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Cinéma
La critique Jean Louis Requena

| Jean-Louis Requena

La critique Jean Louis Requena

« Un jour de pluie à New York » - Film américain de Woody Allen – 92’

« Un jour de pluie à New York » - Film américain de Woody Allen – 92’

Ashleigh Enright (Elle Fanning) et Gatsby Welles (Timothée Chalamet) sont deux étudiants amoureux de l’université de Yardley. Gatsby vient de gagner 20.000 dollars au jeu. New-yorkais expatrié volontaire, il propose à sa petite amie, Ashleigh, de passer un week-end fastueux (un palace !) en « tourtereaux » dans la « Grosse Pomme » grâce à ses gains au poker. Ashleigh, native de Tucson (Arizona), accepte d’autant plus qu’elle ne connaît pas la capitale culturelle des États-Unis où demeurent, dans un quartier chic, les parents richissimes de Gatsby… De surcroît, elle est très excitée par une rencontre qu’elle a programmée avec le célèbre réalisateur Roland Pollard (Liev Schreiber) qui vient de terminer le tournage d’un long métrage fort coûteux en cours de montage…

Les deux amoureux arrivent dans la mégalopole où il pleut sans cesse… Chacun part de son côté : Ashleigh va interviewer son réalisateur à la dérive, flanqué bientôt de son scénariste Ted Davidoff (Jude Law), perturbé par l’absence de sa femme. Gatsby, lui, erre dans les rues de son enfance où il fait une rencontre inattendue : Shannon (Selena Gomez), petite sœur encombrante de son ancien amour d’adolescent.

Les parcours labyrinthiques, émotionnels, des deux protagonistes semblent s’écarter inexorablement au fur et à mesure que se déroule l’histoire gorgée d’évènements inattendus et de rebondissements. Leurs tempéraments sont on ne peut plus divergents : Ashleigh est toujours excitée, émerveillée, un peu innocente dans un univers âpre, étonnamment futile : l’industrie cinématographique. Gatsby, placide, cultivé, pianiste (il aime le jazz, les musées), déambule faussement décontracté dans une ville qu’il connaît bien…

Le week-end à Manhattan, dans un palace qui devait combler Ashleigh et Gatsby, s’avère sous la pluie incessante plutôt désastreux…

On ne présente plus Woody Allen (83 ans) qui nous propose son 52ème film (!) : une comédie sentimentale, romantique ou il retrouve la veine de ses meilleurs longs métrages d’antan (Annie Hall – 1977, Manhattan – 1979). Ce dernier opus a été tourné à New York à l’automne 2017 mais le producteur (Amazon) a bloqué sa sortie suite à l’affaire Weinstein et a ses conséquences sociétales : le mouvement #MeToo. Woody Allen, suite a des accusations d’agressions sexuelles en 1992 par le « clan Farrow », son ancienne famille, a été reconnu innocent par deux juridictions (abandon des charges depuis 1993 !). Mais certains médias et les réseaux sociaux ont relancé l’absurde machine à dénoncer : c’est une nouvelle chasse aux sorcières débilitante !

Malgré ces attaques rémanentes depuis un quart de siècle, Woody Allen continue, souvent hors des États-Unis, à écrire et à diriger ses longs métrages, de qualités variables : parfois un peu paresseux, tant dans le scénario que dans la mise en scène. Celle-ci n’est pas le point important de ce film, quoique les images de New York sont magnifiées par le mythique chef opérateur italien Vittorio Storaro (« Le Dernier Tango à Paris » – 1972, « Novecento » – 1976, « Apocalypse Now » – 1979, « Le Dernier Empereur » – 1987, etc.), complice du réalisateur depuis quatre films.
Woody Allen a resserré son scénario autour des deux personnages principaux, Ashleigh et Gatsby qu’il traite, en alternance, en séquences miroirs amusantes. C’est la grande tradition de la « screwball comedy » ou des personnalités totalement différentes (classe sociale, culture, habitus) tentent de cohabiter. Comme toujours le réalisateur ajoute aux dialogues parfois hilarants, une voix off qui évite un ralentissement du récit et une musique jazzée qui fluidifie le montage alterné. La recette est connue (Billy Wilder), mais elle fonctionne à merveille.

En jeune fille provinciale ambitieuse, naïve, gaffeuse, mais point sotte, Elle Fanning (Ashleigh) est remarquable : chacune de ses apparitions à l’écran est un bonheur. Elle éclipse, malgré leurs talents respectifs, tous les autres interprètes de ce vaudeville urbain.

Un bon Woody Allen pour les spectateurs qui persistent à le suivre en dépit d’une filmographie surabondante (52 films en 50 ans !) avec quelques facilités et faiblesses (scenarii, réalisation) sur la durée que nient les aficionados.

Au fil du temps (un demi-siècle !), nous avons fini par avoir une tendresse irrémissible pour ce cinéaste hors normes.


 

 

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Fondeur marie yvonne | 06/10/2019 15:26

Encore une excellente critique : un grand merci

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