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Cinéma
Réflexions d'un cinéphile confiné : Jean Renoir, le Patron (1)
Réflexions d'un cinéphile confiné : Jean Renoir, le Patron (1)

| Jean-Louis Requena

Réflexions d'un cinéphile confiné : Jean Renoir, le Patron (1)

Enfance et Première Guerre Mondiale

Jean Renoir naît en septembre 1894, à Paris, Quartier Montmartre. Son père n’est autre que le grand peintre impressionniste Auguste Renoir (1841/1919) que ses amis surnomment « le Patron ». Plus tard, Jean Renoir devenu un immense cinéaste sera lui aussi surnommé « Le Patron » par ses thuriféraires des « Cahiers du Cinéma » antichambre littéraire de la « Nouvelle Vague » (François Truffaut, Jacques Rivette, Éric Rohmer, etc.). Il a été précédé d’un frère ainé, Pierre Renoir (1885/1952) qui sera un grand comédien et suivi de Claude (1901/1969) artiste céramiste. Pour l’heure, leur mère Aline (1859/1915) fait venir de son village natal, Essoyes (Aube), une jeune paysanne Gabrielle Renard (1878/1959) qui sera la muse du peintre, un modèle. Elle s’occupera de Jean enfant, et le suivra tout au long de sa vie mouvementée. Auguste Renoir exécutera de nombreux tableaux de Gabrielle et Jean. 

Jean Renoir, fils à papa fortuné, (les tableaux, nombreux, de son père se vendent fort cher ; il s’ennuie, paresse, poursuit des études médiocres jusqu’à son baccalauréat. En février 1913, à 17 ans, il s’engage au 1er Régiment de Dragons : la cavalerie étant alors une arme prestigieuse. Le 2 août 1914 la Première Guerre Mondiale éclate. Entretemps, Jean Renoir, muté chez les chasseurs alpins, est gravement blessé à la jambe (avril 1915). Cette même année, Aline Renoir, sa mère à la santé chancelante, meurt. Durant sa longue convalescente auprès de sa famille, Jean fréquente assidûment les salles obscures. Il y découvre un art jusqu'alors méprisé : le cinématographe. Il y décèle trois grands maîtres de la nouvelle industrie cinématographique américaine : l’américain David W. Griffith (1875/1948), l’anglais Charles Chaplin (1889/1977), et l’autrichien Erich von Stroheim (1885/1957). En 1916, il est à nouveau mobilisé mais compte tenu de sa blessure (il boitera désormais), il est versé dans une unité de reconnaissance aérienne. Ainsi, il s’initie à la photographie.

Démobilisé en octobre 1919, il retourne chez son père qui vit à Cagnes-sur-Mer (Alpes Maritimes) au domaine dit « Les Collettes » acheté en 1903. Auguste Renoir décède en décembre 1919 léguant à ses trois garçons une immense fortune : lors de l’inventaire après la mort du peintre, plus de 700 toiles et dessins ont été répertoriés dans diverses réserves. Avec son jeune frère Claude, il s’initie quelques temps à la céramique. Une jeune femme, Andrée Heuschling (1900/1979), dernier jeune modèle de son père, à la « beauté insolite », l’attire. Cette sylphide ambitieuse est fascinée par le cinéma. En 1920, Jean Renoir l’épouse. Ils mènent  une vie insouciante de fêtes et de plaisirs.

Début peu prometteur : le cinéma muet (1924-1930)

Homme fortuné, sous les doléances de sa femme devenue à l’écran Catherine Hessling, et aidé d’un ami Pierre Lestringuez, il réalise son premier film muet : "La Fille de l’eau" (1925). Malgré l’accueil mitigé de son premier opus, il récidive dès l’année suivante avec un long métrage (150 minutes) adaptation du célèbre roman éponyme d’Émile Zola dont il a acheté les droits : "Nana" (1926). Ce film ambitieux dont le personnage principal, Nana, est interprété par sa femme, Catherine Hessling, est un sévère échec commercial. Son cinéma est influencé par deux grand maîtres de l’expressionisme allemand : Friedrich W. Murnau (1888/1931) et Fritz Lang (1890/1976). Producteur, il est obligé de vendre plusieurs tableaux de son père pour financer le film. En 1928, il tourne un court métrage avec sa femme : "La Petite Marchande d’allumettes" (29’) d’après le conte d’Hans Christian Andersen. Ce sera leur dernier film ensemble. Il se sépareront définitivement en 1930. Alain (1921/2008) sera leur unique enfant.

