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Cinéma
La critique de Jean-Louis Requena « Le Vénérable W. » © DR

| Jean-Louis Requena

La critique de Jean-Louis Requena « Le Vénérable W. »

« Le Vénérable W. » - Film franco-suisse de Barbet Schroeder – 95’

Barbet Schroeder (76 ans), citoyen suisse mais toujours perçu comme français, est un personnage à part dans le paysage cinématographique mondial. A 22 ans, il fonde, sans argent, sa propre maison de production : Les Films du Losange. Aussi, peut-il produire ses propres films ainsi que ceux de ses amis, en particulier Eric Rohmer (« La Boulangère de Monceau », « La Carrière de Suzanne », « La Collectionneuse », film à la photo admirable de Nestor Almendros). Il réalise son premier long métrage « More » (1969), puis « La Vallée » (1972), deux films emblématiques de la culture hippie alors très en vogue à cette époque.

Pour son 22ème long métrage en tant que réalisateur, il reprend la veine documentaire qu’il avait inaugurée avec un film sur le dictateur ougandais : Général Idi Amin Dada (1974), poursuivie avec L’Avocat de la terreur (2007) sur le sulfureux maître Jacques Vergès. Il clôt ici ce qu’il nomme « la trilogie du mal » avec ce long métrage dérangeant sur un moine bouddhiste Birman, Ashin Wirathu, prêchant l’autodéfense, en l’occurrence, la violence aveugle.

Ce petit moine chauve au visage glabre qui ponctue ses phrases assassines sur la minorité musulmane de son pays, les Rohingyas, par une petite moue quasi enfantine, alimente le feu de la terreur. Ses propos sont relayés instantanément sur les réseaux sociaux qui se sont développés exponentiellement en Birmanie comme dans le reste du monde. Manipulée par ses fausses affirmations édictées d’une voix douce, la foule accourt, se masse, et devient dès lors incontrôlable. Les militaires qui détiennent réellement le pouvoir en Birmanie assistent impassibles aux scènes de destruction, de lynchages, sans réagir. Le mouvement animé par ce moine sanguinaire, Ma Ba Tha, se développe au sein d’une population bouddhiste fanatisée, avec la complicité des forces armées, hors de tout contrôle politique (Aung San Suu Kyi est la porte-parole de la Présidence).

Barbet Schroeder a l’intelligence de varier les angles d’approche de ce drame en mêlant à ses propres images enregistrées in-situ, des images d’archives (actualités, clips amateurs, etc.), des cartes animées, commentées, qui complètent de façon didactique, l’information (perception des minorités toujours surévaluée, gisement de pétrole (?), proximité du Bangladesh, pays à majorité musulmane, etc.). Ainsi, par un savant montage, il ajoute à ce savoir immédiat (à compléter !), l’émotion propre au cinéma.

La réalité ne dépasse-t-elle pas la fiction ? Ce documentaire éprouvant, au montage « serré », est comme un grand film de fiction. Il nous enseigne que le bien (le bouddhisme, « religion non-violente » !) peut engendrer le mal.

Un film salutaire pour échapper au manichéisme et au prêt-à-penser si répandus sous nos latitudes.

Jean-Louis Requena

 

 

 

 

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