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C'est dur d'être chrétien en France, en 2020...
C'est dur d'être chrétien en France, en 2020...

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C'est dur d'être chrétien en France, en 2020...

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La 2ème manifestation pour réclamer le retour de la messe devant la cathédrale de Bayonne ©
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« On ne peut pas se permettre de rater Noël » : à Biarritz, plus de 400 personnes avaient manifesté samedi dernier pour demander l’ouverture au plus vite de tous les magasins et commerces...
Une manifestation qui paraît hautement justifiée, et qui a obtenu un début de "solution"... Mais alors, et les messes à l'église, Noël étant - il convient de ne pas l'oublier - une fête religieuse, il s'agit de la naissance du Sauveur ?
Or, les dispositions gouvernementales à cet égard nous ramènent dans notre "Absurdistan" quotidien et font réagir l'évêque de Bayonne.
Car, cette jauge de trente personnes applicable aussi bien à une modeste chapelle qu'à une grande basilique ou une cathédrale est tout simplement ingérable, discriminante pour les fidèles qui ne feront pas partie des heureux élus et un grave manque de respect pour des millions de croyants. 
Dès l'annonce de cette disposition mardi par le Chef de l'Etat, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques français l'avait interpellé pour que soit révisée cette mesure : d'un échange téléphonique le soir-même avec Emmanuel Macron, il semblait découler qu'une nouvelle jauge réaliste serait définie jeudi matin lors de l'intervention du Premier Ministre. Il n'en a rien été et Mgr Aillet, dans un tweet, « demandait au Premier Ministre d’apporter la preuve que nos assemblées cultuelles sont des lieux de contamination. Affirmation gratuite contredite par les faits : jamais aucun cluster n’a été identifié dans nos assemblées. La jauge de 30 est inapplicable. C’est du mépris » !

Mgr Aillet et la conférence des évêques réagissent

Jeudi soir, le Conseil Permanent se réunissait pour décider d'un nouveau "référé-liberté" à déposer ce vendredi matin devant le Conseil d'Etat.
Pour sa part, Mgr Aillet déclarait dans un communiqué : 
"L’annonce par le Premier Ministre d’une jauge fixée à 30 personnes, pour la reprise des célébrations cultuelles le WE prochain, nous a rempli d’incompréhension. Nous sommes d’autant plus surpris que l’assurance avait été donnée à Mgr de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des Evêques de France, mardi dernier, par le Président de la République, M. Emmanuel Macron, qu’il demanderait aux services du Gouvernement de définir une jauge plus réaliste d’ici jeudi matin. La Conférence des Evêques de France a déclaré, dans un communiqué de presse, que cette « mesure demeure irréaliste et inapplicable », se réservant « la possibilité d’utiliser les moyens de droit appropriés ». Mgr de Moulins Beaufort a décidé de déposer ce matin un Référé-Liberté au Conseil d’Etat au nom des évêques de France.
Beaucoup de catholiques ont vu dans cette disposition une forme de mépris et l’expression d’un désintérêt affiché pour la dimension religieuse et spirituelle de la vie de millions de croyants, quand bien même la liberté de culte est reconnue comme une liberté fondamentale et même inscrite dans le premier article de la Loi de séparation des Eglises et de l’Etat.
Les catholiques sont conscients de l’effort de solidarité nationale auquel il leur faut participer pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 et ils entendent prendre leurs responsabilités, en respectant des mesures sanitaires strictes, comme ils l’ont déjà montré lors du premier déconfinement. En ce sens, il est injuste de déclarer que les assemblées cultuelles sont des lieux de contamination, quand jamais aucun cluster n’y a été identifié.
Le principe de proportionnalité, appliqué dans les autres activités qui sont à nouveau autorisées, nous est refusé : cela contrevient au principe d’équité. 
Et l’on voit mal sur quels critères nous devrions sélectionner les 30 heureux élus, autorisés par le Gouvernement à participer à la Messe : ce serait de la discrimination. Si la jauge à 30 personnes conviendra pour les messes de semaine, voire pour les messes dominicales dans certains lieux, elle ne pourra pas être appliquée dans les paroisses très fréquentées de notre diocèse.
En conséquence, devant le caractère inapplicable de cette mesure, je demande aux curés, là où c’est possible et nécessaire, de multiplier les messes et je les autorise à accueillir les fidèles jusqu’au 1/3 de la capacité de leurs églises, jauge raisonnable qui avait été présentée par les Evêques de France au Gouvernement. De nombreux évêques, à commencer par l’archevêque de Paris, ont pris la même disposition. Je demande seulement aux curés d’être très attentifs au protocole sanitaire déjà mis en place lors du déconfinement de mai : gel à l’entrée, distanciation, port obligatoire du masque à partir de 11 ans…
Confiant dans le sens des responsabilités des prêtres et des fidèles du diocèse, je souhaite que la reprise des messes, pour ce Premier Dimanche de l’Avent, se fasse de manière digne et paisible, pour la plus grande gloire de Dieu et le Bien spirituel de tous.
+ Marc Aillet