En 1927, Jean Renoir fait de la figuration dans un film du réalisateur brésilien Alberto Cavalcanti (1897/1982) "La P’tite Lili" pour aider Catherine Hessling. Par extraordinaire il rencontrera durant ce tournage deux jeunes femmes qui compteront dans sa vie : Marguerite Houllé (1906/1987), et la jeune brésilienne Dido Freire (1907/1990). Jean Renoir enchaîne avec "Tire au flanc" (1928), vaudeville troupier avec Michel Simon (1895/1975), "Le Tournoi dans la cité" (1928), drame historique au temps des Valois. En 1929, à la demande du Gouvernement Général d’Alger, il réalise en Algérie "Le Bled" (104’) dans le cadre de la commémoration du centenaire de la prise d’Alger (1830).

Début du cinéma parlant (1931-1933)

Le 6 octobre 1927, produit par la Warner Bros Picture est projeté sur les écrans américains le premier film parlant de l’histoire du cinéma : "The Jazz Singer" (Le Chanteur de jazz). C’est une révolution qui relance l’industrie cinématographique américaine défaillante. Cependant, les films parlant nécessitent, pour leur fabrication et leurs exploitation, des investissements énormes. : studios insonorisés, systèmes de captation et de restitution du son onéreux. Le nouveau système lourd, contraignant, budgétivore, phagocyte la créativité des réalisateurs et donc la mise en scène. De grands metteurs en scène américains (Charles Chaplin, Buster Keaton, etc.), français (Marcel l’Herbier, Abel Gance, René Clair, etc.) vont s’élever unanimement contre cette nouveauté qui ravit les industriels (billetterie) mais pas les créatifs : le cinéma deviendra « le théâtre du pauvre ».

Jean Renoir par contre voit dans ce nouveau média une opportunité. Il adapte avec Jacques Prévert (1900/1977) la pièce de Georges Feydeau : "On purge bébé" (1931), moyen métrage (40’) avec Michel Simon en fonctionnaire cauteleux. C’est un grand succès que Jean Renoir a « mis en boîte » en quelques jours ! Dopé par la réussite de son moyen métrage, Jean Renoir trouve des financements pour mettre en chantier son deuxième film parlant : "La Chienne" (1931) adapté par ses soins du roman éponyme de Georges de la Fouchardière. Il engage un grand chef opérateur, Théodor Sparkuhl qui a travaillé en Allemagne avec Georg W. Pabst (1885/1967) et Ernst Lubitsch (1892/1947) et un ingénieur du son français qui le suivra durant toute sa carrière : Joseph de Bretagne (1901/1986). Jean Renoir privilégie le son direct capté durant le tournage. Le film par son sujet, un petit bourgeois Maurice Legrand (Michel Simon) martyrisé par sa femme et abusé par une autre de petite vertu, Lulu (Janie Marèse) elle-même manipulée par un petit voyou, Dédé (Georges Flamant), est très en avance sur son temps. C’est le premier chef d’œuvre de Jean Renoir. Il est projeté avec succès, malgré son « avis au public » au Cinéma Le Royal de Biarritz (propriété à l’époque de Léon Siritzky, émigré russe). Ce long métrage (91’) est par son écriture cinématographique d’une modernité étonnante malgré les contraintes techniques de l’époque (mouvements d’appareils, prises de son direct, jeux des comédiens, etc.).

Jean Renoir enchaîne avec "La Nuit du carrefour" (1932) drame policier d’après le roman éponyme de Georges Simenon (1903/1989), alors quasi inconnu. Le commissaire Maigret est joué par le frère du réalisateur, Pierre Renoir, dont c’est le premier film parlant. La monteuse de ce film est Marguerite Houllé avec qui il vit désormais. Dorénavant, elle se fera appeler Marguerite Renoir sans jamais avoir été mariée avec le réalisateur. Jacques Becker (1906/1960), futur grand cinéaste, entame ici avec « Le Patron » sa longue carrière de 1er assistant. Le troisième film parlant de Jean Renoir est un échec commercial.

