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Histoire
Retour sur le cardinal Lavigerie, ses portraits et sa statue... © DR- Portrait du cardinal Lavigerie par Léon Bonnat

| Alexandre de La Cerda

Retour sur le cardinal Lavigerie, ses portraits et sa statue...

Le 150ème anniversaire de la Société des missionnaires d'Afrique – les « Pères blancs » - nous donne l’occasion de revenir sur l’histoire de son fondateur et les représentations picturales et sculpturales du religieux bayonnais laissées à la postérité.

Rappelons d’abord que c’est au quartier Saint-Esprit, alors détaché de Bayonne, que Charles Lavigerie était né le 31 octobre 1825, de l’union, en novembre de l’année précédente, de son père Léon, contrôleur des Douanes à Bayonne, avec une jeune fille du pays, Laure Lathuile. Prénommé Charles, il sera l'aîné de quatre enfants. Il paraît que ses parents ayant été « plus voltairiens que chrétiens », voire francs-maçons, le futur cardinal devra bien plus son éducation chrétienne à deux servantes de la famille. 

En octobre 1840, à l’âge de quinze ans,il entre au petit séminaire de Larressore. Et l’année d’après, en octobre 1841, il quitte sa famille afin de poursuivre ses études à Paris. C'est là que le brillant étudiant va commencer à s'ouvrir aux grands problèmes de l'Église et du monde.

C’est d’abord le Moyen-Orient qui l’attire. En 1857, il dirige l'œuvre des Écoles d'Orient. En 1860, à la suite du massacre des chrétiens par les Druzes au Liban et à Damas, il voyage dans cette région et découvre l'histoire et la vie des communautés chrétiennes orientales. Mais c’est surtout l'Afrique qui l’attire. En effet, le futur cardinal Lavigerie est d’abord nommé archevêque d'Alger en 1867 : il se consacre alors à l'évangélisation de l'Afrique qu'il ne dissocie pas du souci humanitaire des populations. Il fonde la Société des missionnaires d'Afrique, en 1868, qui est plus connue sous le nom de ses membres : les Pères blancs. En 1881, le Saint-Siège lui confie l’archevêché de Carthage créé en Tunisie, en plus de celui d'Alger, ainsi qu’une délégation apostolique sur le Sahara et le Soudan avec le titre de primat d'Afrique. C’est alors qu’il est créé cardinal, en 1882.

Mgr Lavigerie demandera que les missionnaires s'identifient aux populations locales en adoptant leurs langue, nourriture, vêtements et logement. Notre cardinal se fait également l'apôtre de la lutte contre la traite des noirs. Appuyé par le pape Léon XIII, il obtient des gouvernements, après une tournée en Europe, la signature à Bruxelles, en 1890, d'un acte antiesclavagiste reprenant ses suggestions.

Certes, l’esclavage avait été aboli en 1848 avec Victor Schoelcher dans les colonies françaises, mais pas en terre d’Islam : il fallut attendre 1962 pour l’Arabie saoudite, 1980 en Mauritanie et l’esclavage existe encore au Soudan. Dans une conférence sur l’esclavage africain à Rome, le cardinal Lavigerie disait : « Je suis homme, l’injustice envers d’autres hommes révolte mon cœur. Je suis homme, l’oppression indigne ma nature. Je suis homme, les cruautés contre un si grand nombre de mes semblables ne m’inspirent que de l’horreur. Je suis homme et ce que je voudrais que l’on fit pour me rendre la liberté, l’honneur, les liens sacrés de la famille, je veux le faire pour rendre aux fils de ces peuples l’honneur, la liberté, la dignité ».

Mais Charles Lavigerie suivait également de près les péripéties de la politique européenne, et française en particulier. Et on rapporte que ses derniers jours furent assombris par les querelles politiques qui secouaient la France. Malgré sa déclaration de ralliement au régime de la IIIème république, ce qui lui fut beaucoup reproché par de larges secteurs de l’opinion catholique, il n’évitera pas les persécutions contre l’Eglise et les catholiques. 

Revenu une dernière fois  dans son Pays Basque natal, il parcourut Cambo, Bayonne et Biarritz avant de mourir le 26 novembre 1892 à Alger. Son nom avait d’ailleurs été donné à deux villes en Algérie. « J’ai tout aimé dans mon Afrique », avait-il déclaré dans ses Instructions de mars 1884, en insistant : « Aimez l’Afrique, aimez ses peuples en proportion de leur misère et de leur faiblesse ».

Cependant, Lavigerie disparaîtra avant de connaître la « Querelle des inventaires » qui enflamma la France et le Pays Basque en particulier en février-mars 1906.  Heureusement pour lui ! Mais à cause de l’hostilité à la religion des autorités gouvernementales, sa statue, commandée au célèbre sculpteur Falguière par un comité présidé par son ami Léon Bonnat attendit pendant 9 ans, de 1900 à 1909, dans la cour de l’hôpital de Bayonne, avant d’être placée à son endroit définitif place du Réduit. Sur une photo d’époque, on la voit dépoussiérée d’un coup de lance à incendie avant d’être dévoilée au petit matin du 28 juillet 1909…

Or Léon Bonnat peignit plusieurs portraits de son ami, à plusieurs époques. Le plus connu est celui de Lavigerie lorsqu’il était déjà cardinal : montré à l’Exposition des Beaux-Arts de 1888 (salon béarnais-basque-landais), les critiques de l’époque décrivirent « un magnifique portrait, œuvre en quelque sorte commune de deux illustres compatriotes et amis. Quelle vigueur, quel relief, quelle vie! On a pu reprocher parfois à M. Bonnat de la lourdeur, un excès de force qui assourdissait, dans les traits de ses figures, l'expression subtile de l'esprit. Ici, comme l'âme du modèle se reflète sur ce front, dans ces yeux et jusque dans cette barbe qui rappelle celle du grand prêtre Aaron. Comme on sent, comme on devine que l'artiste a surtout voulu rendre le politique, l'homme d'action, le grand apôtre qui, avec ses légions de prêtres et de religieuses, est en train de conquérir l'Afrique au christianisme, et qu'à l'inverse d'Attila on pourrait surnommer la bénédiction de Dieu. Je ne parle pas des accessoires, la clémentine qui couvre la tête du cardinal, le manteau rouge qui l'enveloppe, la croix qui brille sur sa large poitrine, tout cela est traité comme sait le faire M. Bonnat.
Peut-être, seulement, pourrait-on trouver que l'illustre cardinal, si carrément posé en face du public, une plume à la main, a l'air de se dire : « restons bien droit ; n'oublions pas que je pose devant mon peintre ». Ce serait la seule part de la critique. Ce sera du reste un des mérites de M. Bonnat de présenter aux historiens futurs une iconographie vivante de toutes les célébrités de l'époque actuelle ».

(*) Alexandre Falguière (1831-1900), premier grand prix de Rome de sculpture en 1859 : à part la statue du Cardinal Lavigerie à Bayonne, il est l’auteur de sculptures monumentales à Toulouse, Cahors et celle de La Fayette à Washington).

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