Finalement, grâce à des évêques courageux comme Mgr Aillet dans le Diocèse de Bayonne​ ainsi qu'au référé-liberté déposé par la conférence des évêques, la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, la communauté des Bénédictins de Notre-Dame de Fontgombault, la Confédération nationale des associations familiales catholique, etc., le Conseil d’État a cassé ce dimanche la décision du gouvernement de limiter à 30 personnes le nombre de fidèles dans les églises pendant les messes, en relevant qu’il n’y avait pas de justification à cette interdiction absolue et générale « alors qu’aucune autre activité autorisée n’est soumise à une telle limitation fixée indépendamment de la superficie des locaux en cause ».
Ajoutons encore que dans son communiqué, la Conférence des évêques français indique "qu'un rendez-vous est prévu dimanche 29 novembre à 18h avec le Premier ministre. Participeront à cette rencontre : Mgr Éric de Moulins-Beaufort, Président de la CEF, Mgr Dominique Blanchet et Mgr Olivier Leborgne, vice-présidents, ainsi que deux autres évêques et le Secrétaire général de la CEF, le Père Hugues de Woillemont. Ils espèrent que ce rendez-vous sera enfin un vrai moment de concertation". 
Considérant que le droit a ainsi été rétabli et que la raison a été reconnue, ils n'en souhaitent pas moins que le recours judiciaire reste l’exception dans un réel dialogue dont ils attendent la reprise.

Par ailleurs, dans son éditorial pour la revue diocésaine "Notre Eglise" de ce mois de décembre, Mgr Aillet écrit :
"Nous vivons une situation inédite qui ne laisse pas d’inquiéter. Sans doute traversons-nous une crise sanitaire sans précédent, pas tant par l’ampleur de l’épidémie que par sa gestion et son impact sur la vie des personnes. La peur, qui s’est emparée de beaucoup, est entretenue par le discours anxiogène et alarmiste des pouvoirs publics, relayé en boucle par la plupart des grands médias. Il en résulte une difficulté croissante à réfléchir, un manque de recul évident par rapport aux événements, un consentement quasi généralisé des citoyens à la perte de libertés pourtant fondamentales. Au sein de l’Eglise, on observe des réactions pour le moins inattendues : ceux qui dénonçaient naguère l’autoritarisme de la Hiérarchie et contestaient systématiquement son Magistère, en particulier en matière de morale, se soumettent aujourd’hui sans sourciller à l’Etat, semblant perdre tout sens critique, et s’érigent en moralisateurs, culpabilisant et dénonçant sans appel ceux qui osent poser des questions sur la doxa officielle ou défendre des libertés fondamentales. La peur n’est pas bonne conseillère : elle conduit à des attitudes inconsidérées, elle monte les gens les uns contre les autres, elle génère un climat de tension, voire de violence. Nous pourrions bien être au bord de l’explosion !

