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Histoire
Quand les épidémies de peste décimaient le royaume de Navarre © DR – La peste décimait les communautés au Moyen-Âge

| Alexandre de La Cerda

Quand les épidémies de peste décimaient le royaume de Navarre

A la fin de l’époque médiévale, le royaume de Navarre se ressentait de la perte de ses provinces basques, de la Rioja au Guipuzcoa et du Val d’Aran à la Castille. Les dynasties de Champagne (1234-1275), de France (1275-1328) et d’Évreux (1328-1425) gouvernaient environ 100 000 habitants répartis essentiellement en zones rurales, et la population des villes telles Pampelune (la capitale) et Tudela, la forteresse méridionale, n’arrivait pas à une dizaine de milliers d’habitants, tandis que les autres « bonnes villes » de Navarre comme Estella, Sangüesa, puis Olite - grandie autour du palais royal -, n’étaient que bourgades ou gros villages.

Maurice Berthe a particulièrement étudié les « campagnes navarraises à la fin du Moyen-Âge » et leur dépeuplement au XIVème siècle, dû aux famines, et surtout aux terribles épidémies qui avaient également terrassé toute l’Europe. Pour l’historienne Béatrice Leroy, les fondations de villages neufs et de bastides au début de ce siècle avaient certainement constitué des réponses à ce mal, car ce furent des replis de la population dans des lieux mieux défendus. Ainsi, en 1312, sont fondées Labastide-Clairence, à la pointe septentrionale de la terre de « Ultra-Puertos » (ou d’au-delà des cols) et destinée à jouer le rôle de débouché maritime que le royaume avait perdu avec Fontarabie, tombée aux mains des souverains castillans, ainsi que la bastide d’Echarri-Aranaz, dans le Val d’Araquil, au pied du mont Aralar, et de 1315 à 1350, avec sa voisine Huarte Araquil : la nouvelle agglomération de paysans et de hidalgos, travaillant la terre, les bois, ayant marchés et foires, mais devant, tous, le service de garde, sera édifiée à la place de plusieurs hameaux des alentours, rasés et quasiment vidés.

Or, la peste de 1348, les pestes et pestilences revenues en 1361 et en 1373, constitueront assurément « les coups dramatiques du mauvais sort »
En 1392, Labastide-Clairence sera fort dépeuplée, alors qu'il s'agissait de la bastide de frontière face au Labourd ! D’ailleurs, pour Maurice Berthe,  « il n’était pas rare de rencontrer des villages aux trois-quarts vides et peuplés essentiellement de personnes d’âge avancé, vieillards immunisés et seuls survivants de familles décimées par la peste, vieilles gens qui avaient refusé de suivre leurs enfants partis s’établir ailleurs ». Ainsi de la communauté de Baigorri en 1433, vingt ans avant sa désertion. Entrée dans une longue phase de décroissance dès la première moitié du XIVème siècle, sa population ne comptait plus que 13 feux, avec pour chefs de famille : « deux qui ont plus de 70 ans, neuf ont entre 50 et 70 ans, et deux seulement ont moins de 50 ans ». La structure des familles était à peine plus rassurante : on trouvait encore six jeunes ménages aux côtés des 13 ménages de vieux. Et deux feux étaient composés de vieillards qui vivaient seuls car leurs enfants étaient partis s’établir à Lérin et Estella ! Et d’autres jeunes s’apprêtaient à les suivre...

En fait, la tendance à la régression s’était produite, brutale et profonde, entre 1347 et 1350. La famine de 1347 et la Peste Noire auront été déterminantes. La famine de 1347 fut en Navarre la plus grave de toutes celles qui jalonnèrent les XIVème et XVème siècles. En 1348, la peste avait tout submergé et frappé avec une force inouïe, occasionnant des destructions variables certes, mais partout catastrophiques : des centaines de familles paysannes anéanties, de nombreuses communautés villageoises ruinées ou appauvries. Plus grave, la sous nutrition et la misère avaient facilité l'œuvre de destruction de la Peste Noire ! Au total, la crise du milieu du XIVème siècle, ensemble de famine et de peste, avait affecté la quasi totalité des lieux habités, détruit 45% des foyers. Et plus de 70% des familles survivantes étaient en 1350 amputées d'un ou de plusieurs membres. Le désarroi était à son comble. Déjà se multipliaient les abandons de villages et de terroirs décimés par la «grant mortaldat». Et il ne fait aucun doute que la vague de peste et les difficultés alimentaires qui l'on précédée avaient déferlé sur toutes les régions du royaume. La preuve en est dans la décision prise par la monarchie au mois d'août 1349 : constatant que «el pueblo es muy estruyto et empoquecido» et ne pouvait supporter le poids des charges seigneuriales, le Conseil Royal décida de réduire provisoirement le montant des redevances, afin d'éviter la ruine des exploitations familiales. Dès 1350, le pays entra dans une brève période de rémission et de reconstruction. Mais la pause ne sera que temporaire car, « à partir de 1360, il sera à nouveau plongé dans le cycle de la décroissance agraire, cycle complet cette fois où la famine, la peste, la guerre et l'impôt se combinent et unissent leurs forces ».
Selon l'habitude, toute ressemblance avec des événements contemporains serait à exclure...

Légende : DR – La peste décimait les communautés au Moyen-Âge

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