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Histoire
Le souvenir de Napoléon IV à Biarritz
Le souvenir de Napoléon IV à Biarritz

| Alexandre de La Cerda

Le souvenir de Napoléon IV à Biarritz

Le destin héroïque d'un jeune homme dont l'enfance fut liée à la villégiature impériale mise en valeur par ses parents...

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La défense héroïque du Prince impérial attaqué par les Zoulous ©
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En janvier 1879, au cœur de l’Afrique du Sud en devenir et du choc de deux empires, de deux cultures que tout opposait, la défaite des « tuniques rouges » d’Angleterre face aux guerriers zoulous du roi Cetshwayo ka Mpande fut vécue comme une honte nationale que viendra sauver une poignée de soldats, une centaine d’hommes érigés en héros pour avoir tenu un poste avancé face à 4000 assaillants en peau de léopard. Ainsi que la défense héroïque contre les Zoulous du Prince Impérial qui participait à ces combats... Le 140ème anniversaire de la guerre anglo-zouloue avait été commémoré l’année dernière lors d’une rencontre du prince Charles et de l’actuel « roi » zoulou accompagné de quelques guerriers en peau de léopard qui avaient exécuté leur danse « coutumière » en présence de soldats britanniques qui honoraient, pour leur part, la mémoire de leurs camarades tombés après dix heures de siège.  

Or, au-delà de ces événements passés et de l’espoir des Zoulous d’attirer des investissements de la couronne britannique dans la province sud-africaine, il est permis de douter que cette commémoration ait inclus le souvenir de l’affreux et cruel meurtre par les zoulous du Prince Impérial alors présent sur place sous uniforme anglais... En effet, après la défaite infligée aux Anglais par les Zoulous le 22 janvier 1879, le fils de Napoléon III et d'Eugénie (alors en exil à Londres) avait reçu le 24 février l'autorisation du duc de Cambridge de partir pour la durée de la campagne en Afrique du Sud. 

Le dimanche 1er juin, le prince impérial, attaqué par les Zoulous et désarçonné, se retrouva seul face à tous ses adversaires. Son cheval était déjà loin et les Zoulous se ruèrent vers lui en poussant leurs cris de guerre. Le jeune prince sortit son revolver et de la main gauche tira par trois fois. Il évita bien une première sagaie, parvenant même à la renvoyer vers ses agresseurs, mais la seconde l'atteignit à l'épaule gauche. Sept guerriers zoulous furent sur lui : il reçut un coup à la poitrine, alors même qu'une autre sagaie l'atteignait à l'œil droit, l'enfonçant au fond du crâne. Lorsque le prince tomba au sol, il était déjà mort. Et les Zoulous allaient s'acharner sur son corps avec la pointe de leurs sagaies… 
Il avait 24 ans. Sa mère, l’impératrice Eugénie, en exil en Angleterre où elle s’était réfugiée après la défaite de Sedan en septembre 1870, se rendra sur place afin de voir où son fils unique avait été tué, elle « devait encore survivre 40 ans à ses douleurs »

La naissance très attendue de l’héritier du trône  
Eugénie de Montijo, d’origine espagnole et fille cadette du comte et de la comtesse de Teba, avait épousé Napoléon III le 30 janvier 1853, à l’âge de 26 ans révolus.  
L’année suivante, les souverains passaient l’été à Biarritz oùl'Empereur attendait la rapide amélioration d'une santé éprouvée par les laborieux travaux du gouvernement, ainsi qu'une vigueur nouvelle pour la constitution délicate d’Eugénie dont on attendait un héritier afin de consolider la dynastie renaissante. En juillet 1855, l’empereur rejoignait à Biarritz Eugénie arrivée des Eaux-Bonnes où elle suivait une cure en prévision d’un heureux événement qui aura lieu l’année suivante : la naissance, en mars, de l’héritier du trône ! 
Or l’imagination de l’impératrice se complaisait souvent dans le tragique selon ses paroles que rapportait Augustin Filon, précepteur du jeune Louis-Napoléon : « En 1855, j’étais à Biarritz; une nuit, je fus éveillée par le tocsin qui annonçait un incendie ; je me levai en hâte et j’allai faire la chaîne : je sentis alors, pour la première fois, tressaillir mon enfant. L’idée me vint qu’il était destiné à mourir de mort violente »

