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Tradition
Ninive en Mésopotamie
Ninive en Mésopotamie

| François Xavier Esponde

Ninive en Mésopotamie

Nous connaissions de nos humanités l’histoire racontée d’Abraham né à Ur en Chaldée. Sa large et noble postérité des familles spirituelles attachées à sa filiation, juive, chrétienne et musulmane.
Et pour notre présent, une région de la Mésopotamie devenue le champ de guerres et de combats de Daesh et des occidentaux aux prises avec leurs exactions.
Ninive face à Mossoul est l’une des plus anciennes cités de Mésopotamie, “Ninua” pour les locaux, devenue Ninive - ou le poisson en sumérien - racontant le mythe de Jonas, citée 34 fois dans la Bible.
Ninive, plaque tournante sur la route de la soie entre la Méditerranée et l’Iran. Elle prendra son essor avec le Roi assyrien Sennacherib, devenue capitale de son empire au VIIème siècle avant J.-C.
La ville fortifiée de remparts de briques sur douze kilomètres est percée de quatre portes flanquées de taureaux ailés.
Mais pour la tradition chrétienne, Ninive est la fondation de l’apôtre Thomas, premier disciple à avoir parcouru la Mésopotamie en querelle avec Byzance sous le vocable de l’Eglise de l’Orient, ou assyrienne.
C’est à Ninive au Kurdistan que fut créé en 554 l’évêché du même nom s’étendant jusqu’à la Perse avec 30 métropolites et 250 évêques.
En 1509, les deux empires rivaux, ottoman et iranien s’affrontent.
C’est l’exode de Mossoul du passé qui portera le nom de Ninive jusqu’au VIIème siècle, peuplé de 65 couvents et villages syriaques dans la plaine de Ninive.
A partir de 1552 et jusqu'à 1670, des relations se nouent entre ces chrétiens d’Orient et Rome pour donner vie à l’église chaldéenne.
La guerre reprend au XIX ème siècle entre les ottomans et les chrétiens, les kurdes attaquent les villages chrétiens.

De 1914 à 18 en pleine guerre en Europe, 90 000 assyriens et 50 000 chaldéens sont massacrés dans des villages brûlés et 154 églises seront détruites.
Il faudra attendre 1925 pour intégrer Mossoul à l’Irak.
En 1933, autre massacre de la part de l’armée irakienne et nouvel exode vers la Syrie de 5000 assyriens chrétiens.
Mossoul demeure dans le souvenir des populations la mère des deux printemps. Située à 350 km de Bagdad, la ville avait deux millions d’habitants en 2014, à savoir des sunnites, des chiites, des chrétiens, des yézidis, des ethnies arabes, kurde, turcomane, araméenne. Cité lumineuse des deux printemps sur la route de la soie, célèbre pour le raffinement des tissus que les Français appelaient “mousseline”, en rapport avec Mossoul.
Parmi les anciennes églises devenues mosquées, on cite celle du prophète Jonas bâtie sur un palais assyrien, devenue temple zoroastrien et église, le tombeau qui lui serait attribué serait celui d’un patriarche, lieu de pèlerinage ; il sera détruit par Daesh en 2015.
La rage destructrice de Daesh entraînera la destruction de 70 mosquées chiites et des bibliothèques rarissimes d’une exceptionnelle valeur. La perte de cet héritage historique n’a point de prix.
Bagdad, devenue capitale du nouvel Etat en 1921, devient un lieu de commerce et d’études de ces populations orientales, multiples et plurielles.
Sur une terre de désolation, de bombardements et de tueries sans nombre, l’heure de l’apaisement venue, on parle désormais d’inventaire et de restauration du patrimoine.
L’Association Mesopotamia en ayant fait le relevé, les autorités internationales, soucieuses de sauver ce qui est encore possible de sauver, ont décidé de panser les plaies de Mossoul, la capitale historique de la Mésopotamie, pour redonner vie à la Jérusalem orientale, appelée à terme à redonner son visage patrimonial, artistique et spirituel dépravé par la guerre. Au coeur de Mossoul, où se concentre le patrimoine chrétien abimé, on parle de reconstruction, les initiatives reprennent.

Bakhdida ou Qaraqosh la syriaque, la plus grande ville chrétienne de la plaine de Ninive, concentre l’intérêt et l'action des restaurateurs.
Les Chaldéens reprennent la main et possession de leurs villes dévastées, il faut reconstruire avec l’aide de la communauté internationale, dont l’Oeuvre d’Orient en France qui ne lésine pas sur sa participation à cette entreprise.
Paradoxe des architectes bâtisseurs appelés à l’aide, on restaure l’antique et crée singulièrement du neuf avec l’architecture traditionnelle des églises mésopotamiennes, telle l’érection d’un édifice en forme d’arche d’alliance, totalement inédit dans le style syriaque.
Les Orientaux sont désormais à la tâche, on cite Karamlesse la chaldéenne, en restauration, Bartella l’orthodoxe, le Monastère de Mar Behnam, et encore deux autres monastères, celui de Mar Matta (saint Matthieu), et le monastère de Rabban Hormizd, l’un des plus anciens d’Irak, qui renvoient au VIIème siècle, ils font l’objet de l’attention des restaurateurs locaux et internationaux qui savent la valeur de cette richesse patrimoniale et spirituelle unique.

L’offensive de Daesh fut stoppée à quelques kilomètres de la ville d’Alqosh et de son Monastère qui incarne plus que jamais l’enracinement du christianisme en Mésopotamie aujourd’hui.
Il serait encore incomplet d'omettre la volonté de la part des Musulmans de redonner naissance à des mosquées anciennes dévastées par ces pillages de fanatiques  qui dans leur champ de destruction, ne firent guère de détail à propos de leur propre histoire religieuse.
Les Dominicains installés en Irak décidèrent de mettre en sécurité leurs bibliothèques, voyant la menace proche et le risque de voir le feu dévaster leurs patrimoines religieux.
Ninive Mossoul, villes inscrites dans cet Orient Chrétien des origines ne laissent plus personne indifférent.
La restauration, la réhabilitation, le retour des populations civiles dans leurs terres et leurs villes inspirent l’admiration de tous ceux qui s’étonnent encore de la volonté de ces populations déracinées à revenir et poursuivre leur histoire d’après l’exode, dans ce bassin de la méditerranée, “Mare Nostrum”qui fascine et trouble l’entendement !

Légende : Détail d'un bas-relief du palais de Sennachérib à Ninive

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Alan Abeberry | 01/05/2020 15:11

Merci de partager ces visions spirituelles. « C’est la miséricorde que je veux, et non le sacrifice » (Matthieu 9, 13 et 12, 7).

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