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La mémoire de Louis XVI
La mémoire de Louis XVI

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La mémoire de Louis XVI

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Livre sur la déportation des Basques (Cairn) ©
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Plaque commémorative pour Maialen Larralde à Sare ©
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Massacres des prêtres (abbé François Dardan d’Isturitz), prison des Carmes à Paris, 2 septembre 1792 ©
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Cette année, la messe en mémoire de Louis XVI aura lieu mardi 26 janvier prochain à 16h à la cathédrale de Bayonne. Mais le couvre-feu et les conditions sanitaires gouvernementales nous empêcheront hélas de partager notre traditionnel repas amical à proximité...

L'occasion de rappeler l’horreur d’une « Terreur » qui ne s’était pas limitée à la Vendée et aux départements de l’Ouest ou aux massacres à Lyon, mais avait également affecté le Pays Basque avec la déportation d’une bonne partie de la population labourdine et des confins de Basse-Navarre il y a exactement 227 ans. Une tragédie qui avait débuté le 21 janvier 1793, lors de l'assassinat du roi Louis XVI. 
Et parmi ceux qui avaient voté la mort du souverain, le girondin Pierre-Louis Ichon, ancien professeur de philosophie chez les Oratoriens de Condom. Il avait été envoyé auprès de l’armée des Pyrénées afin d'en évaluer « le délabrement où elle se trouvait », et sa lettre est datée du Bourg-Saint-Esprit, le 20 avril 1793, l’an II de la République française : « Ne comptez pas trop sur les Basques, car le fanatisme les dispose en faveur des Espagnols ; on nous a assuré que tous les Basques de la frontière du côté des camps vont habituellement se confesser en Espagne, et les commandants des camps nous disent qu’on ne peut se fier à aucun Basque, qu’ils sont en pays ennemi et qu’en cas d’échec ils auraient les Basques sur les bras. Cette idée peut être exagérée, mais le fanatisme religieux deviendrait funeste et les confesseurs ont grand soin d’égarer le peuple, en représentant nos soldats comme des impies ».

C'est ainsi que le 22 février 1794, un arrêté des « représentants du peuple » Pinet et Cavaignac décrétait « infâmes » les communes de Sare, Itxassou et Ascain, et ordonnait l'éloignement de tous leurs habitants à plus de vingt lieues. La mesure fut aussitôt exécutée : après avoir été entassés dans leur église, 2.400 habitants de Sare furent conduits dans 150 charrettes à Ciboure et à Saint-Jean-de-Luz rebaptisée « Chauvin-Dragon » où ils furent soumis aux quolibets, vexations et lapidations des membres de la « Société Révolutionnaire ».

Parqués dans les églises et d'autres bâtiments désaffectés, ils furent bientôt rejoints par des milliers d'autres compatriotes arrachés à leur maison à Saint-Pée, Itxassou, Espelette, Ascain, Cambo, Macaye, Mendionde, Louhossoa, Souraïde, Aïnhoa, Biriatou etc...

Saint-Jean-de-Luz et ses environs ne constituèrent qu'une première étape sur le chemin de croix des malheureux. Bientôt s’ébranla sur les routes le long cortège des déportés accompagné de charrettes où l'on avait jeté pêle-mêle ceux qui ne pouvaient marcher par eux-mêmes : vieillards, femmes en train d’accoucher, enfants en bas-âge et grabataires. L'itinéraire fut spécialement établi de manière à traverser des quartiers mal famés, notamment à Saint-Esprit, où une population trouble et famélique leur réserva le plus terrible des accueils... 

L'hiver 1794 fut particulièrement rigoureux, les températures descendaient parfois à -15 et au-dessous ; les prisonniers mouraient en chemin comme des mouches ; les enfants qui réussissaient à survivre à ce cauchemar étaient livrés à eux-mêmes.

L'arrivée des survivants à destination - des églises et des bâtiments désaffectés des Landes, du Gers, du Lot-et-Garonne, des Hautes-Pyrénées et du Béarn, jusqu’au Cantal et en Lauraguais - ne signifia aucunement la fin de leur supplice, bien au contraire.

Le 24 mai 1794, les autorités révolutionnaires décidèrent que les déportés seraient soumis à des travaux forcés, publics ou chez les particuliers. Les Basques ne pouvaient quitter la commune à laquelle ils étaient assignés, sous peine d’être mis aux fers pendant six ans pour les hommes, ou six ans de prison pour les femmes, avec au préalable, une exposition d'une heure pendant trois jours, je cite : « sur l'échafaud, au regard du peuple ».

II serait aujourd'hui difficile de s'imaginer les horribles conditions d'existence et de survie de ces malheureux entassés dans les églises (229 dans la seule église de Capbreton) dans le froid, sans nourriture, au milieu de populations étrangères, au moins par la langue, sous la surveillance d'autorités hostiles ; la liste des décès ne faisait que s'allonger.

Un malentendu républicain

« Je me demande si l'erreur initiale de la France, ne date pas de l'exécution de Louis XVI », se demandait déjà Raymond Poincaré qui fut Président de la République de 1913 à 1920.

Et en écho plus « contemporain », nous rappellerons les déclarations d'Emmanuel Macron, actuel Chef de l’Etat, lorsqu’il était ministre de l’Economie du gouvernement socialiste, et qui avaient fait sensation : « La démocratie comporte toujours une forme d'incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n'est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d'y placer d'autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l'espace. On le voit bien avec l'interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu'on attend du président de la République, c'est qu'il occupe cette fonction. Tout s'est construit sur ce malentendu ».

Un malentendu qui concerne également les fameuses « valeurs républicaines » rabâchées à tout bout de champ et que l’on veut maintenant ingurgiter de force dans l’école « laïque, unique et obligatoire », des valeurs qui concernent davantage la Bourse que l’éthique et qui méprisent les provinces et les villages, alors que le Roi régnait sur « les peuples de France », en respectant leurs langues, leurs coutumes et leurs parlements (les sessions du Biltzar du Labourd se déroulaient en basque, ce qui ne gênait aucunement les souverains ni leur administration, représentée déjà sous les Anglais par un sénéchal qui devait posséder la langue du pays).

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