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Livre
« Terre-vigie » de Marie-Thérèse d’Arcangues © DR - Marie-Thérèse d’Arcangues

| Alexandre de La Cerda

« Terre-vigie » de Marie-Thérèse d’Arcangues

« L'odeur du bois, le vent frondeur, les montagnes violines, les vols dissidents ; oiseaux d'un seul automne qui ne repasseront plus. Visages familiers dont je ne connais pas le nom, m'observent d'un regard vide, guettent ma chute. Ma tête s'enraye. Il ne fallait pas revenir, je ne suis plus de leur temps ; il faudrait rester goûter leur silence ». C'est "Mon pays", celui de Marie-Thérèse d’Arcangues, et le village dont sa famille porte le nom (ou l'inverse) depuis un millénaire, où "le soir résonne de sons de clochettes, des brebis autour de la maison, un ciel immobile tait l'avenir, tout paraît calme, un arbre sculpte les coteaux, un chien aboie dans le lointain..."
Mais « Terre-vigie », son recueil de poèmes, s'inspire également des voyages de l'auteur et des artistes qu'elle admire : Marina Tsvetaeva, Anna Akhmatova et d'autres poètes russes, à qui elle a dédié plusieurs de ses poèmes, ainsi que Paul Eluard et Guillaume Apollinaire ; elle fut encore la pierre angulaire, avec Pierre Espil, des « Poètes de l'Adour », où l’on croisait alors Louis Guillaume, Alain Lamassoure, Francine et André Rabas, ainsi que Paule Duhar.
Destinée hors du commun que celle de Marie-Thérèse d’Arcangues, née en 1931 à l'ambassade de Bolivie à Paris ! Mais depuis son plus jeune âge, elle a vécu au château familial à Arcangues, un des "plus beaux villages du Pays Basque", bien embelli par ses ancêtres.
D'une mère chanteuse d'Opéra et d'un père poète et écrivain, elle a hérité la passion pour les Arts et les Lettres, côtoyant les plus grands artistes et écrivains de son temps : Jean Cocteau (qui créa à Biarritz en 1949, avec le père de Marie-Thérèse, le "Festival du Film maudit", point de rencontre entre deux générations de cinéastes, parmi les plus créatifs de l’histoire du cinéma français : François Truffaut, Jacques Rivette ou encore Eric Rohmer), Saint-John Perse, Jean Giono, Jean et François Hugo, et des célébrités de la scène et de l'écran.
Marquée par le sort tragique de son frère aîné Michel, disparu mystérieusement en mer la nuit du 1er février 1946, elle a développé une grande sensibilité.
Dans le "Chant de l'Absent", Marie-Thérèse d’Arcangues ressent :
"Ce tumulte de la mer
Jour après jour, ne l'ai-je écouté
Sans en apprivoiser le sens,
Silence du ressac en répons d'alarme,
Le dieu qui y pourvoie
Ne brasse que du vide."
Et à propos de cet "Absent", elle clame :
"Mais nul comme lui n'aura payé
Le prix du sang,
Ni gagné,
Personne ne vaincra
Les choses ne sont plus à leur place
Puisqu'une voix s'est tue."

Sous l’égide de Dora Maar, la photographe et artiste peintre, muse de Pablo Picasso, qui s’était intéressée à Marie-Thérèse d’Arcangues, et de Céline Pujol, la réalisatrice et "performeuse" qui avait présenté l’année dernière à Arles les "Poèmes dansés" de Dora Maar, l’œuvre poétique de la sœur de Guy d’Arcangues, celle d’une vie, a commencé d’être publiée précisément à Arles. Elle révèle une femme libre qui, dans ses précipités de mots comme dans sa vie atypique, a su faire fi des jugements et autres carcans. Férue d’art et de musique, amie de la famille d’Ermend Bonnal et de Nicolas Bacri, elle a récemment encore fait don au Musée Basque de trois dessins de Ramiro Arrue pour le ballet basque « Shorlekua » dont l’auteur du livret était son père Pierre d’Arcangues

« Terre-vigie » de Marie-Thérèse d’Arcangues, collection Orfeo de l'éditeur Portaparole, 228 pp 18 € ( à la librairie Bookstore à Biarritz, Fnac et sur Amazon).

Légende : DR - Marie-Thérèse d’Arcangues

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