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Évaluer et étudier les populations de poissons du golfe de Gascogne à bord du « Thalassa »
Évaluer et étudier les populations de poissons du golfe de Gascogne à bord du « Thalassa »

| A. de L. C. 1071 mots

Évaluer et étudier les populations de poissons du golfe de Gascogne à bord du « Thalassa »

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Mise à l'eau du Pagure, un traîneau suprabenthique muni de projecteurs et caméras pour inventorier la faune et la flore des fonds océaniques ©
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Jean d'Elbée vient de participer à une campagne océanographique qui s’inscrit dans une démarche d’observation et d’actualisation des données biologiques dans le golfe de Gascogne et la mer Celtique, une campagne destinée à fournir des données quantitatives et qualitatives sur les populations de poisson, leurs déplacements et leur environnement. 

Si les données recueillies nécessitent à partir de maintenant une période de plusieurs mois pour en assurer une interprétation fiable, car les stocks varient d’une année sur l’autre – il en est de bonnes et de mauvaises – en fonction de plusieurs critères qui ne dépendent pas uniquement de quelque « surpêche », Jean d'Elbée n’en considère pas moins que dans notre Golf de Gascogne, l’exploitation semble « correcte », sans extinction d’espèces.
Concernant le plancton, on perçoit bien l’arrivée d’espèces habituées aux mers chaudes, mais la biomasse (constituant la principale nourriture de certains poissons et coquillages) reste à-peu-près identique d’une année sur l’autre, sans extinction.
Auteur du « Mémento de planctonologie marine » (*) et attaché au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, l’ancien maire d’Ahetze, biologiste de profession, est habitué à sonder les milieux océaniques au sein d’équipes de chercheurs scientifiques ; il enseigne la planctonologie marine à l'université de Pau et des Pays de l'Adour et participe régulièrement à des campagnes océanographiques.

Ces missions se poursuivent autour de 4 objectifs principaux :
- établir une série chronologique d’indices d’abondances par âge des principales espèces commerciales,
- cartographier la répartition spatiale et l’évolution des peuplements de poissons en fonction de leur âge et de leur composition,
- estimer l’évolution des principaux paramètres environnementaux d’une année à l’autre (salinité et température de l’eau notamment),
- améliorer les connaissances de certains paramètres biologiques (croissance, fécondité) des espèces échantillonnées.

Parce qu'elle a lieu tous les ans à l’automne (depuis 1987), cette campagne océanographique « EVHOE » s'inscrit sur le long terme et permet d’étudier différents paramètres et de suivre leur évolution. Parmi ses objactifs, celui de récolter des données biologiques pour évaluer les stocks de poissons qui seront mis en commun avec d'autres pays d’Europe pour fixer des quotas de pêches au niveau de l'Union Européenne.

Cette année, elle se déroule du 22 octobre au 6 décembre, en deux parties ou legs. 
Jean d'Elbée vient de participer au premier leg, du 22 octobre au 9 novembre, qui a mobilisé un des plus fameux navires de recherche océanographique hauturier de l'Ifremer, d'environ 80 mètres de long, le « Thalassa », avec 50 personnes à son bord, 25 chercheurs et 25 hommes d'équipage.

Un travail colossal nécessitant une mobilisation de tous...

Environ 70 stations d'échantillonnage ont été visitées sur l'ensemble du plateau continental du golfe de Gascogne entre la latitude de Brest au nord et la fosse de Capbreton au sud durant ce premier leg. Sur chaque station, un trait de chalut de fond d'environ d'une durée d'1/2 heure, des mesures de température, salinité, d'oxygène dissous et d'autres paramètres hydrologiques sur toute la colonne d'eau, des prélèvements de plancton. Sur certaines  stations, des prélèvement supplémentaires de récolte de microplastiques flottant à la surface de l'océan ont été effectués grâce à un filet spécial, le Manta. Un robot sous marin, le Pagure, muni de torches et de caméras à permis également de filmer les fonds océaniques et de découvrir la faune vivant sur ces fonds afin d'étudier son comportement. 

Sur certaines stations situées au delà du plateau continental, un chalut pélagique (son ouverture fait 40 m de largeur sur 20 m de hauteur, soit 800 m2 d'ouverture) était mis à l'eau pour étudier la faune tout à fait particulière des profondeurs océaniques, entre 1000 et 2000 mètres de profondeur.
Des poissons de grandes profondeur, tout noirs, munis souvent de batteries de photophores émettant de la lumière leurs permettant de communiquer entre eux dans cet environnement où l'obscurité est absolue et permanente ont été récoltés, ainsi que de nombreuses crevettes rouge vif ou blanches... 

Enfin, une équipe dédiée était chargée de l'observation des oiseaux marins et des cétacés. Ainsi, des visites régulières de dauphins communs, de grands dauphins, de fous de bassan ou de grands labbes ont été nombreuses et régulières durant toute la campagne.

Ce sont donc plus de 300 espèces animales - dont environ 1/3 de poissons - qui ont été récoltés durant cette première partie de campagne. A bord, presque toutes les espèces ont été identifiées, pesées, mesurées, sexées et âgées, certaines conservées pour des analyses ultérieures plus approfondies. 
« Un travail de fourmi colossal, nécessitant la mobilisation de tous avec une parfaite coordination », remarque Jean d'Elbée qui conclut :
« Une très belle aventure scientifique donc, mais également sur le plan humain et relationnel. La charge de travail élevée et la fatigue physique qui en découle (lever pour la plupart d'entre nous vers 7 heures et coucher après minuit !) entraîne obligatoirement une grande solidarité entre les différentes équipes pour mener à bien toutes les expérimentations programmées et les finaliser correctement.Tout ce travail fourni ne nous a pas empêché d'avoir des moment de détente cordiale entre nous, avec quelques cannettes de bière consommées bien sûr avec modération autour d'un baby-foot très sollicité ou de quelques instruments de musique....
Certainement, une expérience à revivre » !

(*) L’inquiétude entretenue par les conséquences du réchauffement climatique et l’acidification des océans a placé les organismes planctoniques au cœur de l’actualité. Flottant et dérivant dans le milieu océanique, couvrant les trois-quarts de la surface de notre planète, ils sont considérés comme des sentinelles particulièrement réactives aux perturbations actuelles et à venir de l’océan mondial. Afin de répondre à une demande d’information croissance sur ce sujet, cet ouvrage sans équivalent dans l’édition française, présente l’écosystème planctonique marin dans son ensemble. 
En treize chapitres, il propose un large panorama de thématiques où sont abordés successivement le fonctionnement du milieu pélagique, les méthodes d’études du plancton, la biologie, la biodiversité et l’écologie des organismes planctoniques, et les nombreuses interférences des facteurs sociétaux générées par les activités humaines sur le plancton marin.
Ce livre se veut à la fois un ouvrage d’initiation accessible à tous les amoureux de l’océan et ceux intéressés par l’écologie marine ou engagés dans sa préservation.
C'est également un document de référence s’adressant à un public averti soucieux d’une meilleure compréhension du fonctionnement de l’écosystème planctonique.

Notre photo de couverture : Jean d'Elbée tenant entre ses mains un tétrodon à tête carrée ou compère émoussé, un poisson qui peut se gonfler rapidement en absorbant de l'air ou de l'eau pour tenir ses prédateurs à distance... Une espèce relativement occasionnelle dans le Golfe de Gascogne

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Jean d'Elbée, laboratoire Laphy ©
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Memento de planctonologie marine ©
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