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Histoire
Napoléon et les légendes conservées au Pays Basque
Napoléon et les légendes conservées au Pays Basque

| François-Xavier Esponde 1190 mots

Napoléon et les légendes conservées au Pays Basque

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10 novembre 1813 : la bataille de la Nivelle contre les troupes hispano-anglo-portugaises de Wellington ©
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Les aînés aimaient à raconter les souvenirs acquis de leurs parents sur le passage des soldats de Napoléon tout le long des Pyrénées basques.
Le chapelet des marquis, des barons, des maisons nobiliaires de Bidache, Ayherre, Macaye, Mendionde, Hélette, Irissary, Saint-Jean-le-Vieux, Saint-Etienne-de-Baigorry et bien encore dans les proches Basse-Navarre et Soule, réseau local des relations militaires des armées, gardent le souvenir de ces soldatesques engagées contre les Anglais par le Maréchal Soult et l’armée française commandée au sommet par Napoléon Bonaparte.

De mémoire de ces anciens, qui eux-mêmes participèrent à la guerre de 1914-18, on racontait une guerre du passé à laquelle des jeunes gens du pays participèrent, enrôlés pour cette aventure par des recruteurs zélés qui proposaient une solde intéressante, un uniforme honorable et le goût de l’aventure partagée par-delà les Pyrénées, pour servir la grandeur de la nation française.

 Certaines maisons du village de Mendionde-Greciette, dont le château de Garro, Aguerria, Babaquia, Irunia, terrain de chasse du baron local, conservent quelques souvenirs de cette présence des hommes et de leurs montures, des fourrages entassés dans les dépendances pour assurer l’alimentation des chevaux, du travail de maréchal-ferrant assuré par des hommes du pays pour le confort des montures et des voitures d’époque.
La maison Kaserna ou caserne à Attisane constitue le souvenir de la présence des soldats de Napoléon in situ, connu comme La Citadelle, au quartier Lekorne maison Kantarbenia, dont les aînés rappelaient les usages militaires de ce temps.

 Les chemins pavés redécouverts le long de l’Ursuya, et dans l’espace carrossable du Baigura, témoignent des travaux assurés par les gens du pays à la solde des soldats et par leur truchement, pour éviter l’enlisement des colonnes militaires, de leurs provisions d’intendance, et tracer de nouvelles voies de liaison entre les villages dont certaines disposèrent par la suite de bitume et du goudron et se fondirent dans le pavage napoléonien originel de leur histoire.

Jacques Coumet, ancien maire d’Hasparren, était particulièrement attaché à la protection de cette mémoire du temps passé, et demandait un affichage public de ces lieux mémoriels quelque peu oubliés.

En terre du Labourd, comme en Basse-Navarre et en Soule, toutes les maisons de maître furent réquisitionnées par les officiers et leurs hommes engagés dans les combats, pour y assurer leur gîte et le couvert.
On racontait le travail accompli par les femmes du pays pour assurer une partie de leur pitance, habiller et confectionner leurs uniformes, et assumer les servitudes de toute intendance, chaussures, vêtures, et accessoires vestimentaires.

 Une soupe de légumes, peu de viande, quasi pas de poisson, des breuvages sommaires, des cuisines à l’air libre, la condition militaire de ces soldats semblait assez rustique. On se contentait du lait, de vache et des brebis des élevages.
Le poulailler donnait des oeufs, quelque volaille et  bénéfice si par bienveillance, des fruits de saison et autres produits fermiers suscitaient quelque intérêt parmi ces cohortes d’hommes faméliques, nourris de peu, et en demande.
On prétend qu’un fromage de lait caillé, de petit lait, représentait l’élixir parfait du déjeuner amélioré.
Le maïs, la patate, la rave, les glands des chênes, et les aliments domestiques basiques assuraient l’ordinaire d’une alimentation spartiate distribuée à ces hommes qui attendant les ordres de poursuivre leur avancée vers les Pyrénées, séjournaient dans les villages.

Les campements de soldats aux portes des villages rassemblaient ces jeunes gens d’origine simple venus d’ailleurs auxquels se mêlaient les recrues du pays.
En quelle langue s’exprimaient-ils entre eux ?
En français, en basque, en gascon, peu savaient le parler en chaque langue, tous avaient en commun le goût de servir la cause patriotique de la nation en guerre, contre les Anglais et leurs alliés espagnols et portugais.

