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La critique de Jean-Louis Requena
Les Olympiades (105’) - Film français de Jacques Audiard
Les Olympiades (105’) - Film français de Jacques Audiard

| Jean-Louis Requena 877 mots

Les Olympiades (105’) - Film français de Jacques Audiard

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L'équipe du film "Les Olympiades" de Jacques Audiard ©
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Paris XIIIème arrondissement. Le quartier des Olympiades est un ensemble architectural, complexe, de tours et de dalles de circulation construites au début des années 70 en référence aux jeux olympiques. Les H.L.M et les immeubles privés abritent 10.000 habitants en grande partie issus d’une immigration du sud-est asiatique (chinoise, vietnamienne, laotienne, etc.) ayant fui les régimes politiques de leurs pays respectifs.

Dans une des tours, dans un grand appartement, vit Émilie (Lucie Zhang), une jeune fille de 20 ans d’origine Taiwanaise née en France. Elle a fini son cursus à l’Institut d’études politique de Paris (Sciences Po) dont elle est sortie diplomée. Emilie délurée, libérée, choisit de vivre de petits boulots (opératrice téléphonique dans une plate-forme) plutôt que de s’impliquer dans un travail sérieux et une relation amoureuse suivie. Elle pratique sans le moindre complexe, sans regrets ni remords, des relations sexuelles sans lendemain. Ayant besoin d’argent pour son quotidien, elle passe une petite annonce pour rencontrer et choisir une colocataire qui arrondira ses fins de mois. Suite à l’annonce, un grand noir athlétique se présente à l’huis de son appartement : il se prénomme Camille (Makita Samba) d’où la confusion. C’est un garçon agréable, sûr de lui, cultivé, d’une trentaine d’année qui a décidé d’arrêter son professorat de lettre pour tenter l’agrégation (histoire). Après quelques moments d’hésitations, Émilie accepte de lui sous-louer une chambre. Camille s’installe sans façon. C’est un garçon agréable, courtois qui s’intéresse à la vie fantasque, insouciante d’Émilie. 

Très vite, la promiscuité aidant, ils deviennent amants passagers … 

Plus tard dans le même quartier des Olympiades s’installe Nora (Noémie Merlant), une trentenaire arrivant de Bordeaux. Elle est ravie d’occuper un petit appartement près de la Faculté de Droit de Tolbiac. Dans l’amphithéâtre de la faculté, elle assiste à ses premiers cours magistraux. Elle rencontre d’autre étudiantes avec qui elle sympathise. Nora est invitée à une fête bruyante, alcoolisée … Maquillée, déguisée pour assister à cette party elle est prise pour une autre …

Les parcours d’Émilie, Camille et Nora vont se croiser dans le grand ensemble des Olympiades. Leurs destins vont évoluer, bifurquer, au gré de leurs rencontres et d’évènements fortuits …

Les Olympiades (105’) s’ouvrent de nuit sur un long panoramique en noir et blanc qui scrute les façades animées des immeubles. Chaque appartement a son histoire : ici des gens attablés, là d’autres devant la télévision, des logements éclairés, d’autres sombres : un souffle de vie, ou non, règne à tous les étages. Sur l’écran « un carton » : « ça a commencé comme ça » incipit du roman de Louis Ferdinand Céline (1894/1961), Voyage au bout de la nuit (1932). Le long mouvement d’appareil se termine dans l’appartement d’Émilie qui, nue, chante une chanson en karaoké. Elle vient de faire l’amour avec un jeune homme qui ne semble plus l’intéresser. La tonalité du 9ème long métrage de Jacques Audiard (69 ans) est donnée : grosso modo le comportement de jeunes urbains qui couchent sans difficultés et discutent après. Une sorte d’inversion de Ma nuit chez Maud (1969) film d’Éric Rohmer (1920/2010) ou les deux protagonistes (Françoise Fabian, Jean-Louis Trintignant) discutaient toute la nuit du « Pari de Pascal » (entre autres sujets !) sans jamais se mettre au lit. Ce film remarquable a tant frappé Jacques Audiard (17 ans à l’époque !) qu’il a engagé Jean-Louis Trintignant pour son premier opus : Regarde les hommes tomber (1994) !

Jacques Audiard a conçu le projet Les Olympiades avant le tournage important de son précédent long métrage américain : Les Frères Sisters (The Sisters Brothers – 2019), un western ambitieux et onéreux. De retour en France il a bâti une histoire à partir de trois albums de bande dessinée d’Adrian Tomine, graphiste américain, avec les réalisatrices Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu - 2019) et Léa Mysius (Ava - 2017) de sorte qu’il y a une « female gaze » (regard féminin) sur son dernier opus. Dans Les Olympiades les personnages semblent exécuter, sans implication apparente, une ronde « amoureuse » d’une grande fluidité à la manière de l’immense cinéaste allemand Max Ophüls (1902/1957) avec des scènes de sexe explicites mais jamais vulgaires, inimaginables (censure !) au temps du grand Max. En notre période virale post #MeToo, Jacques Audiard a engagé pour ces situations « délicates » une chorégraphe, Stéphane Chêne, chargée de la « coordination d’intimité ». Le résultat sur l’écran est magnifique sans une once de racolage, ni de voyeurisme.

Les Olympiades ont été tournées en décors naturels en pleine crise sanitaire (septembre à décembre 2020). Jacques Audiard a fait longuement dialoguer, répéter, ses principaux acteurs, venus d’horizons divers (premier film pour Lucie Zhang, une révélation), de niveaux différents afin qu’ils se connaissent, et ainsi, de ne pas perdre de temps (définition des personnages, explication des situations, etc.) lors du tournage rapide au temps du Covid 19. De fait, une énergie traverse le film accentué par un chapitrage humoristique et quelques séquences en split screen (écran divisé). Le cinéaste nous narre avec lucidité et fluidité un quartier, une époque, une génération.

Avec Les Olympiades, Jacques Audiard démontre à nouveau qu’il est un grand cinéaste capable de nous surprendre, de nous enchanter, à chaque opus, tout en gardant une ligne directrice à travers une filmographie resserrée (9 longs métrages … en 27 ans !) : des personnages insolites, indécis, en quête d’amour.

Les Olympiades ont été présentées en sélection officielle au Festival de Cannes 2021.

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Jacques Audiard récompensé par un Cesar ©
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