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Tradition
PMA, GPA : remous au Pays Basque à propos du projet de loi bioéthique © DR

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PMA, GPA : remous au Pays Basque à propos du projet de loi bioéthique

Le projet de loi bioéthique, présenté en Conseil des ministres en juillet dernier, adopté il y a quelques jours en commission spéciale et débattu à l’Assemblée nationale depuis le 24 septembre n’en finit pas de provoquer des « vagues ». Ainsi, dans un tweet diffusé avant-hier, le député Jean Lassalle (4ème circonscription des « montagnes basco-béarnaises ») avait clairement marqué son opposition à ce projet de loi et son soutien à la manifestation du 6 octobre prochain contre la PMA (Procréation médicalement assistée) : « Dans un contexte troublé par la perte de repères et au regard du rapport de l’Académie de médecine publié samedi dernier, nous n’avons pas suffisamment de recul et d’expertise pour légaliser la PMA en France. Je ne supporte plus ces discussions qui s’engagent sur un sujet essentiel pour l’avenir de l’Humanité au son du canon des troupes macroniennes et de la propagande de la plupart des grands médias nationaux. En un mot, les ordres de la spéculation financière internationale ont décidé de détruire l’Homme de manière claire et sans équivoque. Si l’on aborde la PMA au nom de l’égalité, elle est inséparable de la GPA (Gestation pour autrui, ndlr). La légalisation de l’une est un premier pas dissimulé vers l’autre. C’est pourquoi je m’oppose à ce projet de loi ». N’ayant pu prendre la parole sur ce sujet au commencement des débats le mardi 24 septembre «  en raison d’un engagement antérieur important », Jean Lassalle était présent le 26 septembre suivant « pour défendre au sein de l’hémicycle un certain nombre d’amendements cosignés avec la députée Agnès Thill. Par ailleurs, je tiens également à apporter mon soutien à la manifestation contre la PMA » (qui se déroulera le dimanche 6 octobre, ndlr.).

La lettre de l’évêque de Bayonne
Par ailleurs, dans une lettre adressée à son diocèse et dont nous publions des extraits, l’évêque de Bayonne Mgr Aillet écrit : «  Les évêques de France se sont exprimés à plusieurs reprises pour alerter le gouvernement, les parlementaires, les fidèles de l’Eglise catholique et l’opinion publique sur les graves enjeux soulevés par ce projet de loi. […]

Sans doute la « Procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes », que l’on peut appeler la « PMA sans père », est-elle, sous la pression de lobbies ultra-minoritaires, la question la plus présente dans les medias, avec la légalisation, inéluctable à plus ou moins court terme, de la Gestation pour autrui (GPA), car rien n’arrêtera « la roue crantée » qui nous a conduits du Pacs au mariage pour tous, et du mariage pour tous à la PMA, malgré bien des pétitions de principe… Il ne faudrait pas oublier pour autant d’autres sujets non moins inquiétants, comme l’extension de l’expérimentation sur les embryons humains, la fabrication, à des fins de recherche, d’embryons transgéniques et même « chimériques », au croisement de l’homme et de l’animal…

    1. De graves enjeux éthiques et juridiques portant sur la filiation, la dignité de l’embryon et de la procréation, la marchandisation du corps humain, la vocation de la médecine

La PMA sans père

Sans doute y-a-t-il déjà des enfants élevés sans père, dans des familles monoparentales ou homoparentales. Mais ce qui est somme toute le résultat d’accidents de la vie sera légalement organisé par la société : en ouvrant la PMA, jusque-là réservée aux couples hétérosexuels dont l’infertilité est médicalement diagnostiquée, aux couples de femmes ou aux femmes célibataires, on entend légaliser la conception et la mise au monde d’enfants intentionnellement privés de père. Et on invoque le principe d’égalité ou de non-discrimination. Or il n’y a pas discrimination quand les situations sont différentes, comme le souligne le Conseil d’Etat (avis du 11 juillet 2018, confirmé par un arrêt du 28 septembre 2018) : il y a en effet une différence formelle entre un couple hétérosexuel apte naturellement à procréer et un couple de femmes évidemment inapte à la génération.