Avec l’aide de Michel Simon, Jean Renoir se lance dans la réalisation d’une comédie de mœurs : "Boudu sauvé des eaux" (1932), d’après la pièce de René Fauchois. Boudu, un clochard pittoresque (Michel Simon), dégoûté par la société, se jette dans la Seine depuis le Ponts des Arts près de la librairie d’Édouard Lestingois (Charles Granval) un bourgeois sympathique qui le sauve de la noyade. Boudu sauvé, hébergé par la famille du libraire, va faire les 400 coups. C’est une comédie satirique (81’) d’une grande liberté de ton, un peu lubrique, vulgaire, mais amusante avec des trouvailles techniques (longues focales) qui libèrent le récit de son carcan théâtral.

L’année suivante, en 1933, Jean Renoir adapte une pièce de Roger Ferdinand dont il fait le film "Chotard et Cie" (83’) qui ne marque pas de progrès notables par rapport au précédent et n’aura pas de succès malgré la présence de Fernand Charpin (le Panisse de Marcel Pagnol !) dans le rôle-titre.

Gaston Gallimard (1881/1975), fondateur des « Éditions Gallimard », cherche à produire un film grâce à sa nouvelle société « Nouvelle Société de Films » pour sa compagne l’actrice Valentine Tessier. Il jette son dévolu sur Jean Renoir qui adapte le célèbre roman de Gustave Flaubert : "Madame Bovary" (1933). De grands moyens sont mis à la disposition du metteur en scène qui outre son équipe habituelle (Jacques Becker, Marguerite Renoir) dispose d’un grands chef opérateur (Jean Bachelet) et d’une musique composée par Darius Milhaud (1892/1974). Son frère, Pierre Renoir joue Charles, le mari d’Emma Bovary. Le montage original qui durait 3 heures a été ramené à 2 heures. Le film sort à Paris début janvier 1934. Il est rapidement retiré de l’affiche.

Le 6 févier 1934, une manifestation antiparlementaire est organisée devant la Chambre des Députés par des groupuscules de droite, des associations d’anciens combattants et des ligues d’extrême droite pour protester contre le limogeage du Préfet de Police de Paris, Jean Chiappe, suite à l’affaire Stavisky (escroquerie au Crédit Municipal de Bayonne). Place de la Concorde, La manifestation dégénère : les forces de l’ordre tirent…Des morts et des blessées. De nouvelles manifestations (de gauche) auront lieu les 7, 9 et 12 février. C’est une crise politique profonde qui met à mal la Troisième République.

La compagne de Jean Renoir, Marguerite Houllé/Renoir est une fervente communiste. Elle entraîne son compagnon vers le Parti Communiste, lui à priori de sensibilité droitière, comme du reste sa famille (Auguste Renoir était antidreyfusard).

Période réaliste et engagement politique (1935-1939)

"Toni" (1935), est un scénario original que Jean Renoir va rédiger à partir d’un fait divers. Immigré italien, Antonio, dit Toni (Charles Blavette) a trouvé du travail à Martigues. Il vit avec Marie (Jenny Hélia) mais tombe amoureux de la belle espagnole, Josefa (Célia Montalvan) dont l’oncle est un propriétaire prospère. Josefa épouse Albert (Max Dalban) qui se montre cupide et violent…Jean Renoir avec Luchino Visconti (1906/1976) en qualité de 1er assistant, filme dans des décors naturels, arides, avec des moyens limités ce drame social. Le matériel, les techniciens, sont ceux des Studios Marcel Pagnol de Marseille. C’est une œuvre marquante, sans fard, âpre, tant par son sujet que par la « tournaison » (expression de Jean Renoir qu’il préférait à tournage) en décors naturels (les collines, la garrigue). Le film est considéré, à juste titre, comme le précurseur du néoréalisme italien.

L’opus suivant, "Le Crime de monsieur Lange" (1936) sorti sur les écrans en janvier 1936, juste avant les élections législatives de mai 1936 qui porteront le Front Populaire au pouvoir, est tout l’inverse du précédent : tourné en studio. Le « personnage principal » est une cour d’immeuble où toutes les actions se déroulent. Scénario original de Jean Renoir et Jacques Prévert : un patron véreux d’une société d’édition, Paul Batala (Jules Berry, grandiose), cherche à « rouler » tout le monde y compris ses employés. Mais ces derniers, surtout Amédée Lange (René Lefèvre) ne se laissent pas manipuler. C’est dans l’air du temps et c’est enfin un succès populaire.

