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Manifestation
Cambo : le guitariste Dimitri Puyalte sur les traces d’Albeniz © DR

| Alexandre de La Cerda

Cambo : le guitariste Dimitri Puyalte sur les traces d’Albeniz

C’est le vendredi 26 juillet à 21h que l’on retrouvera avec joie Dimitri Puyalte dans un récital à l’église de Cambo sur le thème « du flamenco à Isaac Albeniz ». Ce n’est pas un hasard si notre renommé guitariste évoquera à Cambo le grand pianiste et compositeur espagnol : car, le 18 mai 1909, à l’époque où Edmond Rostand, inconsolable de la perte de son interprète préféré Constant Coquelin, se débattait à Arnaga dans les affres de la création de « Chantecler », mourait à Cambo Isaac Albéniz. Atteint d’une néphrite chronique aggravée d’une importante lésion au cœur, le grand compositeur et sa famille s’étaient installés dès le 1er avril à l’hôtel Saint-Martin, puis au Chalet Saint-Martin qui fait partie actuellement de la maison de santé « Les Terrasses ».
Connue pour ses sources thermales, la petite ville était également devenue « station climatique » depuis qu’une sommité médicale parisienne, le Dr Grancher, s’y était établie avant d’y envoyer ses clients les plus célèbres, parmi lesquels Edmond Rostand. Les guides touristiques recommandaient alors en ces thermes le climat tonique, sédatif et reposant de Cambo : « des hauteurs boisées protègent Cambo des grands vents d’Ouest sans lui ôter le bénéfice des effluves de l’Océan proche. L’hiver y est bénin et les chaleurs de l’été sont tempérées par les ombrages ».
Or, c’est un Albéniz exténué – il n’avait pourtant pas atteint la cinquantaine - et haletant comme un vieillard qui arrive à Cambo après que les médecins lui eurent déconseillé la Méditerranée, en particulier Nice où il louait régulièrement une maison.
Or, si le petit bureau de poste de Cambo s’enfiévrait de recevoir une quantité fantastique de courrier et d’interminables télégrammes de plusieurs centaines de mots que les « famosos » – d’Annunzio, Sarah Bernhardt - adressaient à Rostand, nul ne semblait se soucier du séjour d’Albéniz au Chalet St Martin, ni de ses quelques rares promenades en ville. Passait-il devant l’usine à vapeur de la chocolaterie Fagalde pour se rendre à l’église ? Dans son ouvrage sur « Albéniz et Granados », Henri Collet cite ce dialogue entre l’auteur d’ « Iberia » et son ami René de Castéra : « C’est là que je voudrais être enterré… Savez-vous que je viens tous les jours prier dans cette église ? Et pourtant, je n’ai pas la Foi ! C’est terrible, et je pleure à la pensée qu’on n’est pas sûr de se retrouver dans l’au-delà »
Une autre fois, trompant la surveillance de sa famille, Albéniz s’échappa. On le retrouva tremblant de fièvre et à genoux dans l’église du village. Parmi les nombreuses visites qu’il reçut à Cambo, il semble que la veuve d’Ernest Chausson l’emmena excursionner en voiture à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Ne nourrissant aucune illusion sur son avenir, il aurait dit à ses accompagnateurs : « Quelle étrange chose que le destin ! Pourquoi suis-je venu mourir à Cambo » ?
Curieusement, dans la presse locale par ailleurs si diserte sur les moindres faits et gestes des célébrités séjournant au Pays Basque, on ne trouve nulle mention, ni le moindre entrefilet consacré à la présence d’Albéniz. Pas même lors de la visite du préfet des Basses Pyrénées au lendemain du décès d’Albéniz pour accrocher à la poitrine du défunt la croix de la Légion d’Honneur que lui avaient obtenue ses amis Fauré, Debussy, Paul Dukas et Vincent d’Indy !Pourtant, à l’époque où Rostand recevait dans le décor théâtral de ses jardins Henri Bordeaux ou Pierre Loti, c’est un véritable aréopage musical qui se pressait au chevet d’Albéniz, depuis Jacques Thibaud, Pablo Casals et Alfred Cortot jusqu’à Granados. En sortant de sa chambre, Cortot se serait même exclamé devant Laura Albéniz : « Il n’a jamais été aussi beau. Quel dommage qu’on ne puisse faire à présent son portrait ». A défaut de ce portrait jamais réalisé, sur la demande de son neveu, l’empreinte de cette précieuse main de pianiste avait pu cependant être conservée dans la cire. Quant aux liens d’Albéniz avec le Pays Basque, plus précisément Vitoria-Gazteiz d’où était natif son père, on cite souvent une famille Albéniz, à laquelle les descendants de l’auteur d’« Iberia » rattacheraient volontiers des liens généalogiques, et qui a donné plusieurs musiciens à Saint Sébastien au XVIIIe et au XIXe siècle. L’un d’entre eux, Pedro Albéniz, fils du compositeur Mateo Albeniz, auteur de sonates remarquées au XVIIIe siècle, brilla surtout comme pédagogue, d’abord maître de chapelle à la cathédrale de Saint-Sébastien puis professeur de piano dès la fondation du Conservatoire de Madrid par la reine Marie et précepteur de la future reine Isabel II. C’est lui qui accueillit Liszt lors de la tournée espagnole du grand compositeur (après ses deux concerts au théâtre de Bayonne en 1844).
Quant à Dimitri Puyalte, fils d’un grand concertiste de guitare classique, Dimitri Puyalte pratique la guitare depuis l’âge de six ans avec l'aide de son père Claude et a donné son premier concert à douze ans. Cinq ans plus tard, il décide de se consacrer au Flamenco et travaille avec le grand Andrés Serra « Serrita » : amoureux de la musique flamenco, il s’était rendu en Espagne et avait fait ses gammes avec Pasquale de Lorca à Jerez de la Frontera. Il avait rencontré Enrique de Lorca ou Miguel Castanaos. Après avoir suivi la formation de guitariste classique avec Brigitte Weiss puis avec François Laurent à l’Ecole Normale de Musique de Paris, il est reconnu aujourd’hui comme l’un des plus brillants guitaristes de Flamenco en France.
Instrumentiste attitré de la Compagnie Eva Luna, il est également celui du spectacle « Terre Mêlées » présenté durant douze représentations au Théâtre du Gymnase à Paris ainsi qu'à l'Institut du Monde Arabe.
Soliste de grand talent, il est aussi un excellent accompagnateur et dans son duo avec Michel Albertini, il obtint un grand succès au Festival Les Maîtres du Flamenco à Lille en Octobre 2005. C’est en soliste également que Dimitri Puyalte s’est présenté en Mars 2006 au Festival International de Flamenco de Paris en Mars 2006 en première partie du concert de Manolo Sanlucar. Dimitri Puyalte consacre aujourd’hui une part très importante à l’enseignement de la guitare classique et flamenca, considérant la transmission comme élément essentiel à sa vie d’artiste. Vendredi 26 juillet à 21h à l’église Saint-Laurent de Cambo (entrée 15 € gratuit -16 ans)
Billets en vente à l'Office de Tourisme et sur place le soir du concert.
 

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