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Conférence
Musée Basque de Bayonne : Communautés souletines par Philippe Etchegoyhen
Musée Basque de Bayonne : Communautés souletines par Philippe Etchegoyhen

| Baskulture 864 mots

Musée Basque de Bayonne : Communautés souletines par Philippe Etchegoyhen

« Communautés souletines, de la Révolution à nos jours », une conférence de Philippe Etchegoyhen jeudi 11 janvier à 18h à la salle Xokoa du Musée Basque à Bayonne (gratuit / sur réservation au tél. 05 59 59 08 98).

Dans un Avant-Propos au premier tome de son ouvrage « Communautés souletines, des origines à la révolution », Philippe Etchegoyhen expliquait qu'il avait "voulu comprendre".
« Comprendre pourquoi cette petite vallée enclavée dans le territoire de puissants voisins a réussi à garder sa personnalité et l’essentiel de son identité.
Comprendre pourquoi la romanisation s’est arrêtée aux portes de la Soule et les raisons pour lesquelles celle-ci a conservé sa langue et sa culture basques.

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Philippe Etchegoyhen ©
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Comprendre pourquoi elle a même développé un dialecte original au sein de la langue basque, une culture souletine qui a résisté vaille que vaille à toutes les tentatives et les tentations d’acculturation ou d’absorption. Ce petit David frondeur a souvent plié face aux Goliath méprisants qui voulaient l’écraser. Mais sa force de résilience était telle qu’il leur a survécu ; une nouvelle Soule est ressortie de chaque épreuve, enrichie au passage par leurs apports que notre petit David a cuisinés à sa manière pour s’en nourrir.

Comprendre pourquoi la Soule est restée souletine tout en se voulant basque. La vallée ne s’est jamais vue comme une forteresse isolée fermée à tout contact avec ses voisins. Elle a toujours entretenu avec eux des relations constantes, jouant un jeu de bascule entre eux, profitant de leurs conflits pour garder ses distances et son autonomie. 

J’ai vagabondé parmi mes souvenirs, mes lectures, mes conversations avec les uns et les autres. Je passerai donc souvent du coq à l’âne, ma promenade ressemblera plus à celle du berger qui zigzague au gré de ses humeurs et de ses envies qu’à celle du marcheur qui suit le sentier indiqué par sa carte, et respecte les temps prévus ».

« Nous ne sommes pas seulement les héritiers de ces grands personnages tonitruants dont parlent les historiens mais aussi de ces petites gens, de ceux qui ne sont rien et qui ont peut-être tout fait, de ces modestes communautés vivant au jour le jour tout en rafistolant des structures sociales fragiles, toujours attaquées, toujours réparées. C’est leur trace que j’ai essayé de retrouver à travers l’histoire du ‘’Païs de Soule’’ ».

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"Communautés souletines" tome 1 ©
Couverture Communautés souletines tome 1.jpg

Quant à Robert Elissondo, président de l‛association Ikerzaleak, il notait dans sa préface :

"au cours de sa carrière dans l‛Education nationale Philippe Etchegoyhen a occupé de nombreux postes de responsabilité en France, mais aussi dans d‛autres pays. Il n‛a jamais oublié la Soule de sa jeunesse. Avec son épouse, il a choisi de s‛y établir pour sa retraite. Il est devenu une personnalité reconnue pour ses multiples engagements associatifs : au service de la langue basque, de la pelote, de l‛histoire sociale. Sa vie et sa pensée se sont enrichies de son expérience de l‛éloignement, de la diversité des cultures, et en même temps d‛une connaissance intime du pays natal.

L’ouvrage qu‛il présente ici se situe au carrefour de l‛histoire et de l‛anthropologie, il propose un parcours sur le temps long mais aussi dans l‛espace pour nous faire connaître autrement le pays de Soule.

Comme dans toutes les sociétés anciennes, la société souletine a développé une organisation collective pour gérer les rapports entre ses membres, avec les pouvoirs, et avec le milieu naturel qui fournissait la subsistance de tous. Comme dans les autres territoires basques et pyrénéens, il y avait au moins quatre niveaux de communautés : la maison (etxe), le village, les groupements de villages, la vallée.

Une des nouveautés de ce livre est l‛accent mis sur la dimension spatiale des structures communautaires. Dans un précédent ouvrage, l‛auteur avait étudié le système des cayolars (olhak). Il nous fait découvrir ici le rôle structurant des elgues, des chemins de transhumance, des limites.

Son travail est une synthèse ambitieuse. Certaines de ses hypothèses seront sans doute débattues et contestées. Mais l‛objectif est justement de susciter la réflexion et le débat.

La démarche de l‛auteur est à bien des égards originale. Elle ne se cantonne pas à un seul type de source ou à une seule discipline. La réflexion se nourrit de lectures, d‛échanges avec des universitaires, des érudits, mais aussi d‛enquêtes sur le terrain, d‛entretiens avec des témoins. Le livre se veut accessible à tous. Les notions parfois complexes sont exposées avec un vocabulaire simple, illustrées par des exemples.

Le point de vue choisi est délibérément souletin. C‛est à partir de la Soule et de ses habitants que l‛auteur a travaillé.

Le travail de Philippe Etchegoyhen n‛a pas pour principal objectif d‛exalter l‛ancienneté, l‛originalité d‛une culture, sa résistance à la modernisation. La Soule, sa société et son mode de vie ne sont pas considérés comme des vestiges du passé, préservés grâce à l‛isolement et à la situation périphérique. Les communautés souletines se sont sans cesse adaptées. Elles ont aussi innové dans le but d‛assurer la survie matérielle et la cohésion sociale.

Leur histoire n‛est pas seulement intéressante en elle-même. Elle pourrait inspirer d‛utiles comparaisons avec d‛autres civilisations rurales et montagnardes. Elle pourrait éclairer nos débats contemporains sur les relations entre l‛homme et la nature ou sur la notion de bien commun".

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