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Louis d’Arcangues : une « Lada jigouli » au château (I)
Louis d’Arcangues : une « Lada jigouli » au château (I)

| Louis d’Arcangues 731 mots

Louis d’Arcangues : une « Lada jigouli » au château (I)

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Louis et sa lada jigouli au château d’Arcangues ©
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Paysage biélorusse ©
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L’an dernier, lors de mon année d’apprentissage du russe à l’université de langues de Moscou en distanciel, coronavirus oblige, je me suis rendu en Ukraine et au Belarus afin de « compenser » et de pouvoir être tout de même immergé dans des pays russophones.

En mai de cette année je me rends donc au Belarus pour une période de 30 jours (au delà il faut un visa), mais la magie et l’imprévisibilité des relations Est-Ouest sur fond de néo-guerre froide me contraindront, ou plutôt me permettront de prolonger mon séjour.

Mon avion se pose le 11, deux jours après les célébrations du Jour de la Victoire des Soviétiques sur les Nazis que j’ai à mon grand dam manquées. Cette cérémonie, maintenue malgré le Covid, constitue une démonstration de force des armées russes et biélorusses, ornée d’un patriotisme soigneusement distillé. Après un contrôle aux frontières à la soviétique et avoir rempli 4 documents de migration, je retrouve mon ami espagnol Oscar, également grand aficionado de monde slave oriental, arrivé quelques jours plut tôt.

Durant ce premier mois, je mène une vie de bohème rythmée d’une routine plutôt satisfaisante : cours de russe le matin, sport et excursions dans la ville l’après-midi. Je loue un appartement en plein centre avec une vue sur un magnifique chantier, ce qui me permet d’économiser le prix du logement. 
En semaine, la vie culturelle et nocturne est quasi-inexistante, du fait que les Biélorusses n’ont ni le temps, ni l’argent, ni la culture de sortir. Bars et restaurants n’existent seulement que depuis une quinzaine d’années : du temps de l’Union soviétique, et même après, ces divertissements pourtant basiques étaient considérés comme un « vice de bourgeois ».

Il me faut donc patiemment attendre le week-end afin de faire connaissance avec des autochtones, ces derniers sont souvent pantois de rencontrer des occidentaux dans leur pays : « Je ne pense pas que le Belarus soit très intéressant au point d’y aller en vacances », me disent la plupart de mes interlocuteurs lorsque je leur explique ma situation. Cela dit, les amateurs d’anachronisme, de brutalisme et de « tourisme politique » ne seront pas déçus par cette expérience unique dans ce royaume rouge qui ne dégèle pas de l’Empire soviétique.

Jours et semaines passent et il ne me reste que quelques jours avant l’expiration de la durée légale de mon séjour lorsqu’un matin, l’inimaginable se produit : l’Union Européenne et l’Ukraine ferment leur espace aérien aux avions reliant la Biélorussie, suite à l’interception d’un avion de ligne entre Athènes et Vilnius par Minsk. Me voilà donc coincé : les frontières terrestres sont fermées, pas de liaison aérienne, je me rends avec mon ami aux migrations : nous obtenons après quelques heures de queue une extension de séjour, nous permettant de rester un mois de plus.

Mes cours de russe sont maintenant terminés et me voilà rassuré d’être en règle, mais que faire pour le retour ? Les seuls vols permettant de rentrer en France transitent par la Turquie, en contournant l’Ukraine, le prix est tout bonnement fantaisiste. 
Néanmoins les autorités permettent aux étrangers de quitter le pays par voie terrestre, une idée me vient donc en tête : acheter une « lada jigouli » et rentrer avec. Est-ce possible, légal, viable, faisable ? 
Une seule façon de le savoir, essayer. Je trouve donc une annonce sur le « Le bon coin » biélorusse, je me rends le lendemain dans un petit village au Nord de Minsk, la voiture est rustre et splendide, tout ce dont je rêvais !

Le coup de foudre est immédiat : le surlendemain, je sors du bureau des immatriculations les clés de ma Lada en main. Les démarches furent naturellement laborieuses, mais tout est en règle, j’assure mon véhicule pour l’Espace Schengen par l’intermédiaire d’un prestataire local et je prépare mon retour qui s’annonce trépidant : 3000 Km avec un moteur quatre cylindres. 
Il me reste deux semaines avant de quitter le pays, j’en profite pour voyager à travers le Belarus tout en me familiarisant avec ma berline rudimentaire violette. Je me rends notamment à Vitebsk, dans l’Est du pays, ville martyre de la Seconde Guerre Mondiale. 
Sur la route, quelques pannes (batterie, courroies…) me permettent d’acquérir les bases de la mécanique. Heureusement je tombe sur des garagistes connaissant par cœur les rouages de cet engin iconique.

Ça y est, nous sommes le Jour J, mon voyage commence, je sors de mon hôtel, je démarre ma Lada, direction la frontière entre le Belarus et la Pologne…

(A suivre...)

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Architecture biélorusse ©
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Coup de foudre pour une Lada ! ©
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Diane de l’Espée | 16/10/2021 10:14

Bravo Louis quelle aventure ! J’attends la suite avec impatience !!!

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