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Cinéma
Julie (en 12 chapitres), (128’) - Film en coproduction (Norvège- France – Suède – Danemark) de Joachim Trier
Julie (en 12 chapitres), (128’) - Film en coproduction (Norvège- France – Suède – Danemark) de Joachim Trier

| Jean-Louis Requena 688 mots

Julie (en 12 chapitres), (128’) - Film en coproduction (Norvège- France – Suède – Danemark) de Joachim Trier

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Joachim Trier, sur le tournage de Julie (en 12 chapitres) ©
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Renate Reinsve, Prix d’interprétation au festival de Cannes ©
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Oslo, capitale de la Norvège. Julie (Renate Reinsve) est une jolie fille qui ne cesse de papillonner entre diverses possibilités professionnelles : Elle veut être tour à tour enseignante, médecin, photographe, etc. Elle échouera, à 30 ans, dans un emploi de libraire à Oslo. Elle vit en couple avec Aksel (Anders Danielsen Lie), un dessinateur de bandes dessinées reconnu. Aksel, est âgé de 45 ans : c’est un ancien créateur de B.D « underground » aujourd’hui bien installé dans sa profession artistique. Le couple est à l’aise, sans problème, bien que Julie s’interroge sur une possible maternité. Aksel s’interdit d’être père au regard de l’état du monde et de son écart d’âge, 15 ans, avec Julie. Leurs sensibilités sont différentes, parfois opposées.

Aksel retrouve, pour un week-end, ses vieux amis à la campagne où il entraine une Julie rétive qui n’a que faire des copains d’Aksel, de leurs femmes et des enfants qui s’ébattent bruyamment dans le jardin. Leurs discussions passionnées et leurs jeux adultes n’intéressent guère Julie. Elle souhaite partir sans plus tarder.

A leur retour à Oslo, le couple commence à se fissurer entre Julie toujours active et Aksel mutique qui s’isole dans leur grand appartement pour travailler sur ses planches graphiques … La tension monte, les disputes deviennent fréquentes.

Un soir, désoeuvrée, Julie décide de s’incruster dans une fête qui bat son plein. Elle y fait la rencontre d’un bel homme athlétique : Eivind (Herbert Nordrum). Un flirt s’ébauche rapidement … Poursuivront-ils plus avant ?

Julie (en 12 chapitres) est le cinquième opus du jeune cinéaste norvégien Joachim Trier (47 ans). Le film est découpé en 12 chapitres avec un prologue humoristique et un épilogue triste. Avec son collaborateur habituel, le scénariste Eskil Vogt, le réalisateur a divisé en 14 tronçons l’arc narratif de longueurs inégales (avec quelques courts flash-backs) afin de dessiner le portrait d’une jeune femme spontanée, trentenaire de notre temps post #MeToo. Julie est une femme libre qui veut tout, dotée d’un mauvais timing, avec un côté autodestructeur qui la pousse mécaniquement à saboter ses relations amoureuses. 
L’offre « sentimentale » est immense, ouverte dans nos sociétés démocratiques à fortiori celles de Scandinavie (Norvège, Suède, Danemark) où les choix sont démultipliés, sans tabou (apparent ?) ce qui rend les gens incapables de choisir. 

Le cinquième long métrage de Joachim Trier explore à travers le personnage un peu exalté de Julie, les facettes de cette problématique : comment choisir quand les possibilités offertes sont trop nombreuses. La caméra (pellicule couleur 35 mm et non numérique !) virevolte autour de l’héroïne qui est le moteur de l’histoire. Les citations cinéphiliques abondent, toujours à propos : de Woody Allen dans les premiers chapitres (comédie bavarde) à Ingmar Bergman (1918/2007) dans les derniers (drame sombre).

Julie (en 12 chapitres) serait une sorte de catalogue des vestiges existentiels de la fin de l’insouciance, avant la phase de maturité inhérente à tout parcours dans nos sociétés libérales ou l’autorité, essentiellement patriarcale (domination masculine), s’est effritée en un demi-siècle (1970/2020). C’est le long cours de l’histoire civilisationnelle qui nous charrie avec ses gains évidents et ses échecs retentissants. C’est ainsi. Le monde est vaste et complexe. En Norvège, le titre original du film (en bokmal) est Verdens verste menneske ce qui se traduit par : La pire personne du monde !

Outre la mise en image inventive de Joachim Trier qui nous réserve quelques surprises, le récit enlevé repose pour une grande part sur l’interprétation survoltée quoique toujours maitrisée de l’actrice Renate Reinsve (34 ans). Celle-ci, toujours à l’écran, nous offre une large palette de sentiments avec des allures changeantes (sexy, quelconque, etc.) suivant les scènes sans jamais cabotiner ce qui serait, pour de nombreuses comédiennes et non des moindres, la pente naturelle. Renate Reinsve donne tout le long du récit, à multiples rebondissements, le sentiment qu’elle découvre les moments de sa vie mouvementée avec le spectateur : ni en avance, ni en retard. Un timing parfait ! Ses partenaires amoureux sont les idéaux faire valoir de sa personnalité fictive : Anders Danielsen (Aksel, l’intellectuel désabusé), Herbert Nordrum (Elvind, le solide pragmatique).

Julie (en 12 chapitres) a été présente en sélection officielle au Festival de Cannes 2021. Renate Reinsve a obtenu le prix d’interprétation féminine.

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