Le bouleversement de la filiation

Non seulement la « PMA pour toutes » nécessitera un Tiers donneur dont la paternité ne sera pas reconnue, mais elle portera atteinte à la réalité même de la filiation : on substituera à la « filiation charnelle ou biologique » une « filiation d’intention » et on proposera même d’indiquer sur l’Etat civil de l’enfant : « mère et mère », ce qui est évidemment un mensonge, car jusqu’à preuve du contraire, il faut un homme et une femme pour concevoir un enfant. L’enfant ainsi conçu sera privé de son père et d’une part de son histoire : en effet, la filiation nous relie charnellement et spirituellement à un père et à une mère et donc à une double lignée familiale qui n’est pas sans incidence sur l’existence et la construction humaine de l’enfant. Il ne s’agit pas de dénier à ces couples de femmes la capacité à donner de l’amour à un enfant, mais celui-ci n’a pas besoin seulement d’amour, il a besoin de repères clairs pour grandir dans son identité, d’un père et d’une mère pour accéder à la véritable altérité. On connaît d’ailleurs bien les effets négatifs sur le développement psychologique des enfants et des jeunes qui sont privés de père, comme l’indique l’Académie Nationale de Médecine qui vient d’émettre de grandes réserves sur cette extension de la PMA. […]

Un détournement du sens de la loi

La loi se propose donc de convertir en droits les désirs individuels frustrés de quelques-uns, en les imposant à tous les citoyens. Nous sommes en effet tous concernés par cette légalisation de la PMA pour toutes, ne serait-ce que par le remboursement par l’assurance maladie (sic) de cette technique d’assistance médicale à la procréation qui reste d’un coût très élevé et dont le taux de réussite est par ailleurs très bas. Et je ne parle pas de la GPA qui n’est accessible aujourd’hui qu’aux riches !

C’est le « droit à l’enfant » qui est ici inscrit dans la loi, au mépris du « droit de l’enfant » à naître d’un père et d’une mère […].

    2. La méthode utilisée est-elle honnête ?

[…] Y avait-il urgence à légiférer ?

Le projet de loi a été présenté en Conseil des ministres en plein mois de juillet, au cœur des torpeurs estivales, et les auditions ont été reçues par la Commission parlementaire à la hâte, fin août, soit juste avant la rentrée. Alors qu’on ne cesse de proclamer, pour rassurer et minimiser l’enjeu, que cela ne concernera que quelques personnes, on le met au programme de l’Assemblée nationale en priorité, à la rentrée parlementaire de septembre. Comme s’il n’y avait rien de plus urgent en France. Il est vrai que la crise des gilets jaunes semble avoir été temporairement jugulée : les sommes débloquées pour calmer la fronde suffiront-elles cependant à réduire durablement le fossé croissant entre les riches et les pauvres, entre les métropoles urbaines et les territoires devenus de plus en plus périphériques et marginalisés ? […]

Le caractère relatif des sondages

La propagande médiatique va jusqu’à mettre en avant un sondage, commandé à l’IFOP par le quotidien La Croix (3 janvier 2018) – ce qui est d’ailleurs rappelé insidieusement par les tenants de la PMA -, affirmant qu’une majorité de Français (64%) se prononçaient en faveur de la PMA pour toutes, la question posée portant sur le droit des femmes homosexuelles ou célibataires à recourir à la PMA pour satisfaire leur désir d’enfant. Quelle commune mesure toutefois entre un sondage fait à la sauvette sur un échantillon de 1000 personnes, et par définition ne donnant aucun recul pour la réflexion, et des débats argumentés ayant mobilisé tant de contributeurs (17500 personnes en ligne, 30000 arguments postés et plus de 300000 votes exprimés) lors des Etats Généraux de la Bioéthique ? Ces débats ne reflètent-ils pas mieux l’opinion réelle des Français ? D’ailleurs, quand le même Institut de sondage, en l’occurrence l’IFOP, pose la question de savoir si l’Etat doit garantir aux enfants nés par PMA le droit d’avoir un père et une mère, une écrasante majorité (82%) répond par l’affirmative. […]

    3. Alors que faire ?

Parler à la conscience des gens

Il reste que la bataille politique et juridique à court-terme est sans doute perdue, à moins d’un miracle ou d’un retournement significatif, toujours possible dans des circonstances exceptionnelles. Les chrétiens toutefois s’inscrivent, non dans le temps court des échéances électorales, mais dans le temps long du salut public et du salut des âmes ! Quand tous les ressorts du dialogue, fondé en raison, ont été épuisés et se heurtent à une fin de non-recevoir, il reste une parole prophétique à proclamer haut et fort, et à adresser à la conscience des gens. Nous devons miser sur la conscience qui a toujours besoin d’être éclairée et même réveillée, surtout quand elle risque d’être anesthésiée par la propagande politico-médiatique ambiante et muselée à grands renforts de dispositions législatives.

