0
Patrimoine
L'univers poétique de Charles Carrère
L'univers poétique de Charles Carrère

| Anne de Miller La Cerda

L'univers poétique de Charles Carrère

Vitraux Carrère détourés1.jpg
Vitraux de Charles Carrère, abbaye des soeurs bénédictines de Belloc ©
Vitraux Carrère détourés1.jpg

A propos du vitrail de « L'enfant abandonné » qui habille une petite fenêtre du Musée Basque, côté rue Marengo, œuvre mise en exergue cette semaine par l’institution bayonnaise « confinée » (voyez notre article), nous reproduisons cet article d’Anne de La Cerda qui illustrait la remise de la médaille de la Ville au maître-verrier Charles Carrère à la suite de son don de 500 dessins, cartons et vitraux au Musée Basque en 2012.

Comme un arc en ciel, les couleurs féeriques de l’artiste s’animent dans ses jardins intérieurs : le regard vif de ses 85 printemps (en 2012, ndlr), Charles Carrère, est impatient de dévoiler les secrets de sa maison-atelier située à Anglet. Il y ouvre la succession de portes d’un monde secret.

Les marches de l’escalier, entre clair et obscur, se montent très lentement pour mieux découvrir les multiples facettes de ce plasticien à l’imagination fantastique et surréaliste. Aidé d’une canne pour marcher, il raconte ce long cheminement.

Avec son bâton de pèlerin, il dessine un autoportrait précis : enfant, il étudia à l’école de la rue de Luc à Bayonne, dirigée par les Frères des Ecoles Chrétiennes, une éducation qui marqua son travail. A l’École municipale de dessin et de peinture de Bayonne, son directeur Louis Frédéric Dupuis le forma au fusain, à l’antique et à la sanguine, techniques particulièrement précieuses pour le vitrail. Parallèlement à son activité picturale, Charles Carrère entra en apprentissage chez le célèbre maître-verrier Jean Lesquibe qu’il ne quittera plus jusqu’en 1976. 

Fidèle disciple - pendant trente ans -, il a refait vitraux et stations du chemin de Croix et la plupart des églises souletines, et d’autres édifices religieux du Pays Basque et des Landes. A l’initiative des moines de l’abbaye de Belloc à Urt, il inclut dans ses vitraux des phrases et des mots en euskara. Par ses créations, il participa au mouvement de réforme liturgique de l’Eglise catholique après le Concile de Vatican II. Les thèmes de ces vitraux insistent sur la Communion sous la forme des Saintes Espèces comprenant le partage du pain et du vin, produits du blé et de la vigne. Les colombes, symboles de la Résurrection du Christ et de l’Esprit-Saint y sont représentés.

En 1977, il ouvre son atelier à « Belite », sa maison natale à Anglet, rue de Hausquette, où sa famille s’était fixée. Très prolifique, avec une ponte de satire, il raconte : « j’avais tellement de projets que j’ai démarré comme une fusée ». Ses multiples talents : dessinateur, peintre, mosaïste explosent sous son fusain, son crayon, sa plume, son pinceau et son cutter parmi des puzzles de verres, de mosaïques ou de collages aux couleurs chantantes. Charles Carrère réalise alors un nombre considérable de vitraux et de mosaïques décoratives pour des particuliers, dans le Sud-Ouest de la France, à Paris et à l’étranger. 

Lumières dans la nuit

Enrichissant ses rêveries, il s’inspire de la musique de Richard Strauss et de Claude Debussy. A la lecture des poésies de Jacques Prévert apprises à l’école, il créa le beau vitrail « l’éveilleur au matin ouvre les fleurs ». L’artiste composa une esquisse au fusain suivi d’un carton du modèle et y découpa dans des verres rose-orangé : une vision apprivoisée de l’aube.

Récemment (en 2012, ndlr.) Charles Carrère a achevé une série de dessins au fusain d’après les fables de La Fontaine. Dans « La mort et le malheureux», l’artiste est influencé par les danses macabres rappelant les procès de sorcellerie au Pays Basque et les œuvres du peintre José de La Peña. Entre ombre et lumière, il utilise la dualité de la mort et de la vie évoquant également Goya. Il commente son dessin « la cathédrale de Satan » : « le fond de l’Enfer n’est pas en feu, les damnés sont enfermés dans des blocs de glace, alors que dans le rendez-vous des sorcières, elles m’ont été suggérées par les arbres dont les nœuds figureraient leurs têtes ». Son univers fantastique, bestiaire, peuplé d’hommes-objets, oiseaux ou chevaux et de violons insectes bruegéliens, déborde de créativité et ne cesse jusqu’à maintenant d’étonner.

Légendes
Photo 1 Carrère en train de dessiné © Photographie collection Musée Basque
Photo 2 Mozaïque pour la ville de Bayonne par Charles Carrère © photo d'Anne de MLC
Photo 3 Dessin au fusain : "la mort et le malheureux" par Charles Carrère ©photo d' Anne de MLC

 

EncadréMosaiqueBayonne CARRERE copy.jpg
Encadré Mosaïque pour la ville deBayonne CARRERE copy.jpg ©
EncadréMosaiqueBayonne CARRERE copy.jpg
la mort et le malheureux de Carrère.jpg
La mort et le malheureux par Carrère.jpg ©
la mort et le malheureux de Carrère.jpg

Répondre à () :


Captcha

Newsletter

Ne ratez aucune actualité !

Abonnez-vous à notre newsletter via ce formulaire.

| | Connexion | Inscription