En attendant, au milieu de la « cohue cosmopolite » qui avait toujours entouré Eugénie - et qui constitua l'assise du renom touristique de Biarritz – la présence des souverains déchaînait toujours beaucoup d'enthousiasme. 
En particulier, « tout le monde était charmé de la gentillesse du Prince Impérial et de la grâce qui distinguait ses manières. Les années précédentes, les petits garçons et les petites filles étaient admis à partager ses jeux ; ils folâtraient pêle-mêle dans les dépendances de la villa. Cette année (1865), les choses ont changé ; les petits garçons, seuls, sont admis à jouer avec le jeune prince ; les petites filles s'amusent à part »... 
Sur la plage du Port-Vieux, en même temps qu'il apprenait à nager, il s'amusait aussi à construire des fortifications de sable dans la gaieté générale d'un groupe de petits garçons de son âge, fils de pêcheurs et de « baigneurs » biarrots ; un dimanche, même, les petits matelots revêtus pour la circonstance d'un élégant costume de marin, offrirent à leur impérial camarade de jeux une jolie corvette portant le nom de « France », parfaitement construite et gréée, posée sur un char antique et ornée de charmantes décorations, présent de la commune de Biarritz au jeune prince... 

Promenades impériales et effusions populaires 
Le couple impérial excursionna abondamment autour de la Villa Eugénie ». Dans les grottes de Sare, une cinquantaine de jeunes gens du pays, « revêtus de l'élégant costume ancien des Basques, leur offrirent le fantastique et original spectacle des danses nationales exécutées aux flambeaux »... 
A Zugarramurdi, Mérimée raconte « qu'ils étaient menés par un homme singulier qui avait gagné une grande fortune dans la contrebande (il s'agissait de Michel Dihursubéhère qui, quelques vingt ans auparavant, avait fait traverser plusieurs fois la frontière au prétendant don Carlos, en pleine guerre carliste) ! L'Impératrice l'avait chargé de veiller sur le Prince Impérial, qu'il a fait passer, lui et son poney, par les chemins les plus impossibles que vous puissiez imaginer, ayant autant de soin de lui que d'un ballot de marchandises prohibées »
On organisa encore des promenades nautiques sur les ondes fugitives de l'Adour, jusqu'à Lahonce. 
En revanche, certaines excursions en mer faillirent tourner au désastre. 
Particulièrement à Saint-Jean-de-Luz, en octobre 1867, au retour d'une excursion à Fontarabie, le yacht impérial « Le Chamois » donna sur les rochers par nuit noire, avec treize personnes à bord, dont l'Impératrice et le Prince Impérial ; le pilote, qui se porta à l'avant au moment où l'étrave heurtait les rochers, tomba et mourut en se fracassant la tête. Mais l'enfant fut sauvé par les marins... 

La vie de tous les jours… avant que n’éclate l’orage ! 
Dans ses lettres à la comtesse de Montijo-mère dont il était l’ami, Prosper Mérimée donnait souvent des nouvelles de l’impératrice : le 8 décembre 1858, il lui écrivait: « Je viens de passer trois semaines à Compiègne. L’impératrice était non seulement en parfaite santé, mais plus gaie et plus animée que je ne l’avais vue depuis longtemps. Elle a fait avec l'empereur des courses à pied de plus de deux lieues, sans en paraître le moins du monde fatiguée. Le prince impérial est fort et gaillard. Il ressemble singulièrement à sa mère, avec un petit air de famille de l’oncle, surtout dans le bas du visage. J'ai remarqué qu’on l'élevait bien, c’est-à-dire en l'avertissant des dangers et en lui permettant d'en faire d'innocentes expériences qui valent mieux que les plus longs sermons. Ainsi on l’a laissé constater par une petite brûlure que la flamme d’une bougie ne  valait rien à manier et que le parquet d’une chambre était  moins doux qu’un coussin ». 
En août 1870, surviennent les désastres de la guerre : « l’impératrice m’a dit que l’empereur supportait très bien la vie qu’il mène, ainsi que le prince impérial. Pauvre enfant, c’est une rude éducation qu’il reçoit là. Puisse-t-elle lui profiter pour l’avenir »
Et dans sa dernière lettre à la comtesse de Montijo, Prosper Mérimée annonçait : 
« Paris, 8 septembre 1870. Les dernières fois que j’ai eu l’honneur de la voir (l’impératrice, ndlr.), elle m’a paru complètement dégoûtée de sa position, lasse d’avoir vu tant de faussetés et tant de lâchetés. A plusieurs reprises, elle m’a dit qu’elle espérait  bien que son fils n’aurait pas d’ambition et ne penserait qu’à vivre heureux dans l’obscurité. Cela est facile à dire et on ne peut manquer de le dire, la situation étant donnée, mais personne ne sait ce qui arrivera dans dix ans. Pour moi, je crois qu’il doit se tenir prêt pour son heure, si elle doit venir. Il a beaucoup à apprendre de son père et de sa mère et ces deux derniers mois ont dû lui valoir plus qu’un cours d’histoire de deux ans ».  