En 1936, Jean Renoir ne réalise pas moins de trois films : "La vie est à nous" (62’) moyen métrage financé par le Parti Communiste Français à partir de collectes effectuées lors des meetings (nombreux !) du PCF. Tous les dirigeants importants du parti y figurent : Maurice Thorez, Jacques Duclos, Marcel Cachin, Paul Vaillant-Couturier, etc. C’est un documentaire de propagande mais cela reste par la beauté des images et le montage inspiré (Marguerite Renoir !) un beau document d’époque. "Partie de campagne" (40’) moyen métrage tourné en extérieur durant l’été pluvieux de 1936. Scénario et dialogue de Jean Renoir d’après une nouvelle de Guy de Maupassant (Une partie de campagne). C’est un hymne à la sensualité, à la nature, à la liberté, illustré par une multitude de plans composés qui rappellent l’œuvre picturale de son père durant sa grande période impressionniste. Ce film, jamais achevé (intempéries ?), a été montré au public pour la première fois en…1946. "Les Bas-fonds" (95’) adaptation d’après la pièce éponyme de Maxime Gorki (1868/1936). Les deux acteurs principaux sont Jean Gabin (Pepel Wasska, un cambrioleur) dont c’est la première apparition dans un film de Jean Renoir et Louis Jouvet (le baron ruiné) issus de l’univers théâtral.

En 1937, Jean Renoir et Charles Spaak rédigent un scénario original : "La Grande Illusion" (114’) à partir semble-t-il des souvenirs du réalisateur lors de la Grande Guerre dans l’aviation. L’avion du lieutenant Maréchal (Jean Gabin) et du capitaine de Boëldieu (Pierre Frenay) est abattu par le commandant von Rauffenstein (Erich von Stroheim). Les deux officiers sont envoyés en captivité. Après plusieurs tentatives d’évasion, ils sont transférés dans une place fortifiée ou ils retrouvent von Rauffenstein devenu infirme après de graves blessures de guerre. Les deux officiers français ainsi que leur nouveaux collègues de captivité vont tenter de s’évader…Le long métrage est empreint d’une grande humanité. Il décrit avec retenue la fin d’un monde, celui des aristocrates (de Boëldieu, Von Rauffenstein) et l’émergence du peuple (Maréchal, l’ouvrier). C’est un film choral. Tous les personnages fussent-ils secondaires sont magnifiquement dessinés : Rosenthal, le banquier juif (Marcel Dalio), Cartier, l’acteur (Julien Carette), l’instituteur (Jean Dasté), etc. Le film obtient un succès colossal en premier lieu national puis international. A la Mostra de Venise 1937 il obtient la coupe Volpi du Jury international. Jean Renoir reçoit des propositions d’Hollywood…

Jean Renoir est au sommet de sa popularité. Toujours influencé par sa compagne, il est sympathisant du Parti Communiste Français sans y adhérer malgré les pressions exercées par les intellectuels du parti. Il entame la « tournaison » de la "Marseillaise" (135’) grâce a une souscription publique de la CGT (Confédération Générale du Travail) alors « courroie de transmission » du PCF dans le monde du travail. C’est un film en costumes du XVIII ème siècle, donc cher. Le budget prévisionnel (18 millions de francs) est difficile à boucler. Jean Renoir filme une grande fresque autour de Versailles (les nobles) et le petit peuple de Marseillais montant vers Paris. C’est un film d’une grande modernité de ton, d’une liberté narrative étonnante (Jean Renoir a participé étroitement au scénario), ou il n’y a pas d’approche manichéiste (les figures révolutionnaires sont absentes : Robespierre, Danton, Marat, etc.). Louis XVI (Pierre Renoir) est un roi bon enfant dépassé par les évènements… Le film projeté en février 1938 n’a aucun succès. Un critique vachard écrit « La Marseillaise est la victoire du communisme sur le cinéma. Victoire à la Pyrrhus ».

