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La Turquie et ses mercenaires syriens, l'Arménie et la Russie : une géopolitique compliquée évoquée à Biarritz
La Turquie et ses mercenaires syriens, l'Arménie et la Russie : une géopolitique compliquée évoquée à Biarritz

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La Turquie et ses mercenaires syriens, l'Arménie et la Russie : une géopolitique compliquée évoquée à Biarritz

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Guillaume Perrier ©
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Au Karabakh, les mercenaires syriens qui faisaient déjà "du bon boulot contre Bachar el Assad ©
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L’auditorium de la Médiathèque de Biarritz était bien plein samedi dernier pour la conférence d'AgurArménie qui avait invité Guillaume Perrier, grand reporter et spécialiste de la Turquie où il avait vécu pendant une bonne décennie en croisant sur les frontières tant la rébellion kurde que les djihadistes syriens. 

Or précisément, à propos du récent conflit azéri-arménien dans le Haut-Karabakh où la Turquie remplit un rôle moteur, voire décisif, Guillaume Perrier avait indiqué être au courant - au moins deux semaines avant le déclenchement des hostilités - de « l’importation » sur place par le gouvernement Erdogan de mercenaires venus de Syrie grâce aux relations nouées avec certains d’entre eux lors de ses séjours là-bas !

Le journaliste en avait d’ailleurs fait état dans plusieurs articles parus dans les grands hebdomadaires européens, tels « Le Point » en France et « Der Spiegel » en Allemagne, ainsi que sur son compte « Aufildubosphore » sur les réseaux sociaux. 
Ainsi, le 27 septembre 2020, Guillaume Perrier notait : « Nos sources parmi les miliciens syriens supplétifs d’Ankara partis en Libye semblent confirmer ces départs récents pour l’Azerbaidjan. Recrutements parmi Al Hamza et à Afrin »
Et encore : « Les Syriens prêtant actuellement main-forte aux Azerbaïdjanais sont d’anciens « rebelles » anti-Assad. (Ici, à Idlib, en Syrie, en février dernier) ».
(NDLR. : ce serait-il agi des fameux "opposants modérés" au gouvernement syrien, qui "faisaient du bon boulot" aux yeux du ministre français des Affaires-Etrangères de l'époque, Laurent Fabius ?).

Et quelques jours plus tard, Perrier de mentionner dans son article du « Point » ce récit d’Ibrahim, au téléphone depuis la ville de Horadiz, au sud de la région disputée du Haut-Karabakh qui se plaignait que son compagnon « Mustafa Abdelkader avait été tué dans la soirée par un tir». Il était comme lui un Syrien de la région d'Idlib qui combattait avec la brigade Sultan Mourad, faction islamiste syrienne liée à la Turquie. Il était devenu l'un de ces mercenaires syriens, ex-«rebelles» anti-Assad, qui s’étaient mis depuis 2016 au service des ambitions expansionnistes du président turc Recep Tayyip Erdogan, précisait encore Perrier dans son article… Et « L’Express » précisait ces informations avec moult détails à l’appui (*).
Quelques jours plus tard, le «  Spiegel » confirmait : « Seit Wochen schickt die Türkei syrische Kämpfer in den Kaukasus. Sie sollen die Großmachtfantasien des türkischen Präsidenten umsetzen » (La Turquie envoie des combattants syriens dans le Caucase depuis des semaines. Ils sont censés mettre en œuvre les fantasmes de grande puissance du président turc)…

Pour sa part, le « Wall Street Journal » avait également confirmé que « depuis septembre (2020, ndlr.), Ankara transférait des mercenaires syriens pour combattre dans la région du Haut-Karabakh, objet du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, et le journal a cité de nouvelles preuves que le régime turc a envoyé des mercenaires pour soutenir les forces azerbaïdjanaises dans leurs combats contre l’Arménie (…) Ankara transporte d’abord des mercenaires de Syrie vers ses terres, puis de là sur des vols commerciaux directs vers l’Azerbaïdjan, à raison de 100 militants par lot.
Selon ce scénario, environ 1 500 militants ont été recrutés à ce jour, et Ankara alloue à chacun d’eux de l’argent s’élevant à deux mille dollars par mois, comme incitation financière pour les persuader de se battre dans la région ». 

En fait, on ne peut que le répéter, l’agression de l’Arménie par l’Azerbaidjan avait bien été menée par la Turquie, membre de l’OTAN, donc alliée des USA et de leurs affidés de l’Union Européenne, en particulier la France depuis son retour au sein de ce pacte militaire dont nous avait fait sortir De Gaulle, fort opportunément... 