L’exil en Angleterre 
Napoléon III avait été remis en liberté après sa captivité chez les Prussiens ; il arriva à Chislehurst le 20 mars 1871. Alors fut organisée autour des anciens souverains et de leur fils une manière de cour, avec les deux nièces de l'Impératrice, filles de la duchesse d'Albe (plus tard duchesse de Medina-Coeli et duchesse de Tamamès), avec le duc de Bassano, ancien grand chambellan, son fils le marquis de Bassano, le comte Clary, Mme Lebreton, Augustin Filon, précepteur du Prince, et quelques personnes, fidèles aux exilés, qui constituaient un service d'honneur.  
La mort de Napoléon III survint le 9 janvier 1873. Ce ne fut pas seulement un grand deuil pour sa veuve et pour son fils ; ce fut encore un événement gros de conséquences politiques. Le nouveau chef du parti bonapartiste, Napoléon IV, était un jeune homme de près de dix-sept ans à cette époque, sur qui ses partisans pouvaient fonder de légitimes espérances. Dans les derniers jours du mois d'août 1870, quand on attendait les pires malheurs, l'Impératrice découragée avait envisagé pour le Prince impérial le repos du silence ; elle avait dit à Mérimée : « J'espère que mon fils n'aura pas d'ambition et qu'il vivra heureux dans l'obscurité ».  
Et pourtant, ses partisans n’affirmaient-ils point « qu’excellemment préparé à sa future tâche, en particulier lors de son exil au Royaume-Uni, avec qui il eut moult entretiens politiques sur la manière de gouverner et de conduire les affaires de l'Etat, tous les partisans de l'Empire présents aux funérailles de sa Majesté l'Empereur, notamment les députés bonapartistes et une partie considérable de la foule, clament dans le parc de Camden Place "Vive Napoléon IV !" ».  

Chers souvenirs 
En juin 1901, l’ambassadeur Maurice Paléologue s’entretient avec Eugénie : 
- Parmi tant de belles heures qui ont jalonné votre règne, quelles furent les plus radieuses, les plus exaltantes, je veux dire surtout celles qui découvraient devant vous les plus séduisants mirages ?  
Sans la moindre hésitation, elle répondit :  
 — Oh! d'abord, le baptême du prince impérial, le 14 juin 1856. Pendant le trajet des Tuileries à Notre-Dame, j’étais seule avec l'empereur dans le carrosse pompeux de notre mariage. Le prince impérial, ses gouvernantes et sa nourrice occupaient la voiture précédente. C’était vers six heures du soir. Des maréchaux cavalcadaient à nos portières. On nous acclamait frénétiquement. Le soleil, qui commençait à décliner, empourprait la rue de Rivoli; nous défilions dans une lumière éblouissante. Près de moi, l’empereur restait silencieux, ne s’occupant qu'à saluer. Je ne lui disais rien non plus, parce qu'une allégresse ineffable me soulevait l'âme; je me répétais intérieurement : « C'est par cet enfant, c'est par mon fils, que la dynastie napoléonienne s'enracinera définitivement sur la terre de France, comme s'y est implantée, il y a huit siècles, la dynastie capétienne ; c'est lui qui mettra le sceau définitif à l'œuvre de son père ! ... » Et pourtant une voix secrète me chuchotait que les mêmes pompes officielles, les mêmes ovations populaires, les mêmes salves d’artillerie, les mêmes volées de cloches avaient célébré les baptêmes du dauphin Louis XVII, du roi de Rome, du duc de Bordeaux, du comte de Paris. Et qu’étaient-ils devenus, ces pauvres enfants ? La prison, la mort, l’exil ! ... Mais une autre voix plus forte me rassurait aussitôt, me dilatait le cœur, me remplissait de confiance et d’orgueil… A la fin de la cérémonie, lorsque l’empereur a élevé notre fils dans ses bras pour le montrer au peuple, mon émotion est devenue soudain si poignante que mes jambes se sont dérobées sous moi, et que j’ai dû m’asseoir précipitamment… 

Après ce magnifique souvenir, le plus brillant que je conserve, c’est encore sous les voûtes de Notre-Dame qu’il s’encadre, le 3 juillet 1859, au Te Deum pour notre victoire de Solferino. Vous vous rappelez que, pendant la guerre, l’empereur m’avait confié la régence. Je me suis donc rendue à Notre-Dame, en qualité de régente, avec le prince impérial à ma gauche. Rien ne saurait vous décrire l’enthousiasme de la foule. Par instants, les acclamations faisaient un tel vacarme, que nous passions devant les musiques militaires sans les entendre. Au retour, on se mit à nous cribler de fleurs ; elles résonnaient sur la cuirasse des Cent-Gardes comme une mitraille, notre voiture en était pleine ; mon fils tressautait de joie, battait des mains, envoyait gentiment des baisers à la foule. Ce jour-là aussi, j'ai eu la certitude éclatante que Dieu réservait à mon enfant la mission glorieuse de couronner l’œuvre de son père. 

