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Cinéma
Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola Première partie (suite)
Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola Première partie (suite)

| Jean-Louis Requena 1282 mots

Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola Première partie (suite)

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Robert Duvall dans "Apocalypse Now" ©
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Le tournage d'Apocalypse Now ©
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Un tournage apocalyptique (mars 1976 à décembre 1976)

Le casting est bouclé fin 1975 à Hollywood. Francis Ford Coppola s’installe aux Philippines le 1 er mars 1976 avec sa femme Eleanor, ses trois enfants, Roman, Gian-Carlo, Sofia, et son équipe de tournage. Son chef décorateur habituel, Dean Tavoularis (1932) est déjà sur place avec une importante équipe de philippins pour construire les énormes décors, en dur, des différentes scènes. Les principaux décors sont distants de dizaines de kilomètres : il faut cheminer de l’un vers l’autre par des routes boueuses ou mieux par hélicoptères. Outre Coppola et sa famille, les américains sont nombreux : producteurs exécutifs, financiers, décorateurs, cascadeurs, etc. Pour l’image le chef opérateur Vittorio Storaro (1940), un génie de la lumière, qui a éclairé tous les films de Bernado Bertolucci (Le Conformiste, Le Dernier Tango à Paris, 1900, etc.) et son équipe « familiale » sont italiens : ils ne parlent un mot d’anglais ! Enfin une énorme troupe de philippins à la fois manouvriers et à l’occasion, figurants (les montagnards « Ifugaos »). 
Le 20 mars 1976 est le jour du « premier tour de manivelle ». Afin d’intéresser sa femme qui s’ennuie, selon ses dires, Francis lui demande de filmer le tournage d’Apocalypse Now avec une camera 16 mm et un assistant pour les financiers des United Artists lesquels rapidement s’inquiètent de l’énormité de l’entreprise. Eleanor, un peu esseulée, décide, en outre, de rédiger le journal du tournage : Notes on the Making of Apocalypse Now.

A la mi-avril à la vision des rushes (développés aux États-Unis et visionnés à Manille !) Francis F. Coppola et ses adjoints décident de se séparer de l’acteur principal Harvey Keitel (1939) qui selon eux ne correspond pas au personnage du capitaine Willard. Le tournage est interrompu. Francis F. Coppola part à Los Angeles afin de trouver un nouvel acteur : son choix se porte sur Martin Sheen (1940). Francis F. Coppola a décidé, par souci d’authenticité, contre l’avis de son entourage, de tourner son film aux Philippines pour deux raisons. Primo, les paysages ressemblent à ceux du Viet Nam (où il n’est pas possible de travailler). Secundo, l’armée américaine a rétrocédé en quittant le Viêt Nam, au régime anti-communiste du Ferdinand Marcos énormément de matériel militaire dont des hélicoptères, des chars, des camions, bateaux, etc. Lors de la pré production, Francis F. Coppola avait essuyé un refus poli, mais ferme, de l’administration américaine (Donald Rumsfeld, secrétaire à la défense) de l’aider en quoi que ce soit (matériel, homme, transport, etc.), d’où son « deal » avec Ferdinand Marcos.

L’équipe commence par enregistrer les scènes spectaculaires (attaque des hélicoptères) afin de rassurer les banquiers sur la qualité du film, soi-disant de guerre. La mise en place des scènes d’attaque sont complexes car les hélicoptères (Bell UH-1 dit Huey) disparaissent et réapparaissent aux grès des avantages financiers consentis aux pilotes et aux péripéties de la guérilla que combat l’armée de Marcos contre des « rebelles communistes ». Malgré ces contraintes, les rushes sont spectaculaires et Martin Sheen (Capitaine Willard) s’est parfaitement investi dans son rôle.

Fin mai le typhon Olga, d’une rare violence, détruit les décors pourtant éloignés les uns des autres. Le tournage doit être interrompu pour réparer les dégâts. Début juin le premier volet du tournage s’achève.

