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Histoire
De Madrid à Moscou, quelques épisodes d’épidémie dans le monde
De Madrid à Moscou, quelques épisodes d’épidémie dans le monde

| Alexandre de La Cerda

De Madrid à Moscou, quelques épisodes d’épidémie dans le monde

Quelques épisodes historiques liés à des épidémies en Espagne, où il est question du "confinement" de quelques ambassadeurs au Moyen-Âge... et à Moscou, soumise à une "épreuve divine" !

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Le Grand Duc Serge Alexandrovich ©
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Nous avions évoqué dans notre « Lettre » du 27 mars l’attitude courageuse de Mgr de Belzunce, cet évêque d’origine basque qui s’était porté au secours des pestiférés de Marseille en 1720.
Voici maintenant quelques épisodes qui se sont déroulés dans d’autres pays, en commençant par celui lié à l'épidémie ayant affecté Madrid en 1435 et qui a donné son nom à la célèbre « Glorieta de Embajadores » édifiée au coeur de la capitale des Espagnes.
Cette année-là, la peste avait en effet contraint un groupe d'ambassadeurs à se réfugier dans une zone à l'extérieur de Madrid.
Il y a près de six cents ans, une épidémie beaucoup moins généralisée que celle du coronavirus, mais beaucoup plus meurtrière eu égard à la médecine de l'époque, avait surpris un groupe d'ambassadeurs qui se trouvait par hasard à Madrid.

Avant l'établissement de ce que nous appelons aujourd'hui des «capitales», les cours royales d'Europe médiévale avaient l'habitude de suivre les pérégrinations de leurs souverain, et l'un d'eux, Jean II de Castille, avait choisi Madrid à plusieurs reprises pour y convoquer les Cortes (les Etats du royaume), organiser des soirées littéraires et recevoir des ambassades étrangères pour régler les affaires diplomatiques.
En 1434, Juan II se trouvait ainsi à Madrid avec son favori, le connétable Álvaro de Luna, pour recevoir une ambassade du roi de France dirigée par l'archevêque de Toulouse Denis du Moulin. Dans l'Alcázar, les ambassadeurs furent reçus par une vingtaine de pages selon un cérémonial spectaculaire auquel il ne manquait même pas la présence d’un lion (!) qui, selon la tradition, finit par crever de chaleur en passant le pont de Ségovie.

En plein milieu des célébrations, et après plusieurs années de sécheresse, une énorme averse éclata qui, selon les chroniques de l'époque, « dura sans cesse du 29 octobre de cette même année jusqu’au 7 janvier de l'année suivante ». En conséquence, les eaux débordaient, l'eau potable se mélangeait aux eaux fécales, et en 1435, la ville était en proie à un terrible fléau.
Juan II choisit de fuir à Illescas, aux environs de Tolède, mais les ambassadeurs étrangers (de France, de Navarre, d'Aragon et de Tunisie) qui se trouvaient à Madrid préférèrent attendre leur évacuation dans un champ situé hors des murs. Ils se réfugièrent dans diverses fermes voisines. Afin de les isoler de la ville ravagée, une clôture avait été érigée et, depuis lors, on eut coutume de nommer ce quartier « Campo de Embajadores », appellation qui a subsisté jusqu’à nos jours, avec ses « déclinaisons ».

Deux ans après que la peste eut sévi, on pratiqua une entrée dans l'enceinte de la ville, qui sera appelée le « Portillo de Embajadores », et dont l'emplacement abrite actuellement la Glorieta de Embajadores, où s’élévera en 1790, non loin de là, une fabrique de tabac due à l'initiative du roi Charles III, "Tabacalera" qui deviendra un centre industrieux madrilène et inspirera des zarzuelas, ces  populaires « opéras-comiques » de la musique espagnole ! Ce quartier de Madrid se nomme "Lavapiés"  nom dont l'origine remonterait à l'existence d'une fontaine à ablutions dans ce qui constitua pendant quelque temps une "juderia". Et la célèbre zarzuela "El barberillo de Lavapiés" (le Petit barbier de Lavapiès), emblématique du genre, traduit plus que toute autre œuvre de son auteur, Barbieri, l'âme de Madrid. Actuellement, la Tabacalera abrite un théâtre et des locaux culturels.

Une épidémie de choléra à Moscou en 1892

Le gouverneur général de Moscou, le grand-duc Serge Alexandrovitch avait alors prononcé un discours en lien avec l'épidémie qui resta dans les annales:

« Le nombre de places gratuites dans les hôpitaux est assuré ; le personnel médical est disponible, les moyens de prendre soin des malades, il n'y a donc aucune raison de manifester quelque anxiété inutile ; seuls des pleutres ou des personnes complètement incultes peuvent répandre des rumeurs ridicules; j’invite donc les habitants de Moscou et de la région à suivre tous les réglementations édictées par les autorités et à témoigner de la considération et du respect aux médecins et au personnel soignant, et à se dévouer avec une abnégation toute chrétienne à ceux qui souffrent.

Je suis sûr que la population de Moscou servira de bon exemple de soumission à la volonté de Dieu et d’obéissance inconditionnelle aux autorités, mais si, malheureusement, il y avait des tentatives de briser l'ordre, alors je poursuivrais les fauteurs de trouble avec une extrême sévérité dans l’intérêt même de la population ».

Le grand-duc Serge Alexandrovitch était fils de l’empereur Alexandre II et oncle de Nicolas II. Il sera assassiné en 1905 par un révolutionnaire terroriste.

Alexandre de La Cerda

Légende : 

Fragment de la plaque en céramique de la Calle de Embajadores
Le grand-duc Serge Alexandrovitch

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