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Société
La foi et la loi dans la tradition biblique
La foi et la loi dans la tradition biblique

| Abbé François-Xavier Esponde

La foi et la loi dans la tradition biblique

Le Bâtonnier Gérard Fort a quitté les siens ce lundi 21 décembre 2020, au terme d’une vie d’avocat durant cinquante années de mission.
La Cathédrale Sainte Marie de Bayonne fut le lieu de l’au revoir de ses pairs venus nombreux saluer une dernière fois l’homme de loi et de foi, de dimension exceptionnelle.
Le Parquet de Bayonne, le Barreau, le président de la Cté d'Agglo Pays Basque - son collègue, Me Etchegaray -, les maires et les élus du département (avec leur président, Jean-Jacques Lasserre), sa famille et de nombreux amis ainsi que les chants basques particulièrement émouvants du choeur Pottoroak ont accompagné cette figure du Tribunal à la longue carrière, au service de toute humanité, de toutes conditions sociales.

Gérard Fort avait choisi ce métier comme un sacerdoce civil, il en irradiait de bonheur.
L’homme avait de nombreuses facettes, la joie de vivre, le goût du sport, ses chroniques dans la presse locale, et même à ses heures, "jardinier-potager" à Bidache.
En somme, un honnête homme riche de talents, d’humanisme et de savoir-vivre.
Au-delà de ce parcours du prétoire se cachait un homme d’esprit, de quête spirituelle, qui pouvait ressembler à ce président français qui avait dit, évoquant le passage d’une vie vers une autre rive méconnue : “Un jour -  je saurai”..

Ces quelques propos venant à illustrer le cheminement intérieur d’un homme de loi, devenu un homme de foi, gardant le silence pudique sur son destin personnel...

La lecture des Béatitudes inspirées de la Loi hébraïque des Tables de la Loi nous apprend le long cheminement de l’intelligence et de la conscience pour inscrire dans la foi les conduites morales de la loi, et dans la loi les nécessités d’une exigence humaine.
Les les temps anciens comme relevé dans les Tablettes de la Mésopotamie, on peut décrypter des Législations détaillées régissant les contrats entre des hommes dans la conduite de leurs affaires : terres, biens, emprunts, esclaves, mariages, impôts et prébendes…
Le Droit Hébraïque a recueilli ces traditions antiques et les a façonnées à ses usages religieux.
Selon le Principe unique tourné vers l’Eternel qui disposait par la loi des conduites individuelles des croyants, dans leur vie sociale et religieuse. Cette règle ne souffrant d’autre dérogation car toute loi était dans son principe voulue par ... Dieu lui-même !
Le Consistoire  du Temple, son Rabbin disposait de nombre de pouvoirs légaux et spirituels pour remplir leur fonction.
Le droit évolua autour des Tables de la Loi, décalogue remanié plusieurs fois au cours de l’histoire, mais qui maintient des références impérieuses accompagnées d’interdits légaux pour leur observance et leur exercice spirituel et religieux.
Il en sera du Nom de l’Eternel,unique, immuable, définitif, du lien de chacun avec ses pairs, du respect porté à ses parents, de l’interdit du vol, des violences et des viols, particulièrement dans les rapports personnels qui protègent les relations communautaires au sein des familles dans le judaïsme.

Reprenant le cours des Béatitudes, on peut être surpris de leur portée législative et morale pour préserver entre les hommes des conduites vertueuses, qui imposent des interdits et des obligations. 
En langage moderne des Droits et des Devoirs : nos législations contemporaines demeurent issues de ces sources anciennes à l’origine. Les droits de l’homme ont développé une perception législative et morale, bien au-delà de leur provenance religieuse. Le Bayonnais René Cassin, issu du Judaïsme de par ses origines, en connaissait tous les codes et les contraintes.

Juristes ici présents autour de la mémoire de Madame Gros Larcher, vous savez d’expérience ce que signifie pour vous l’exercice de la protection des personnes majeures placées sous le régime de la loi, qui garantit des bénéfices et des règles permettant aux plus fragiles d’être assurés de ces droits.

Les Béatitudes ne sont pas et ne seront jamais, selon leur provenance, un exercice de piété individuelle sans contrepartie sociale et humaniste. Elles sont aujourd’hui incontournables dans un pays particulièrement dans nos sociétés occidentales où leur observance et leur maintien garantissent des assurances de la vie commune.

Foi et Loi ne s’opposent pas entre elles. Elles se nourrissent et s’inspirent par retour, permettant à la foi d’inscrire les principes humanistes dans des Législations appropriées, et bien aussi, aux lois proprement édictées, d’être corrigées au fil du temps quand elles deviennent caduques ou inadaptées.
Les civilisations anciennes, la grecque, la romaine et la nôtre, héritière de ces sources, ont su maintenir au fil du temps la permanence de ces dispositions au bénéfice du vivre ensemble, du bien commun, de la justice et de la paix qui, sans ces barrières de la loi, se dilueraient dans des conflits sans limite.

Le Droit hébraïque inspiré de la foi juive et de la Torah ont procuré une place unique à la loi en rappelant sans cesse qu’au-delà des intérêts mis en jeu pour son usage, la conscience personnelle et individuelle du croyant a pour tâche de les appliquer vis à vis de l’Eternel - Béni soit son Nom –, garant de cette pérennité, non seulement par bénéfice pour quelque conscience humaine ou humaniste bien disposée, mais par fidélité à leur origine.

 En France, le sujet demeure complexe et disputé à toutes les époques.
A-t-on dépassé ce lien spirituel avec l’Esprit universel des hommes, au seul renvoi de la loi d’un entendement réciproque d’une conformité divine ?
A-t-on renoncé dans l’application de la loi le sens originel de son histoire, qui s’inscrit à toutes les époques dans un destin d’humanité durable et tourné vers un idéal de résultats ?
- La foi sans la loi est condamnée à disparaitre ou se diluer dans les contradictions internes.
- La loi sans un idéal souverain de la foi représente un questionnement inachevé, de quête de sens de la vie, qui appelle réponse !
Un excès législatif dévalue la densité légale de ses bénéfices.
La quête inachevée de solutions législatives aux situations humaines rencontrées au fil du temps, interroge à nouveau notre perception judicieuse des lois dans leur pertinence du moment.
Madame, Monsieur vous avez souvent éprouvé de toute évidence la permanence quotidienne de ces échanges à l’heure des décisions prises au bénéfice de vos sujets placés sous la protection de la justice.
Notre environnement social dilué dans des visages pluriels et multiples de vies individuelles - particulièrement compliquées aujourd’hui - appellent de votre part une fidélité à la loi, amendée, corrigée et adaptée aux situations neuves.
La foi de nos anciens ne saurait nous dissuader d’en connaître les raisons majeures de leur pérennité dans l’histoire.
Foi et Loi selon l’ordre de nos préférences s’inspirent et se nourrissent par capillarité l’une de l’autre !
La Justice des Hommes ne saurait se dédouaner de celle... de l’Eternel !

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