation du Casino Municipal, à une époque creuse du point de vue touristique, pour concentrer sur Biarritz et toute la région l’attention de la grande presse internationale.

Il m'avait été donné de suivre le congrès pour plusieurs média et j'extrais cette chronique amusante que j'écrivis pour un journal africain : 

L’armorial du sommet

« Bon sang de France ne sachant mentir », il était bien représenté dans tous les rouages de la XVIIIème conférence des chefs d’Etats de France et d’Afrique qui s’était déroulé à Biarritz. Le premier contact était établi avec la souriante mais ferme Ghislaine de Felcourt - noblesse de champagne complétée sous la Restauration - qui gérait stoïquement les assauts de centaines de journalistes au bureau de presse du Ministères des Affaires Etrangères. A l’Hôtel du Palais, il fallait toute l’onctuosité du protocole personnifié par Michel Le Tellier - bonne noblesse normande - pour accueillir des chefs d’Etat dont certains ne manquaient pas d’allure, tel le comorien Saïd Mohamed Djhoarn avec sa belle cannes à pommeau d’argent. Dans un coin du Bar impérial, on avait rapproché les fauteuils pour écouter Monsieur de Montferrand - d’extraction ancienne en Guyenne et Périgord - réponde aux questions pressantes des journalistes sur le Ruanda « que seuls avaient été invités ceux qui se sentaient bien en famille ». Il m’affirmait, à la fin de la conférence, n’avoir aucun lien avec le Montferrand architecte du début du XIXème qui construisit en Russie la cathédrale Saint Isaac de Saint Pétersbourg et le lycée d’Odessa… Autre vedette du Sommet, le zaïrois Mobutu se faisant attendre, j’eus le loisir de converser agréablement avec mon confrère Patrick Saint-Exupéry, très ancienne noblesse périgourdine. Il n’est jusqu’au ravissant bibi rose avec sa voilette de Madame de Saint Jorre, ministre des affaires Etrangères des Seychelles… mais j’arrête là, les aristocraties insulaires me faisant défaut !

Séjours présidentiels à Biarritz et chez les Basques

On avait ôté les bosses des « gendarmes couchés » sur le parcours des cortèges et voilé pudiquement les plaques ayant trait au quartier de « La Négresse ».

Si le splendide isolement du roi du Maroc au Régina (il l’avait entièrement loué) l’avait soustrait aux regards indiscrets pour mener ses affaires à bonne fin, la plupart des autres Chefs d’Etat étaient logés au Palais où, la veille, était arrivée dans le hall une cantine militaire destinée à la « Présidence du (Burkina) Faso ». Son ouverture devant les regards éberlués de quelques clients dévoila un assemblage hétéroclite de mitraillettes, pistolets et munitions grossièrement scotchées dont le directeur de l’hôtel, Jean-Louis Leimbacher, estima le caractère offensif « disproportionné eu égard aux faibles vols de palombes » enregistrés au-dessus de la résidence de l’Impératrice Eugénie.

Quant au bureau de François Mitterrand, il avait été orné de portraits de Napoléon III, d’Eugénie et d’un médaillon du Prince impérial, des vieux sceaux de la Ville et d’une maquette de navire prêtés à la hâte par le Musée historique. Et le Chef de l’Etat sut en récompenser Biarritz en consacrant du « temps au temps » de sa présence à la mairie, malgré ses souffrances et l’avis contraire de ses conseillers qui le pressaient. Ses propos, émaillés d’allusions historiques – « Bismarck, homme rude, mais qui aimait les douceurs », il avait su les trouver à Biarritz en faisant la cour à la princesse Orloff -, comportèrent une ultime coquetterie. A Didier Borotra lui rappelant sa visite à Biarritz en 1947, comme ministre des Anciens-Combattants, le Président répliqua à mi-voix : « Il vaut mieux ne pas le dire »