 Les provisions de bois étaient indispensables pour apprêter les repas, le chauffage sommaire de leurs campements. et ces feux de défense des unités militaires postées en pleine campagne, exposées et en veille permanente.
Le repérage des sources, des cours d’eau était encore une opération de survie nécessaire pour ces centaines d’hommes en campagne, dans la nature, dont cette précieuse disponibilité assurait l’élément de survie indispensable pour poursuivre la route.

En certains lieux comme à Hélette sur la façade du Baigura, on raconte le lieu d’une escarmouche entre belligérants qui laissa des victimes en un site de la mémoire. Les gens du pays considéraient cet endroit comme inviolable, en raison “des morts à la guerre et du trépas” qui s’ensuivit pour certains parmi eux.

La grande histoire a retenu la défense des Français tenant les forteresses de Pampelune et San Sebastian, des hostilités entre alliés et français, les frictions dynastiques chez les Bourbon, héritiers de la Couronne d’Espagne, l’histoire courte de Joseph Bonaparte à la tête de l’Espagne, le retour contraint des soldats français et des troupes en France. Parmi lesquels des « afrancesados », soldats espagnols affiliés à Joseph Bonaparte.
Cette histoire est connue grâce aux mémoires des contemporains de ces événements.

Le bicentenaire de la mort de Napoléon rappelle à nos populations autochtones les nombreuses légendes et souvenirs de la transmission orale qui fleurissent encore chez les plus anciens. Car cette guerre se déroulait - pour une grande part - chez nous des deux côtés des Pyrénées : les batailles de la Bidassoa, à Roncevaux, Yanci, Maya, Sanaumen, Etchalar, Vitoria,  on ne l’a pas oublié !
Des réminiscences comme les costumes conservés en certaines familles de soldats enrôlés dans les troupes de l’Empereur, les tambours de parade et de défilé, et le panache attaché à l’uniforme rouge et blanc, le sabre et les décorations, sont restés dans les mémoires du pays.

Récits légendaires ou vrais ? Qu’importe, l’histoire se nourrit des deux éléments qui donnent de la couleur et de la densité à la mémoire de ce passé, dont les Pyrénées furent le théâtre vivant des rapports entre la France et l’Espagne.
Bayonne y acquit le titre de première ville d’Espagne ou de France, s’agissant de commenter la visite de l’Empereur au château de Marracq. Elle devint le lieu historique où fut signé le Traité de Bayonne, pour l’histoire.

La présence espagnole sur la Côte basque y court depuis plus de deux siècles. “Les Grands d’Espagne” y conservent aujourd’hui encore leurs lieux de villégiatures discrètes.
La villa Salamanca”, aujourd’hui détruite pour tracer la voie rapide de la N 10, vit séjourner le roi Alfonso XIII et sa suite féminine bien pourvue à Bayonne.
Le récit historique de Bayonne - première ville d’Espagne est encore à écrire, dans le détail. Napoléon et le maréchal Soult en donnent un avant-goût à compléter encore !

Parmi les ouvrages locaux parus sur Napoléon, signalons l'étude de Dominique Halty Episodes des guerres napoléoniennes en Pays Basque paru chez Cairn et les numéros de la SSLA de Bayonne sur les Maréchaux d’Empire auxquels le Général Ansoborlo avait apporté une contribution très documentée.
Egalement l’association Bayonne 1814 qui avait organisé les cérémonies commémoratives du bicentenaire de cet événement historique, et dont le président est Gilles Schmidt-Lissarague, fils de général et lui-même officier de réserve ; propriétaire du château du Vigneau, dans le quartier Saint-Étienne, près duquel le général anglais Hope avait été fait prisonnier en 1814, Gilles Schmidt-Lissarague est l'auteur du livret-souvenir du "Bicentenaire du blocus de Bayonne 1814" (10 €).

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Napoléon en famille ©
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DARRICAU | 01/05/2021 14:59

Des tas de détails ...passionnant ! Merci !!!

MAIROT SOPHIE | 03/05/2021 16:00

à l'attention de François-Xavier Esponde, juste un petit mail pour attirer votre attention sur le livre d'Axel Brücker, à paraître le 6 mai prochain, Le Maréchal Moncey, préfacé par Thierry Lentz. en charge de la presse des Editions, j'aimerais vous expédier un service de presse. à quelle adresse je peux le faire. merci à vous. sophie mairot 06 70 89 52 89 MICHALON

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