Voir, juger, agir : ces trois étapes, bien connues de l’Action catholique et présentées par le Pape saint Jean XXIII, dans son encyclique Mater et Magistra, comme caractéristiques de la réflexion sociale de l’Eglise, pourraient bien éclairer la situation de crise que nous traversons.
(...)
Agir. L’Eglise n’est pas obligée de s’aligner sur un discours officiel réducteur et bégayant, encore moins à se faire la courroie de transmission de l’Etat, sans manquer pour autant au respect et au dialogue ni appeler à la désobéissance civile. Sa mission prophétique, au service du Bien commun, c’est d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur ces détresses graves liées directement à la gestion de la crise sanitaire. Certes, il faut soutenir les personnels soignants et secourir les malades – la prudence dans l’application des gestes-barrières fait partie de l’effort national qui incombe à tous –, mais sans imputer trop hâtivement aux citoyens la responsabilité de leur détresse. En ce sens, il faut saluer le professionnalisme des personnels de santé qui se dévouent auprès des malades, et encourager la générosité des bénévoles qui s’engagent au service des plus démunis, et où les chrétiens sont souvent aux avant-postes. Il faut encore faire entendre les justes revendications de ceux qui sont brimés dans leur travail, je pense aux artisans et aux commerçants, et savoir dénoncer une inégalité de traitement en n’ayant pas peur de relativiser l’argument sanitaire brandi de manière insistante pour fermer les petits commerces et interdire les célébrations cultuelles publiques, alors que les écoles, les grandes surfaces, les marchés, les transports en commun sont restés actifs avec des risques potentiellement plus grands de contamination. Quand l’Eglise plaide pour la liberté de culte, elle défend toutes les libertés fondamentales qui ont été confisquées de manière autoritaire, même si c’est temporaire, comme celles d’aller et de venir, de se réunir pour travailler au Bien commun, de vivre du fruit de son travail, de mener ensemble une vie digne et paisible.

S’il faut « rendre à César ce qui est à César », il faut aussi « rendre à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21), et nous n’appartenons pas à César mais à Dieu ! C’est le sens du culte rendu à Dieu qui rappelle à tous, même aux non croyants, que César n’est pas tout-puissant. Et il faut cesser d’opposer dialectiquement le culte rendu à Dieu, inscrit dans les trois premières paroles du Décalogue, à l’amour du prochain : ils sont inséparables, et celui-ci s’enracine dans celui-là ! Pour nous, catholiques, le culte parfait passe par le Sacrifice du Christ, rendu présent dans le Sacrifice eucharistique de la Messe que Jésus nous a commandé de renouveler. C’est en nous unissant physiquement et ensemble à ce Sacrifice que nous pouvons présenter à Dieu « notre personne tout entière en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour nous, la juste manière de lui rendre un culte » (Rm 12, 1). Et s’il est véritable, ce culte s’accomplira nécessairement dans la passion du bien d’autrui, la miséricorde et la recherche du Bien commun. Voilà pourquoi il est prophétique et impérieux de défendre la liberté de culte. Ne nous laissons pas voler la source de notre Espérance !

Rappelons que dimanche dernier, plus de 150 paroissiens (dont beaucoup de jeunes) avaient renouvelé leur action de la semaine précédente devant le porche de la cathédrale de Bayonne afin de réclamer le retour de la Messe : "notre devoir de laïc est de manifester pour revendiquer ce droit à la messe, parallèlement aux multiples actions menées par nos prêtres et nos évêques.
Monsieur le Premier ministre, vous l’avez dit lors de l’hommage rendu aux victimes de Notre-Dame de l’Assomption à Nice : « Aucune célébration religieuse n’est une offense dans une république laïque qui respecte la religion pour ce qu’elle est : l’expression d’une conviction intime, et qui en garantie la pratique pour ce qu’elle est, l’exercice d’une liberté fondamentale. Sur cette liberté, la république ne transige pas. »
En ce sens, animés par un profond sentiment d’injustice, nous considérons qu’interdire les messes est une rupture sans précédent d’égalité, et va à l’encontre du principe de liberté de culte, inscrite dans la constitution et dont le gouvernement est garant. On veut la Messe !

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