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Tradition
Retour sur l'exposition des Basques américains de Zoé Bray au Musée Basque © Zoé Bray avec ses parents Josette et Nicholas et Yves Ugalde © DR

| Yves Ugalde

Retour sur l'exposition des Basques américains de Zoé Bray au Musée Basque

A la salle Xokoa du musée basque, dont je rappelle qu'elle est d'entrée libre à toutes fins utiles, vous attend un face à face ("Bekoz beko") qui ne vous laissera pas indifférents

Pour peu que, dans vos familles, il y ait une histoire d'émigration aux USA d'un de vos aïeuls basques plus ou moins lointains.

Chez moi, c'était otto Erramun de Bidarray. Parti berger dans le Nevada et revenu trente ans après comme s'il avait quitté la maison pour le Week-end. Sans faire plus d'histoire que ça. Et encore, celles qu'il nous racontait, il fallait les lui arracher. Il parlait un français américanisé sur les "r" et ponctuait ses phrases de "ga" de liaisons dont je n'ai vraiment jamais compris la provenance étymologique.

Zoé Bray est l'artiste anthropologue à laquelle on doit cette exposition très particulière. De 2011 à aujourd'hui, elle a peint des Basques héritiers de cette émigration ouest-américaine. Je rencontrais Zoé hier et, en conversant avec elle, je comprenais ce qui fait toute la différence de son travail. Cette jeune femme aux yeux aussi clairs que les intentions dispose d'abord des clés picturales académiques pour portraitiser dans une vérité étonnante. Mais s'ajoute à son trousseau, un intérêt très perceptible pour ce que sont les gens qu'elle peint.

Ses modèles sont des Basques de tous horizons. Certains plus urbains et plus jeunes, d'autres aux mains qui ne mentent pas sur une vie de labeur, voire de labour. Tous se livrent dans des attitudes qui ne doivent rien à une pose contrainte. Ils sont eux-mêmes. Mais à un point, plus spécialement dans leurs regards d'une vérité presque déstabilisante, que leur présence vous pénètre. Et si, de plus, il y a chez vous un de ces parcours de la diaspora du Pays Basque, un sentiment de fraternité, au pire de flou cousinage, vous envahit.

Zoé Bray n'a pas accroché des portraits à la salle Xokoa. Elle a fait beaucoup mieux, beaucoup plus fort surtout. Elle y a fait entrer des vies, des énergies vitales. Grâce à cette artiste pénétrante, on entre à Xokoa comme dans ces etxeas où trônent, souvent encadrés plutôt baroquement, des visages aimés d'ancêtres. Mais ceux de Zoé ne sont pas endimanchés pour une communion ou un mariage. Ils sont dans l'authenticité de leurs ports et tenues de tous les jours.

La modernité d'une belle brune américaine dont l'allure nous est familière ici, les mains sagement croisées d'un ancien qui se prête à la démarche sans vraiment s'y donner; tous ces "cousins" nous interrogent d'un regard presque difficile à soutenir, tellement ils semblent nous demander ce que nous faisons de nos racines dont ils restent, eux sûrement plus que beaucoup d'entre nous, les gardiens vigilants, et sans doute plus précautionneux, là-bas.

En leur faisant traverser l'océan, Zoé, elle-même à la recherche des traces de son arrière-grand-père, Bas Navarrais parti pour garder des milliers de brebis qui ne feraient jamais de fromages, l'artiste chercheuse provoque l'effet inverse à l'attendu. C'est nous qu'elle fait voyager vers cette Amérique de tous les rêves d'alors. Nous, dont elle parvient à nous confronter à une part trop vite oubliée de nous-mêmes.

Je vous préviens, votre passage par la salle Xokoa n'aura rien d'une banale visite d'expo. Les Basques qui vous y attendent ont des choses à vous dire. Il y a, dans leurs yeux surtout, des questions et beaucoup d'amour pour notre terre dont certains parlent encore la langue où nous l'avons trop souvent longtemps traitée avec désinvolture. Ils et elles ne revendiquent rien et sont des Américains heureux. Mais des Américains qui, sans en avoir l'air, et avec infiniment de bienveillance dans leurs regards si vivants, nous demandent quelques comptes…

Yves Ugalde

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