« La Bête humaine » (1938) est une adaptation du roman éponyme d’Émile Zola (le second après Nana) de la fresque romanesque : « Les Rougon-Macquart ». Jacques Lantier (Jean Gabin) est chauffeur sur la « Lison », locomotive qui fait le trajet Paris le Havre. Fin d’une lignée d’alcooliques et de dégénérés, il subit des pulsions meurtrières qu’il tente de maîtriser. Au Havre, il rencontre le sous-chef de gare Roubaud (Fernand Ledoux) et sa femme Séverine (Simone Simon). Autour de ce trio, un drame se noue. Le film est magnifiquement photographié par le chef opérateur allemand Curt Courant (1899/1968) qui a déjà travaillé avec Fritz Lang et Alfred Hitchcock. Les mouvements de caméra sont discrets mais participent à la dramaturgie du récit. Simone Simon (1911/2005) de retour d’Hollywood est formidable de perversité innocente dans le rôle de Séverine. Jean Gabin (1904/1976) au jeu minimaliste, presque toujours chuchotant incarne un Jacques Lantier livré à ses démons intérieurs qu’il tente d’apaiser. Cette œuvre ponctue, également, la fin de l’histoire entre Jean Renoir et sa compagne Marguerite Houllé/Renoir. Désormais, une autre femme la remplace : la brésilienne Dido Freire.

Jean Renoir reprend un projet qui lui tenait à cœur depuis longtemps : écrire et produire un « drame gai » autour des pièces Marivaux, de Beaumarchais et d’Alfred de Musset ("Les Caprices de Marianne"). Ce sera "La Règle du Jeu" (1939). Le scénario est rédigé avec son collaborateur Carl Koch (1892/1963) d’origine allemande. La préproduction et la « tournaison » se dérouleront, selon les mots du scénariste/réalisateur, entre les accords de Munich (septembre 1938) et la veille de la guerre (juin 1939). L’aviateur Jean Jurieux (Roland Toutain) vient de battre le record de la traversée de l’Atlantique. Il est accueilli par son vieil ami Octave (Jean Renoir). L’aviateur est triste car la femme mariée qu’il aime Christine de La Chesnaye (Nora Gregor), d’origine autrichienne, n’est pas venue. Son mari le Marquis de La Chesnaye (Marcel Dalio) décide d’emmener tout son petit monde (amis, domestiques) en Sologne dans son domaine « La Colinière »…Jean Renoir porte un regard caustique, mais aussi humaniste, sur le monde des aristocrates (vrais…et faux) et sur celui du peuple (les domestiques, le garde-chasse, le braconnier). Le monde d’en haut et le monde d’en bas. Dans le château de « La Colinière », nombre de personnages se déplacent dans un ballet incessant. C’est un film choral ou n’émerge jamais un personnage : tous ont leur importance dans l’histoire. Leurs personnalités semblent se développer au fur et à mesure du déroulement des intrigues. Le public de l’époque a été déconcerté par l’apparente déconstruction du récit. Dès les premières projection publiques (juillet 1939) des coupures ont été faites qui ont finit par rendre le film incompréhensible. Le 24 ème opus de Jean Renoir est un échec commercial total. La version, enfin restaurée, fera un triomphe à la Mostra de Venise en…1959.

Désemparé par le « four » de son dernier opus, Jean Renoir accepte (août 1939) la proposition de Vittorio Mussolini de réaliser en Italie "La Tosca" d’après la pièce de Victorien Sardou. Il ne met en scène qu’une séquence et quitte définitivement Rome (mai 1940) en laissant le soin a son adjoint Carl Koch, le soin de terminer le film. En juillet 1940, il obtient un visa de travail pour les États-Unis et après bien des rebondissements arrive à Lisbonne où il embarque avec Dido Freire pour Les États-Unis. Sur le bateau, le « Siboney », qui transporte tant bien que mal 340 passagers, il fraternise avec l’aviateur écrivain Antoine de Saint Exupéry (1900/1944). Ensemble, ils projettent d’élaborer un scénario à partir du dernier roman de Saint Exupéry : « Terre des hommes » (1939). Le projet sera sans suite. Le 31 décembre 1940, Jean Renoir et Dido Freire arrivent à New-York. Il a 46 ans. 

(à suivre)

Légende : Pierre-Auguste et Jean Renoir, vers 1916

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