L’Impératrice avait acheté dans le Hampshire, à Farnborough, en 1886, une vaste demeure et fait construire sur ses terres une église. L’église Saint-Michel, desservie par des religieux français. C’est dans cette crypte que dormaient de leur dernier sommeil, depuis 1888, Napoléon III, mort en 1873 à Chislehurst et le Prince Impérial tué par les Zoulous, en Afrique du Sud en 1879. 
Et à Biarritz, dans la Chapelle Impériale (son histoire dans notre « Lettre » du 8 décembre 2017), désormais propriété de la ville, quatre messes sont célébrées annuellement : le 12 décembre prochain à 18 h pour la fête de Notre-Dame de Guadalupe, le 9 janvier pour l'anniversaire de la mort de Napoléon III, le 1er juin en mémoire du prince impérial et le 11 juillet pour l'Impératrice Eugénie. 
En cette période de ré-ouverture des lieux de culte au public, la Chapelle Impériale n'était pas encore prête (en raison des conditions sanitaires limitées d'accueil) et il a simplement été fait mémoire du Prince Impérial à la messe célébrée par le Père Vincent Clavery lundi dernier à l'église Saint-Joseph, en espérant que pour le 11 juin prochain, elle sera ouverte pour la messe en mémoire de l'impératrice Eugénie. 

Testament du Prince Impérial 
« Ceci est mon testament. 
1° Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine dans laquelle je suis né. 
2° Je désire que mon corps soit déposé auprès de celui de mon père, en attendant qu’on les transporte tous deux là où repose le fondateur de notre maison, au milieu de ce peuple français que nous avons comme lui bien aimé. 
3° Ma dernière pensée sera pour ma patrie. C’est pour elle que je voudrais mourir. 
4° J’espère que ma mère me gardera, lorsque je ne serai plus, l’affectueux souvenir que je lui conserverai jusqu’à mon dernier moment. 
5° Que mes amis particuliers, que mes serviteurs, que les partisans de la Cause que je représente soient convaincus que ma reconnaissance envers eux ne cessera qu’avec ma vie. 
6° Je mourrai avec un sentiment de profonde gratitude pour Sa Majesté la Reine d’Angleterre, pour toute la famille Royale et pour le pays où j’ai reçu pendant huit ans une si cordiale hospitalité ». 

Légendes : 1 photos du Prince Impérial 
2 Le Prince impérial tué par les Zoulous

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MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS | 05/06/2020 13:01

MERCI pour toutes ces précisions historiques et leurs suites actuelles ! MERCI pour les citations de Prosper Mérimée ! MERCI pour la citation du Testament ! Je vais conservé tout cela précieusement dans mes documents historiques. En effet j'ignorais assez facilement je dois dire l'existence de cet héritier Bonaparte du trône bonapartiste, prolongement de celui de l'usurpateur selon, en plus, la citation anglaise après l'Île d'Elbe et Ste-Hélène ! Le fait qu'il ait servi sous l'uniforme anglais, et mort avec, et qu'il remercie la Reine d'Angleterre, me le fait considérer comme étranger totalement à la FRANCE, à la culture, à l'esprit, à la civilisation française comme à l'Histoire qui fait des Anglais nos ennemis héréditaires. Je compatis au sort de ce jeune homme mais ce qu'il fut m'est totalement étranger. De même que son père "NAPOLEON LE PETIT" tel que décrit par Victor HUGO dans cette sinistre affaire de SEDAN où la lâcheté et l'absence de sens militaire comme de gouvernement ont conduit NAPOLEON III à une reddition honteuse et sans justification réelle aucune. Il fut élevé à SANDHURST ce qui fit de lui un gouvernant de la France à peu près dans le même esprit que ces SARKOZY DE NAGY BOCSA, F. HOLLANDE et le pire "Young leader" des trois E. MACRON. Nous sommes trahis et la FRANCE enfoncée depuis 1871. Les Bonaparte n'ont absolument pas ma sympathie. MAIS, ENCORE UNE FOIS MERCI pour cette documentation historique précieuse.

COLLET | 05/06/2020 18:09

c'est un respect et une admiration pour cette famille et les bienfaits de l'empereur NAPOLEON III

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