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Histoire
La renaissance du Jeu de paume au Pays Basque et à Pau © DR – Le prince Edward d’Angleterre visite les jeux de paume de la région

| Paul Mirat

La renaissance du Jeu de paume au Pays Basque et à Pau

Le très beau livre du docteur Richard Travers « Le Jeu de paume à Pau, Bayonne, Urrugne et Labastide-Clairence » avec des  illustrations tirées des Carnets du vicomte de Vaufreland, ancien président du TC de Pau, met en avant l'histoire des tripots médiévaux du Pays Basque, les plus vieux jeux de paume au monde, et celle du Parc Beaumont, de sa construction à la venue du prince Edward d’Angleterre au mois de mai dernier.
C'est avec une touchante régularité que l'International Herald Tribune1, qualifiait Pau de « The Hub of the Sporting world ». Il est vrai qu'avec polo, golf, courses de chevaux, cross, concours hippiques, trois chasses au renard (ou drags) réunissant plus d'une centaine de cavaliers par semaine, Pau méritait bien cette couronne.
Pendant que les meilleurs cavaliers du monde et leurs montures s'égayent sur la lande béarnaise, de l'autre côté de la Manche, le major Wingfield, célèbre joueur de paume, inventait un nouveau sport qu'il baptise « jeu de paume sur gazon », ou « Lawn tennis ». Directement issu du vieillissant jeu de paume, le bouillonnant Lawn-Tennis en sonnera pourtant le renouveau. 
Au cours des années 1860, des dizains de « tripots » (*) sortent de terre, d'abord en Angleterre, sur toute la côte est des Etats-Unis, en Australie et en France avec la construction notamment des courts de Deauville et Pau.  Malgré la construction d'une dizaine de courts ces dernières années, les courts de cette fin de XIX° sont encore aujourd'hui qualifiés de « modernes » ! Cette histoire du jeu de paume nous ramène à notre histoire quand les tripots fleurissaient dans les villes et les campagnes de Gascogne et du Pays Basque. Pendant des siècles, l'Europe jouait à la paume et c'est probablement ici que les troupes du Prince Noir découvrent ce sport et l'importent dans leur pays où ils le baptisent « Tennetz » qui deviendra Tennis (**) . 
Quelques années à peine après la destruction du dernier jeu de paume du château de Pau, rasé lors des premières campagnes de restauration, le tennis du major Wingfield fait une entrée tonitruante à Pau qui devient le troisième club français après le Racing à Paris et Deauville. Il manquait un joyau à la couronne de la capitale des Sports : ce sera le magnifique court du parc Beaumont, édifié en 1887 par l'architecte Melchior Viraut (1837-1921), père du jeu de paume des Tuileries. 
L'auteur de ces recherches, le docteur Richard Travers, médecin à Melbourne, a découvert le Sud-Ouest grâce à son amour du jeu de paume. Participant aux toutes premières éditions du Tournoi des Trois Tripots (à partir de 2008), il s'est penché sur l'histoire du jeu de paume dans notre région. S'appuyant sur des informations et des illustrations fournies par les nombreux amis qu'il compte ici, Richard a patiemment reconstitué l'histoire des plus vieux tripots du monde : Labastide Clairence, Bayonne Saint-André et Urrugne (Dongaïtz) dont la miraculeuse préservation jusqu'à nous est toute entière due à l'industrialisation du caoutchouc, invention qui va donner naissance à la pelote basque en trinquet. En effet, dès les dernières années du XIXème siècle, vont être aménagés de manière à jouer côte à côte, indirectement contre un mur alors que les paumiers jouent face à face, séparés par un filet détendu en son milieu. L'aire du jeu de paume  serait, pour une école d'historiens, la représentation d'une place de marché aux auvents relevés. Un autre courant évoque les cloîtres de nos monastères. Un jeu de paume comporte trois toits à la différence d'un trinquet qui n'en a qu'un long et parfois deux quand il y en a un derrière. Le jeu de paume en possède un troisième accolé à ce qui est de nos jours le mur de frappe. Il a donc suffit d'enlever ce toit, de ranger le filet et de frapper une pelote non plus en ficelle, liège et peau de chien mais en caoutchouc. Richard Travers nous offre ici une étude passionnante sur un sport et un patrimoine oubliés et qui ont pourtant grandement participé à la vie sociale des siècles durant. 
Les lecteurs de la « Lettre du Pays basque » qui désirent voir des parties ou sentir les sensations de cette raquette asymétrique, tendue à 64k, et à cette curieuse balle patiemment cousue à la main par les maîtres-paumiers, balle qui n'a rien de sphérique et qui se rit des meilleurs joueurs, peuvent se rapprocher des clubs de Pau et du Pays Basque. Les parties du Tournoi des Trois Tripots - le deuxième plus important du monde après celui de Melbourne - qui ont lieu habituellement à Bayonne, Urrugne et Labastide Clairence sont ouverts au public. Merci à Richard Travers de nous offrir ce panorama original d'un sport et d'un patrimoine uniques qu'il faut avoir à cœur de préserver.
(*) Tripot : de l'ancien français « tripare », sautiller, qui a également donné « trépigner ». Le mot tripot, utilisé par Montaigne ou Rabelais, désigne l'aire de jeu (le carreau) et l'auberge qui lui était généralement accolée. Le terme tripot n'est devenu péjoratif qu'au XVIII° siècle quand bagarres, jeux d'argent ou prostitution rendirent certains d'entre-eux peu fréquentables. 
(**) Lors du premier engagement, le joueur annonçait son service d'un sonore « Tennetz », qui signifiait tenez vous prêt, tenez votre raquette. Le score était 15-30-45, à deux pour égalité. A deux donnera deuce, quant au 45, le major Wingfield le trouvait trop long à prononcer et , pour gagner un peu de temps, supprima la dernière syllabe.
« Le Jeu de paume à Pau, Bayonne, Urrugne et Labastide Clairence » par le docteur R. Travers, avant-propos et traduction de Paul Mirat, Editions Marrimpouey, Pau, 25€.
 

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