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Tradition
Les Pères de l’Église
Les Pères de l’Église

| François-Xavier Esponde 1039 mots

Les Pères de l’Église

1 - Pères grecs et latins

La doctrine chrétienne est le fruit d’une histoire bimillénaire qui prend un visage différent selon que l'on fasse référence à la tradition grecque ou latine.

On nomme ces évêques et prêtres Pères de l’Eglise, dans une période qui s’étend du début du christianisme au VIIème siècle, considérés comme des "saints” car leur témoignage s’inscrit à la suite des Apôtres du Christ et personnifie leur travail dans la constitution des dogmes et de la doctrine chrétienne.

Les pères apostoliques ont bâti la théologie en un temps où la transmission se faisant oralement, les apologistes de la foi enrichissant la réflexion de leur savoir en une époque de persécution et de destruction systématique de tout ce que “la nouvelle religion” pouvait engendrer dans le mode de penser et de vivre de populations versées dans l’idolâtrie, le culte des divinités et des fêtes militaires de l’Empire Romain. On considérait alors ces faits historiques comme l‘oeuvre des dieux pour la postérité.

Tous ces pères de l’église avaient en commun le souci d'exprimer la Foi par écrit, dans une oeuvre littéraire dense, en adaptant aux mondes distincts du bassin méditerranéen la doctrine qui ne disposait pas à Antioche, à Athènes, à Alexandrie, à Rome, des mêmes rapports à la tradition culturelle et historique.

Le désir scientifique de la patrologie antique fut de se conformer à la forme nouvelle leur pensée, de plus en plus en rupture avec le judaïsme primitif, et en phase avec la philosophie des populations de l’Orient.

La différence naîtra cependant dans la transmission entre orientaux de l’orthodoxie, et ceux de la tradition latine.

Pour les Orientaux, la patrologie ne sera pas comme pour les Latins le recueil exclusif de la théologie d’évêques, de prêtres ou de moines, mais aussi celui de la vie et du martyre de croyants dont le témoignage aura valeur d’héritage spirituel pour l’Eglise. Ces martyrs n’ont pas écrit de traités théologiques mais ont donné leur vie pour le service de la foi en Christ.

Ces pères ne sont pas des figures du passé mais des auteurs témoins du temps présent de l’Eglise. Le florilège des couvents et des églises érigés à la mémoire de ces hommes d’exception fera foi de leur valeur, comme figures de la vie commune, dans les espaces sacrés élevés pour leur souvenir.

Nombre de ces pères de l’église étaient des gens cultivés, savants, penseurs, philosophes versés dans des disciplines profanes issue de la philosophie grecque et latine antique. Ils construiront leur doctrine chrétienne à partir de ces supports de l’esprit que l’on aurait tort de qualifier de païen, par défaut d’être chrétien, et qui permirent à ces auteurs de penser le christianisme à l’intention de leurs contemporains, en attente d’une réflexion intellectuelle appropriée.

La théologie ne fut jamais pensée comme de provenance du christianisme exclusivement.

2 - Aristote aurait produit ce néologisme de l’esprit le premier, dès le IVème siècle avant JC.

La pensée théologique se nourrit de Sénèque et des Stoïciens au premier siècle, puis plus tard de Plotin au IIIème siècle.
Ces deux écoles philosophiques eurent une influence majeure sur l’élaboration de la “science chrétienne” de la part des théologiens eux mêmes issus de ces écoles.
Ces derniers élaboreront au cours des Conciles primitifs nombreux le canon du savoir chrétien dont les collections de la patrologie grecque et latine sont le résultat d’une valeur inestimable pour le temps passé et le nôtre encore aujourd’hui.

Dans l’entrelacs des auteurs qui rivalisaient entre eux sur la doctrine, le débat deviendra quête du dogme, objet de foi, chacun cherchant à le vérifier à l’orthodoxie chrétienne.

Le pape Gélase inspira le Décret pseudo-gélasien daté entre le IVème et le VIème siècle, en fonction de la valeur des auteurs qualifiés et non qualifiés dans ce travail de l’esprit, au bénéfice du Credo des Chrétiens.

Curieusement à cette époque, Origène n’est pas en grâce bien que considéré comme le père de l’exégèse biblique.
Grecs et Latins rivaliseront dans leur travail et leurs recherches. Faisant l’objet d’un statut particulier, la tradition ecclésiale accorda à Origène “la faveur de Père de l’Eglise” après avoir connu l’opprobre de la destruction de ses oeuvres théologiques jugées hérétiques, en raison de ses thèses qualifiées de discordantes par les latins.

Bon an mal an, les Pères de l’Eglise seront somme toute reconnus comme Docteurs de l’Eglise et leurs successeurs reposeront sur eux leur travail intellectuel. Car il était dans la tradition de se placer sous leur protection, ou au moins leur autorité, pour arguer de quelque légitimité propre à faire valoir la qualité de ses travaux théologiques.

Justin et Origène auront jusqu’au second siècle un statut particulier d’origine grecque pour les latins.
Viendront, au-delà du IVème siècle, à la connaissance de l’église latine, Ambroise, Jérôme, Augustin et Jean Cassien, au cours d’une époque qualifiée d’âge d’or patristique, de savants particulièrement cultivés comme Augustin, universitaire de l’empire converti au christianisme à l’âge adulte.
Chez les Grecs il faut citer Jean Chrysostome, orateur talentueux doté d’une culture universelle, et les Pères Cappadociens dont s’inspire l’Orthodoxie.

Jusqu’au IXème siècle, Orient et Occident se partageront en symbiose des sources spirituelles communes entre le grec et le latin.
Sans ces hommes exceptionnels, le christianisme aurait-il survécu à des menaces de division ? L’arianisme  au IVème siècle en fut la démonstration in situ : le prêtre Arius en Egypte déclarait que Jésus n’était pas de même nature que Dieu, son Père, mais qu’il demeurait inférieur à lui.
Il aura fallu réunir à Nicée un Concile  en 325 pour déclarer hérétiques les Arianistes, et préserver l’unité de la Foi telle que l’on a coutume de rapporter encore aujourd’hui, le dogme de la Trinité.

Les patrologues citent la collection Migne comme la référence bibliographique pour retrouver les textes imprimés de l’Antiquité à l’usage des étudiants du monde entier, que l’on consulte dans les bibliothèques des universités en langue grecque, latine et dans leurs traductions en langues modernes. Il s'agit d'un prêtre français à la vocation journalistique exceptionnelle, à la vie mouvementée, et reconnu comme une référence pour la vulgarisation de la patrologie auprès des chercheurs du monde entier.
Les Anglo-Saxons lui feront meilleur accueil que les francophones avec qui ses relations furent difficiles...

Photo : les Pères de l'Église, peinture miniature du XIème siècle de la Rus' de Kiev.

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Etienne Grandjacques | 14/01/2021 14:15

Article accessible qu'à ceux qui connaissent déjà les Pères de l'Eglise. J'en fais partie et j'ai du souvent relire 2 fois ! Manque leur rôle dans les choix des livres canoniques ou apocryphes et surtout manque Irénée de Lyon !

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