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Cinéma
The Father (97’) Film franco-britannique de Florian Zeller
The Father (97’) Film franco-britannique de Florian Zeller

| Jean-Louis Requena 1010 mots

The Father (97’) Film franco-britannique de Florian Zeller

zCinéma1 Florian Zeller avec son directeur photographie Ben Smithard filmant The Father.jpg
Florian Zeller (réalisateur) et Ben Smithard (directeur de la photographie) tournent "Le Père" ©
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Dans un spacieux appartement du centre de Londres, un vieil homme (82 ans), Anthony (Anthony Hopkins), est assis confortablement dans un fauteuil. Les écouteurs sur les oreilles, il se délecte des harmonies baroques de son lointain compositeur compatriote : Henry Purcell (1659/1695). Soudain, la porte palière s’ouvre brusquement : une femme d’une quarantaine d’années avec un sac à provisions, entre en interpelant Anthony tout à sa musique. C’est Anne (Olivia Colman), sa fille, qui lui rend visite, comme chaque jour, après son travail. Une longue conversation s’engage entre le père et la fille. Anthony se plaint de la précédente aide-soignante qui a tenté de lui voler sa montre, entre autres méfaits. Il l’a chassée ! Anne rappelle à son père que le lendemain une nouvelle aide à domicile doit venir se présenter pour un éventuel engagement : elle s’appelle Laura (Imogen Poots). Il ne faudra pas la faire fuir par des comportements extravagants. Anne annonce à son père qu’elle va bientôt partir s’installer à Paris avec son nouveau compagnon. Anthony s’insurge : aller vivre à Paris chez « les gens qui ne parlent même pas anglais ! ». C’est absurde.

Le lendemain, la nouvelle aide à domicile, Laura, une jeune et jolie blonde, comparait devant Anne et Anthony pour un entretien d’embauche. Ce dernier, en peignoir, comme subjugué par la présence de la jeune femme fait un irrésistible numéro de charme qui déconcerte la jeune femme et Anne …

Anthony, seul dans le grand appartement, rencontre dans son salon un homme qui lui affirme être Paul (Rufus Sewell), le mari d’Anne depuis dix ans. Or celle-ci lui avait annoncé qu’elle avait divorcé et qu’elle s’apprêtait à partir vivre à Paris chez « les gens qui ne parlent même pas anglais !». 

Est-ce que tout cette manigance n’a pas pour but de le faire passer pour un fou afin de lui soustraire son bel appartement auquel il tient tant ? D’ailleurs il constate des modifications dans l’agencement de son habitat : des objets sont déplacés ou subtilisés, la décoration de certaines pièces change, etc. Les quelques visiteurs sont déconcertants …

Antony angoissé, semble égaré dans un labyrinthe spatio-temporel ou il n’entrevoit nulle sortie. Où est-il exactement ? Qui sont ces gens ?

The Father (97’) est le premier long métrage du dramaturge français Florian Zeller (42 ans). Le film est l’adaptation cinématographique de sa célèbre pièce de théâtre, Le Père, crée en 2012 à Paris avec l’immense comédien Robert Hirsch (1925/2017). Elle a triomphé durant trois saisons et remporté trois Molières en 2014. Elle a ensuite été adaptée et recréée dans pas moins de 45 pays et reçue une pluie de récompenses internationales. Le Père est une des pièces le plus représentées au monde. Pour The Father, Florian Zeller a fait appel au scénariste, dramaturge et réalisateur britannique Christopher Hampton (75 ans) traducteur de ses pièces (et de celle de sa consœur Yasmina Reza), pour réécrire son drame familial en fonction des contraintes inhérentes au 7 ème art. Résultat, la pièce a été allégée, élaguée de son aspect par trop théâtral (abondance des dialogues, décor unique). Ainsi les deux confrères sont parvenus à éviter le piège classique du « théâtre filmé », voire pire du « théâtre en conserve ». 

Deux autres intervenants sont de première importance, tant ce film est une magnifique œuvre collective, d’une grande cohésion : Le chef décorateur anglais Peter Francis et le chef monteur Yorgos Lamprinos qui tous deux ont effectué un travail remarquable sur les décors changeants subrepticement pour le premier (The Father est tourné en quasi-totalité en studio) et un montage très subtil, d’un rythme à la fois apaisant et angoissant, pour le second. Produire un film reste un projet collectif sous la direction d’un maitre d’œuvre, le réalisateur, mais encore faut-il que tous les participants à l’ouvrage soient en symbiose : c’est le cas dans The Father.

Reste à choisir (casting) les acteurs principaux. Deux britanniques ont été retenus : le gallois sir Anthony Hopkins (83 ans, naturalisé américain en 2000) et l’anglaise Olivia Colman (47 ans). Tous deux font partie de cette magnifique lignée de comédiens britanniques à la formation théâtrale solide qui les rend capables d’interpréter tous les rôles de William Shakespeare (le Barde, parcours obligé !) du boulevard, en passant par le cinéma, les séries télévisées sans jamais se départir de leur professionnalisme. Ils incarnent leurs personnages avec conviction, connaissent leurs textes et le disent de leur mieux sans s’embourber dans des approches filandreuses (la Méthode américaine de l’Actors studio). Le texte prime tout ; il faut le porter au mieux. C’est la définition du métier de comédien par sir Laurence Olivier (1907/1989) « découvreur » d’Anthony Hopkins qu’il a engagé au Royal National Théâtre en 1965. 

The Father est un film au carrefour de plusieurs genres : le drame familial banal (la sénilité et son corolaire, l’agressivité : Falling – 2021 de Viggo Mortensen), un thriller psychologique (Shining – 1980 de Stanley Kubrick), un suspense lié à l’inexorable dégradation de la mémoire longue (Amour – 2012 de Michael Haneke, Palme d’Or au Festival de Cannes). Anthony, autrefois homme debout, autoritaire, « flotte » à 82 ans dans l’espace et dans le temps : il s’enlise dans un chaos émotionnel qui l’aspire vers le néant.

Par une écriture cinématographique dense, élégante, qui jamais ne se relâche, accompagné avec grâce par des musiques « classiques » (Henry Purcell déjà cité, Casta Diva par Maria Callas, Je crois entendre encore, la romance des Pêcheurs de Perles de Georges Bizet) The Father s’achève, sans heurt, ni « trou d’air » par une scène d’une grande intensité dramatique.

Notons que Le Père a déjà été adapté (librement) par le réalisateur français Philippe Le Guay pour son long métrage Floride (2015), dernière prestation de Jean Rochefort (1930/2017) dans le rôle-titre. Le scénario de Floride ancré dans la réalité quotidienne est loin d’égaler le parti pris des coscénaristes de The Father.

The Father, production franco-britannique est une réussite a tous égards. Le film a obtenu six nominations à la dernière cérémonie des Oscars et a obtenu deux récompenses : meilleur acteur pour Anthony Hopkins (son deuxième oscar après celui de 1992 pour le Silence des Agneaux de Jonathan Demme) et le celui du meilleur scénario adapté pour Florian Zeller et Christopher Hampton.

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"The Father" de Florian Zeller ©
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