Il ne s’agit pas ici de tirer un bilan exhaustif de quatorze années de pouvoir, avec ses zones d’ombre et de lumière, une situation économique désastreuse avec ses nationalisations et ses « 35 heures » controversées, des attaques – heureusement inabouties - contre la liberté de l’enseignement défendue par une manifestation gigantesque. Une politique extérieure qui retourna vite à ses poncifs euro-atlantiques autour de l’axe franco-allemand (il accueillit deux chanceliers allemands à Latche). Certes, il y eut l’abolition de la peine de mort, et tel Pied Noir ou fils de militaire lui sera reconnaissant « d'avoir fait promulguer une loi d'amnistie ayant permis d'effacer les dernières séquelles de la guerre d'Algérie en réintégrant des officiers dans leur dignité à titre de réconciliation nationale », tout comme il fit régulièrement déposer une gerbe sur la tombe du vainqueur de Verdun à l’île d’Yeu. En revanche, ce ne sont ni la fameuse « Francisque » obtenue à Vichy ni ses relations avec Bousquet mais bien le « département basque » qui avaient fâché les abertzale avec Mitterrand, malgré ses interventions de député en faveur des réfugiés basques – en 1971, contre l’expulsion de Monzon et Txillardegui – et, plus tard, la première convention avec les ikastolak de Seaska qu’il avait fait signer à son ministre de l’Education Lionel Jospin.

En effet, après avoir été cosignataire en 1980 de la proposition de loi du Parti Socialiste « portant création d’un département basque » devenue « proposition 54 » pour les présidentielles de 1’année suivante, le nouveau Chef d’Etat à peine élu enterra ce projet avec la mission Ravail avant de venir le confirmer – en personne – à la mairie de Bayonne, en octobre 1984 : « je ne laisserai pas décrier le tissu de la France » ! Au même moment, son premier ministre Laurent Fabius procédera aux premières extraditions de « réfugiés basques » vers l’Espagne. Si Jakes Abeberry, adjoint au maire de Biarritz à l’époque du décès de François Mitterrand, avait « salué à titre personnel son courage face à la maladie, en tant qu’abertzale, il conserverait le souvenir du parjure à la parole solennellement donnée » !

Reste également le souvenir de quelques drames ayant entaché les mandats présidentiels de Mitterrand – les « suicides » inexpliqués de son ami François de Grossouvre à l’Elysée et du premier ministre Pierre Bérégovoy un mois après avoir quitté Matignon – ainsi que divers scandales de corruption (écoutes, sang contaminé avec Laurent Fabius - déjà ! – navire dynamité en Nouvelle-Zélande), auxquels s’ajouta encore, entre 1993 et 2005, celui d’un groupe dit « de Latche », illustré entre autres par le député socialiste de la côte basque Jean-Pierre Destrade, qui avait littéralement « racketté » la grande distribution au profit de son parti et autres « dérivés ».

Lors de la disparition de François Mitterrand un an après la Conférence de Biarritz, peu de ses amis ou chroniqueurs politiques souligneront le retour du Président à la Foi de ses pères, peut-être sous l’influence de son ami le général de Bénouville, qui l’aurait supplié : « Je t’en prie, ne pars pas sans dire pardon ». Certes, fasciné pour l’au-delà et la spiritualité, en particulier le rite des morts de l’Ancienne Egypte, il avait effectué un séjour à Assouan avant de s’éteindre à Paris. Mais il partira muni de l’Extrême Onction catholique – administrée par son médecin le Dr Jean-Pierre Tarot, instruit car élevé chez les pères à Alençon, ou par un prêtre appelé par ce dernier – non sans avoir auparavant « touché en silence, de sa main parcheminée, les reliques de Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus qui passaient sous ses fenêtres » comme l’a relaté Mgr di Falco, évêque de Gap ! Et si dans son testament, Mitterrand avait écrit : « Une messe pourra être dite », ce sont deux messes qui seront célébrées, à Notre-Dame de Paris pour les officiels et Jarnac pour les intimes.

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La "défense" veillait sur le toit du Casino Municipal ©
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