Les prises de vues reprennent début août 1976. En attendant l’arrivée de Marlon Brando (Colonel Kurtz) Francis F. Coppola multiplie les scènes sur le patrouilleur avec les cinq soldats à bord. En septembre 1977, Marlon Brando (1924/2004) arrive sur le set. C’est la stupeur : il est obèse (120 kilos) alors qu’il avait promis de maigrir (le colonel Kurtz est un homme en forme des bérets verts !). De surcroît malgré sa promesse il n’a pas lu le roman de Joseph Conrad (Au cœur des ténèbres) dont le film s’inspire ! Mais son contrat est en béton : 3 semaines de tournage pour 3 millions de $. Patiemment tous les jours le réalisateur et Martin Sheen décortiquent avec l’acteur les scènes à jouer. Marlon Brando traine, pose de nombreuses questions sur son personnage, retarde sciemment le tournage : tout dépassement lui est profitable. Il retarde sa prestation, affirmant qu’il ne comprend pas le personnage. Le dénouement, au bout d’une semaine d’atermoiement, vient du directeur de la photo, Vittorio Storaro qui instille l’idée de photographier le colonel Kurtz dans la pénombre avec très peu de lumière. Les scènes dans le repaire de Kurtz avec Marlon Brando, Martin Sheen (capitaine Willard) et Denis Hopper (le journaliste-photographe halluciné) peuvent commencer. Marlon Brando qui ne veut pas apprendre de texte, improvise de longs monologues dont peu seront insérés dans le montage final.

Fin décembre 1976 pour Noël, Francis F. Coppola et toute sa famille ainsi que son équipe américaine retourne au États-Unis. Sa femme Eleanor a tenu un journal de bord, filmé de temps à autre avec sa caméra 16 mm des scènes de mise en place sur les différents plateaux, les dégâts causés par le typhon Olga, des repas d’anniversaires de son mari ou des membres de l’équipe, etc. Sous la pression, Francis F. Coppola de plus en plus mégalomane, nerveux, colérique, provoque une longue crise conjugale … De surcroit Apocalypse Now a pris par la multiplication de scènes, une structure floue, que le réalisateur ne maitrise plus : il n’a pas de fin plausible ou plutôt trop de fins possibles (5 sont envisagées !).

Suite et fin du tournage apocalyptique (mars 1977 à juin 1977)

En mars 1977, après une interminable saison des pluies, Francis F. Coppola sa petite famille et son équipe retournent aux Philippines pour tourne des scènes additionnelles. Aux États-Unis trois pools de montage (images et sons) ont commencé à traiter la phénoménale quantité de rushes. A Manille, le 5 mars 1977, épuisé par la chaleur, son entrainement physique, les exigences du réalisateur (scènes dans la chambre à Saigon), ses excès (boissons, drogues) Martin Sheen (36 ans) s’écroule : crise cardiaque. C’est la panique. Le réalisateur tente de celer l’information pour ne pas alerter le studio United Artists aux États-Unis qui pourrait alors interrompre le film. Fou de rage, le réalisateur se déclare aux bords du suicide, d’autant que tout part à vau-l’eau avec Eleanor. Il engage une doublure : le frère de Martin Sheen, Joe Estevez, afin de ne pas interrompre le tournage en attendant le retour de l’acteur principal. Celui-ci revient en forme le 19 avril et le tournage peut s’achever, enfin, le 21 mai 1977.

Le tournage a duré 238 jours repartis sur 2 ans. Trois équipes de montage travaillent sur près de 300 heures de pellicules imprimées avec peu de prises de son direct. Le budget est passé à 31 millions de dollars. Francis Ford Coppola rentre aux États-Unis avec 40 kilos en moins et une crise conjugale qui perdure et s’aggrave.

Un génie de l’image et du son va faire face à l’énormité de la tâche : Walter Murch (1943). Il dirige les équipes chargées du montage et travaille en particulier la bande son qui sera en Dolby stéréo dans la version originale. C’est une tache immense qui va demander 2 ans de travail acharné aux pools des monteurs, face aux hésitations de Francis F. Coppola qui modifie, puis rétablit, partiellement, la structure narrative du récit onirique « idiodissey », en particulier sa conclusion. La rumeur hollywoodienne affirme qu’Apocalypse Now est « immontable » ; que l’histoire de 5 militaires américains navigant sur une petite embarcation ne tient pas debout face à l’énormité de l’argent dépensé. United Artists, la société de distribution américaine qui a (en partie) soutenu le réalisateur prend peur et contracte une assurance de 15 millions $ en cas de suicide du réalisateur au bord du gouffre. En effet, outre ses graves problèmes personnels, Francis Ford Coppola a engagé tous ses biens afin de terminer le film.

Fin de la première partie (à suivre la semaine prochaine…)

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"Apocalypse Now" de Francis Ford Coppola ©
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