Il était donc d’autant plus insensé – voire criminel contre son pays – de la part du premier ministre arménien Nikol Pachinian de refuser les offres de conciliation proposées par la Russie (malgré quelques « mufleries » diplomatiques de Pachinian envers le président russe) dès le déclenchement des hostilités… pour se tourner vers ses « amis américains » et « occidentaux » qui, à part Emmanuel Macron qui ne lui fut guère d'un grand secours, ni Washington (allié de la Turquie, au sein de l'OTAN), ni Berlin (qui craint la très forte communauté turque vivant sur son sol), n'avaient répondu à son appel... Pachinian en fut réduit à demander l'aide de l'ancien allié russe, qui empêcha finalement les islamiques d'entrer à Stepanakert, voire même à Erivan... Mais il était bien tard ! 
Et nos frères chrétiens arméniens ont hélas payé très cher cette instabilité politique qui secoue leur pays depuis la "révolution de velours", une de plus dans "l'univers post-soviétique", sans doute orchestrée en sous-main et sûrement financée en grande partie par le spéculateur milliardaire Georges Soros, et dont ont assurément profité leurs ennemis azéris et turcs !
Voyez notre article du 17 avril dernier : https://baskulture.com/article/biarritz-commmoration-du-gnocide-des-armniens-samedi-24-avril-3860

(*) Témoignages exclusifs : les mercenaires syriens d'Erdogan se déploient au Haut Karabakh

Depuis la mi-septembre, plus d'un millier de miliciens ont été recrutés en Syrie par la Turquie et acheminés dans la région séparatiste où s'affrontent l'Arménie et l'Azebaïdjan. L'Express a pu joindre des responsables militaires sur place.

Après le Nord de la Syrie et la Tripolitaine en Libye, les mercenaires syriens à la solde de la Turquie sont désormais déployés dans la région séparatiste à majorité arménienne du Karabakh, en soutien de l'Azerbaïdjan, qui tente de reconquérir par la force cette zone depuis samedi dernier. Depuis la mi-septembre, plus d'un millier de miliciens supplétifs ont été recrutés en Syrie et acheminés par avions dans le Caucase, selon des responsables de ces groupes armés. L'information, vivement contestée par l'Azerbaïdjan, a circulé sur les réseaux sociaux et a pu être confirmée grâce à plusieurs témoins directs, joints par téléphone depuis leur nouveau terrain de guerre.

Hamid, commandant de la division Al-Hamza, un groupe armé syrien affilié à l'Armée nationale syrienne (ANS), la coalition pro-turque, affirme avoir envoyé environ 15 de ses hommes dans les premiers contingents. "Les recrues sont rassemblées à la chambre d'opérations de Hawar Kilis, à la frontière avec la Turquie. Ils sont issus de deux factions de rebelles syriens. La brigade Sultan Murad et la division Al-Hamza. Ils sont ensuite envoyés à Gaziantep, en Turquie, puis par avion vers Istanbul et, de là, par vol commercial vers Bakou. Chaque jour, part un nouveau convoi", détaille-t-il 

Volontaires attirés par la solde
Les volontaires ne manquent pas: plusieurs milliers d'entre eux se sont enregistrés ces derniers jours auprès des autorités turques, attirés par la promesse d'une solde mensuelle de 8000 livres turques (environ 875€). "On leur a dit qu'ils devraient garder des installations militaires ou stratégiques, et servir de force d'interposition", précise Hamid. Vendredi, deux cents hommes de l'Armée de l'islam (Jaish al -Islam) ont abandonné le terrain syrien et sont partis combattre contre "les Arméniens", sans en référer à leur commandement. 

Les violents combats autour du Karabakh, qui ont déjà fait une centaine de morts depuis le 26 septembre, ont causé leurs premières pertes syriennes. Deux combattants de la division Al-Hamza, originaires de Homs ont été tués dimanche sur le front avec les forces arméniennes. Les proches des défunts ont organisé des cérémonies de condoléances dans différents camps de réfugiés du Nord de la Syrie, dans la région d'Idlib. 

Recruteurs de plus en plus nombreux
Les factions syriennes de la région sont partagées. Certaines n'ont pas voulu soutenir cet effort de guerre au service de la Turquie, échaudés par l'expérience libyenne. Plusieurs milliers d'hommes ont été déployés sur les côtes africaines en début d'année auprès du gouvernement provisoire libyen de Fayez Al-Sarraj, mais les Syriens n'ont souvent reçu qu'une partie des primes alléchantes promises et se sont retrouvés projetés sur des missions plus dangereuses qu'annoncé. Hamid y a perdu la moitié de ses 200 combattants, tués ou estropiés. Les familles attendent toujours les indemnisations qu'Ankara leur a fait miroiter. 

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/temoignages-exclusifs-les-mercenaires-syriens-d-erdogan-se-deploient-au-haut-karabakh_2135405.html

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