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Tradition de la semaine
Le vivier spiritualiste du XIXème siècle français
Le vivier spiritualiste du XIXème siècle français

| François-Xavier Esponde 883 mots

Le vivier spiritualiste du XIXème siècle français

Il faudrait reprendre la main sur ce sujet à partir du livre paru aux éditions du Cerf sous le titre "Le spiritualisme français", écrit par Jean-Louis Vieillard-Baron.

Après un temps révolutionnaire passionnel au XVIIIème siècle, la France du XIXème siècle connaît une grande effervescence intellectuelle, politique, religieuse et économique.
Peintres, sculpteurs, écrivains, poètes, musiciens et scientifiques cotoient les philosophes aux appartenances intellectuelles distinctes, positivistes et matérialistes des uns, spiritualistes et métaphysiciens des autres.

Si les fidèles de Marx et Engels se reconnaissent davantage chez les naturalistes et acteurs socio politiques de l’heure, les héritiers de Kant et Hegel préféreront le rationalisme de la pensée allemande, tandis que Nietzche, Kierkegaard et Schopenhauer retrouveront les correspondances anti systèmes de l’héritage révolutionnaire..
Auguste Comte et le socialisme de Proudhon font partie aussi du paysage culturel de ce siècle.

Et dans ce panorama luxuriant, l’historien de la philosophie franco-allemande du siècle fraie une voie originale pour évoquer les courants spiritualistes français de facture particulière dont on a quelque peu oublié la singularité.
Sartre et les philosophes du soupçon auront vite fait disparaître ces penseurs des étagères de bibliothèques habituées, mais le retour de leur originalité propre interroge.

Un prisme exclusif sur la philosophie sociale et politique prenant le pas sur toute autre sensibilité intériorisée de la conscience et de la pensée, ce rappel de l’esprit français et d’une tradition intérieure de la liberté d’esprit n’ont pas selon l’auteur perdu de leur intérêt aujourd’hui pour des sujets en quête de sens et d’espérance de vie et d’avenir.

Cette pensée libérale s’opposera au système de pensée de Rousseau et de Voltaire qui s’attribuent les droits de l’esprit dans la ligne d’action de la révolution française et de l’Empire.
Se voulant bâtisseurs d’une philosophie chrétienne indépendante de l’Eglise et du pouvoir du clergé d’ancien régime, ces penseurs se nourrissent de vie spirituelle autre que celle de la vie intellectuelle du moment, et commentent des écrits de métaphysiciens, de moralistes, de politiciens, et de penseurs du fait social, en ce XIXème siècle.
Leur profil spirituel est une quête de la transcendance chez tout sujet humain, la recherche de l’absolu - Dieu, les formes du divin, et de divinités inachevées, la définition de l’esprit comme une activité intelligente et vivante, et ce fonds venu de la révolution elle même, la liberté spirituelle qui s’incarne dans toute conscience humaine.

L’origine des auteurs compulsés dans cet ouvrage fait place à la pluralité des réputations et des renommées acquises de ces philosophes parisiens ou provinciaux.
Qu’importe, Chateaubriand et Maine de Biran, Victor Cousin, Théodore Jouffroy, Félix Ravaisson, Alphonse Gratry, Jules Lachelier, Edgar Quinet, Jules Michelet, Paul Janet, Emile Boutroux, Henri Bergson ne sont pas de la même provenance, mais chacun embrasse cette respiration spiritualiste à la française, originale et neuve pour l'époque.
Ce bouillonnement d’idées, de doctrines et de familles d’esprit aura fermenté dans l’intelligentsia française par le rayonnement obtenu dans le monde de ce que les étrangers appellent la liberté à la française de penser !

En 1868, la "Revue des Deux Mondes" avait fait état de ces courants novateurs de la philosophie spiritualiste revivifiée par des intelligences originales de l’Université.
Ce rapport lancinant du débat entre positivisme et spiritualisme de la science elle-même se nourrissait du dialogue entretenu par Maine de Biran et Ampère, le physicien célèbre du siècle qui disait-on, s’intéressait tout autant aux débats d’idées métaphysiques avec son ami et proche Maine de Biran, qui pour le cas s’interrogeait sur le rapport ‘'au métaphysique de toute connaissance positive du savoir.”
Comme une forme de revanche sur un passé intellectuel, doctrinaire et de désir de l’émancipation de toute intelligence en faveur de la conscience individuelle et personnelle, tournée vers la métaphysique des choses et des relations personnelles.

Le débat entre “l’homme machine et l’homme intériorisé” développait une forme de réflexion raisonnée, inhabituelle en ce temps.
Les sujets premiers dominant dans l’exclusive de la science objective, positive, et matérielle, la pensée intérieure, spirituelle, de la conscience subjective de toute appréhension de connaissance, laissaient une brèche inattendue à des auteurs originaux et libres dans leur discipline.

Le débat sur la connaissance empirique et ontologique de l’être, quelque peu effacé de nos disciplines universitaires contemporaines, éveillait l’acuité spirituelle de ces penseurs qui permit une effervescence intellectuelle de nos terres provinciales françaises en lesquelles on retrouvait des auteurs ou des disciples de ces “philosophes spiritualistes”.

L’engagement social et la fondation de nombreuses écoles, dispensaires et institutions charitables naîtront de cet engagement métaphysique, altruiste et généreux de leurs idées, dans un dédale contrasté et rejeté par leurs compétiteurs en la matière, les matérialistes, prompts à résister ou combattre”leur prosélytisme intellectuel” !
Sujet premier ou objet premier de toute connaissance, de tout pouvoir, et de toute autorité ?
On ne saurait croire le sujet absent désormais de notre environnement immédiat à la veille de décisions politiques majeures et prochaines ?

La veine matérialiste des uns confrontée la source spiritualiste des autres, de tels esprits d’un XIXème siècle n’auront perdu de leur légitimité permettant de fonder dans le temps et la durée, la valeur fondamentale de toute vie collective et personnelle .
Les spiritualistes français en proposent des références, les acteurs contemporains en faveur de toute action publique pourraient s’en inspirer !

La photo de couverture : Edgar Quinet, Jules Michelet, Victor Cousin et dautres penseurs par Francois-Flameng (1856-1923)

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