Le droit des citoyens à faire entendre leur voix

[…] J’appelle les fidèles du diocèse à alerter leurs concitoyens, dans les relations de proximité qui font la vie sociale, sur les graves enjeux du projet de loi en cours. Je les invite à contacter leurs élus, députés et sénateurs, censés les représenter au Parlement, pour leur faire entendre leurs inquiétudes, leur oui à la dignité de la personne humaine, à commencer par la plus petite et la plus fragile, et leur non à tout ce qui la blesse et la détruit. Ils pourront ainsi apprécier la liberté de leurs élus face aux pressions des lobbies et à la discipline de parti et ils sauront en tenir compte lorsque ceux-ci brigueront à nouveau leurs suffrages. […]

Les chrétiens sont appelés à rendre témoignage à la Vérité

Pour les chrétiens, cela appartient même au mandat missionnaire du Christ qui nous appelle à rendre témoignage à la Vérité, si tant est que l’on soit bien convaincu de la Vérité sur l’homme, accessible à la raison, éclairée par la foi et enseignée par l’Eglise, avec l’autorité du Christ. […] La constitution de la personne humaine, créée homme et femme à l’image de Dieu, fondement de sa dignité, le mariage et la procréation, l’importance de la filiation charnelle, car la personne humaine est « une de corps et d’âme », la dignité inviolable de l’embryon humain, appartiennent à la Vérité sur l’homme et relèvent de l’Evangile de la Vie que nous avons le devoir de proclamer à toute la Création (Mc 16, 15). […]

Un encouragement à manifester le 6 octobre

Certes, la Conférence des Évêques de France n’est pas habilitée à donner des mots d’ordre citoyens. Il appartient en effet aux fidèles laïcs d’animer chrétiennement les réalités temporelles, à la lumière de la foi et de l’enseignement de l’Eglise, de leur propre initiative. Mais à titre personnel, en tant qu’évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, je n’hésite pas à encourager les fidèles du diocèse, dans la mesure où ils le choisiront en conscience, à participer à la Manifestation « Marchons enfants », le dimanche 6 octobre à Paris. […]

J’ai bien conscience qu’un encouragement épiscopal à manifester pourra être taxé hâtivement de « clivant », selon l’expression consacrée. J’en prends le risque, car ce n’est pas la posture, mais c’est la Vérité qui a un effet clivant !

Un combat spirituel : prière et pénitence

Devant les comportements transgressifs de l’homme d’aujourd’hui, adoptés au nom du progrès de la science et de la technique et sans doute aussi pour répondre à des souffrances que l’on peut comprendre mais qui conduisent à des effets destructeurs d’ordre ontique et anthropologique, nous sommes nous aussi invités à prendre notre part de pénitence : d’abord par notre propre conversion, en revenant à Dieu de tout notre cœur ; ensuite en unissant l’offrande de nos épreuves et de nos privations à l’offrande sacrificielle du Christ pour le salut du monde. Ainsi, nous apaiserons le visage de Dieu (cf. Ex 32, 11).

En confiant ces réflexions à votre discernement, je vous assure de mes sentiments dévoués et fraternels et de ma prière. Que le Seigneur bénisse tout ce que vous entreprendrez pour promouvoir la fraternité entre tous, sans acception des personnes, à commencer par les plus petits, et que la Vierge Marie, Mère de la Vie et de l’Amour, intercède pour vous.

Bayonne, le 22 septembre 2019   + Marc Aillet, Evêque de Bayonne, Lescar et Oloron »

 

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MARTIN DESMARETZ de MAILLEBOIS | 04/10/2019 09:59

Vous citez Jean LASSALLE qui dit : " Il ne s’agit pas de dénier à ces couples de femmes"... Il n'y a pas et ne peut y avoir de COUPLES de femmes ou d'hommes mais seulement des PAIRES ! Un couple est littéralement composé d'un homme et d'une femme et pas autre chose ! A un autre endroit, vous dites : " la loi se propose de"... Quelle "loi" ? Un des milliards de textes pondus par le régime politique honni, sectaire et totalitaire ? Je ne reconnais aucune de ses lois ! Et j'ai même pouyr justifier cette position légitime, le DROIT FONDAMENTAL de ce même régime imposé par la force qui dit que la "loi" doit être consentie par le Peuple dans sa généralité ( je dis donc au moins 97 à 9924AFZ6 % ).

>>>>>>>>>>>>>>>>>FX | 06/10/2019 18:45

BIEN DIT !

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